L'Action Agricole Picarde 05 décembre 2018 à 19h00 | Par Florence Guilhem

Marges brutes des productions dans la Somme

CerFrance Somme a organisé, les 28 et 29 novembre ses journées économiques. Au menu : les chiffres de la Ferme Somme.

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Le printemps humide, des orages violents et répétés sur le territoire samarien, et la sécheresse qui a sévi cet été ont marqué fortement les productions de la Ferme Somme, et donc la conjoncture économique de son agriculture. En parallèle, les prix ont chuté dans certaines productions (betterave et pomme de terre fécule surtout), mais augmenté dans d’autres (céréales, pomme de terre de consommation et lait…). Soit un tableau contrasté, qui fait dire à Sébastien Daguenet, conseiller CerFrance Somme, que «
si, pour la première année, on équilibre le tableau d’autofinancement, la Ferme Somme est vraiment sur le fil du rasoir».

Les marges brutes à la hausse
Pour 2018, la marge brute pour le blé devrait enfin dépasser les 1 000 €/ha contre une moyenne de 855 €/ha l’an dernier. La moyenne des rendements est autour de 85 qx/ha et les blés présentent un bon taux de protéines et un PS important. «Les Hauts-de-France sont la région qui a obtenu la meilleure qualité en céréales à l’échelle nationale. Une fois cela dit, si les cours du blé sont enfin repartis à la hausse, attention toutefois avec les charges phytos. S’il n’y a pas eu d’impact cette année sur la hausse des produits, tel ne sera pas le cas l’an prochain», prévient Elie Fernandez, conseiller CerFrance Somme.
Mais la belle surprise de l’année vient de la production d’orge avec un rendement en hausse, et surtout une marge brute estimée en 2018 à 1 160 €/ha contre une moyenne l’an dernier à 626 e/ha.  Un sacré bond en avant.
A la hausse également, la marge brute de la pomme de terre de consommation avec une prévision de 5 120 €/ha en 2018 contre une moyenne de 3 950 €/ha en 2017. Une culture qui, depuis quelques années, peut-on constater, se maintient et tire son épingle du jeu sans problème, et ce, sans augmentation des charges proportionnelles.
Autre culture avec une marge brute à la hausse : le lin. Les prévisions 2018 sont à 2 370 €/ha contre 2 170 €/ha de moyenne en 2017. «Les rendements se maintiennent, et seront même très bons sur le littoral. En moyenne, le taux de filasse sera à l’identique de l’an dernier et ses débouchés restent importants, notamment vers la Chine. Il en est de même pour les coproduits du lin, valorisés notamment dans la construction», indique Elie Fernandez.
Par ailleurs, si les prévisions des rendements d’escourgeons pour 2018 sont à la baisse par rapport à 2017, soit de 77 qx/ha contre 82 qx/ha, la marge brute est, elle, estimée à la hausse, soit à hauteur de 856 €/ha contre 613 €/ha.
Dernière hausse, celle de la marge brute du lait, estimée à 211 €/1 000 l cette année contre 209 €/1 000 l en 2017. «Le prix moyen est de 345 /1 000 l, et le produit brut autour de 404 /1 000 l. Outre un prix reparti à la hausse, la production suit la même tendance, avec une augmentation annuelle de 4 %, liée au regroupement des élevages et à leur restructuration», précise Damien Despicht, conseiller CerFrance Somme.

Marges brutes à la baisse
A contrario, la marge brute du colza se révèle décevante. La prévision pour 2018 est de 767 e/ha contre 1 012 €/ha en 2017, soit une baisse de 245 e/ha. «Les agriculteurs ont toutefois conservé les surfaces, et on espère même une augmentation de la production du colza grâce au débouché qu’il peut avoir avec le bioéthanol», précise le conseiller CerFrance Somme.
Autre coup de massue pour la betterave, dont les rendements sont prévus, cette année, autour de 87 t/ha contre 98 t/ha en 2017, et une marge brute estimée à 1 220 €/ha contre 1 484 €/ha l’année passée. A noter un écart de prix important pour le paiement de cette culture entre les différents groupes sucriers.
Mais la plus forte chute est celle de la production de pommes de terre fécule. A la baisse de rendement, soit de 42 t/ha estimés en 2018 à une moyenne de 51,1 t/ha en 2017, s’ajoute une marge brute qui devrait, elle, passer à 1 451 €/ha cette année contre 2 033 €/ha en 2017.

Situation financière toutes productions
C’est la meilleure en cinq ans, avec un EBE estimé en 2018 à 131 000 €, grâce notamment au maintien des charges proportionnelles. Mais les investissements restent en pente descendante. Ceux qui ont été réalisés portent, pour l’essentiel, sur la restructuration des fermes laitières, en lien notamment avec la réglementation des zones vulnérables, mais aussi sur l’amélioration de la valeur ajoutée. Si les investissements peuvent repartir doucement, grâce à une capacité d’autofinancement retrouvée pour la première fois cette année (de l’ordre de plus 6 000 €), il faut toutefois rester vigilant. Enfin, les fonds de roulement des exploitations devraient s’améliorer grâce à la récolte 2018.
En termes d’endettement, il diminue tout doucement, passant de 70 % en 2017 à 69 % en 2018, mais il reste fort élevé. «On a plus d’emprunt que d’investissement. On vit même à crédit», rappelleSébastien Daguenet

Gérer la variabilité des résultats
Pour couvrir le prix de revient, les agriculteurs doivent impérativement prendre en compte les facteurs de risque, au nombre desquels les prix, les rendements ou encore l’humain, mais aussi évaluer la probabilité des événements, autrement dit, les aléas climatiques. «La concurrence internationale nous oblige à travailler sur nos prix de revient, et ce, d’autant avec les fluctuations des cours sur les marchés», insiste Elie Fernandez.
Pour sécuriser la commercialisation, et donc le revenu de l’exploitation, il est impératif d’avoir une contractualisation ajustée. Autre facteur à prendre en compte : les fluctuations des cours d’intrants avec, notamment, l’explosion des prix de l’azote soluble cet été. Pour atténuer le contrecoup, la solution est d’anticiper les achats, même s’il n’est pas évident de s’approvisionner à l’avance.
L’objectif de tout cela est de «sécuriser l’EBE pour vivre, s’autofinancer et payer ses annuités», rappelle le conseiller. Si l’optimisation fiscale avec la DPA et l’IS peuvent jouer un rôle d’équilibre, la gestion fiscale ne doit pas cependant primer sur la gestion économique. Et s’il fallait résumer le tout en une seule phrase, ce serait la suivante : faire mieux avec moins. La clé ? Un vrai travail sur le pilotage de l’entreprise.

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