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Matières premières agricoles : fin de l’euphorie sur les prix

Selon la 29ème édition du rapport Cyclope sur les matières premières notamment agricoles, sauf accident climatique exceptionnel, la tendance baissière amorcée en 2014 devrait se poursuivre en 2015.

Pour l’économiste Philippe Chalmin, cette baisse des marchés «sonne le glas sur l'illusion que la quête des matières premières tirerait la croissance mondiale».
Pour l’économiste Philippe Chalmin, cette baisse des marchés «sonne le glas sur l'illusion que la quête des matières premières tirerait la croissance mondiale».
© Actuagri

«On assiste à une véritable rupture, qui marque un terme à la grande euphorie des années 2007 à 2014», a estimé lors d'une conférence de presse Philippe Chalmin, professeur d'histoire économique à l'université Paris-Dauphine. Le rapport Cyclope, qu’il coordonne en faisant appel à une soixantaine d’auteurs, n’est guère optimiste sur l’évolution des marchés mondiaux. 2015 devrait voir la confirmation d’une baisse des prix, avec le maïs à -5 % par rapport à 2014, le blé entre -10 % à Paris et -15 % à Chicago, le sucre à -11 %, le soja à -28%.
Car les auteurs voient jusqu’à présent une répétition du scénario de l’an dernier, marqué par «des conditions climatiques optimales quasiment partout». La planète a connu des productions records, entraînant par rapport à 2013 une baisse de 32% des prix du maïs, de 10 à 14% pour le blé, et de 12% pour le soja.
A quelques semaines de la fin de la campagne des grains 2014-2015 dans l’hémisphère Nord, les variations plutôt erratiques des prix révèlent l’hésitation des opérateurs : aucun facteur clair ne prédomine. Nul accident climatique n’a encore marqué le globe, comme d’ailleurs l’an dernier à pareille époque, et la campagne en cours va s’achever sur des stocks en croissance. Dans les champs, «c’est mieux que l’an dernier à la même date», a signalé François Luguenot, coauteur en tant que responsable de l’analyse des marchés chez InVivo.

El Niño tient en haleine les spéculateurs
La perspective de l’apparition d’El Niño tient, depuis peu, en haleine les spéculateurs. Il avait déjà été annoncé en 2014, mais n’avait finalement pas frappé. «El Niño constitue le principal facteur de hausse des prix», a indiqué François Luguenot. Le phénomène climatique menace essentiellement la zone Pacifique, notamment les céréales en Australie, l’huile de palme en Indonésie et Malaisie. Mais des tensions inverses animent aussi les marchés mondiaux. «Pour les grains, la question est de savoir si tous les éléments de baisse sont déjà intégrés dans les prix», a-t-il souligné. Et de préciser: «La chute des prix du pétrole affaiblit la capacité d’achat de gros pays importateurs» de céréales, notamment l’Iran, l’Algérie.
Cet effondrement du cours du baril, divisé par deux au second semestre (-7 % sur l'année), est d’ailleurs vu dans le rapport comme «de loin l'événement le plus important de l'année».

La Chine, «clé» des marchés
L'Empire du Milieu, désormais troisième importateur mondial de viande bovine, reste la «clé» des marchés de matières premières, malgré le ralentissement de sa croissance en 2014. Sur la sécurité alimentaire, la stratégie des Chinois évolue, en se concentrant sur la production de riz et de blé, tout en acceptant d'être «durablement importateurs de maïs et de soja» pour nourrir le bétail, faute d'avoir assez de terres agricoles pour tout cultiver, a expliqué François Luguenot.
Autrefois obsédée par la constitution de stocks, la Chine semble avoir fait «le choix de maîtriser les circuits commerciaux», comme en témoignent les prises de contrôle du géant céréalier Cofco (China National Cereals, Oils and Foodstuffs Corporation) dans plusieurs groupes de négoce internationaux, a-t-il ajouté. «Plutôt que d’accumuler des stocks coûteux et périssables, ne vaut-il pas mieux contrôler ?» résume le rapport.

De meilleures perspectives à long terme
Interrogé sur le retournement des marchés mondiaux, l’économiste ne remet pas en cause son analyse à long terme : les prix resteront soutenus par une croissance des besoins alimentaires. «L’alimentation reste le défi du XXIe siècle. Les besoins augmentent régulièrement en lien avec la démographie, mais les réponses de la production sont instables, à cause des aléas climatiques ou des maladies», explique-t-il.
La viande a fait exception en 2014 parmi les marchés agricoles. Alors que la plupart des prix agricoles alimentaires étaient en berne, celui des viandes a encore progressé (+8% selon la FAO). Les prix du boeuf ont quasiment doublé en dix ans sur le marché international (+87% en Amérique du nord, par rapport à 2009), à l’exception de l’Europe où la conjoncture reste déprimée. Néanmoins l’année 2015 pourrait être «difficile» pour l’économie des viandes, et les prix pourraient connaître une «détente», essentiellement du fait de la hausse du dollar, prédit le rapport.
Sur le marché du porc, Cyclope prédit que les prix mondiaux devraient rester élevés compte tenu de la forte demande asiatique. L’Asie, en particulier la Chine avec un cheptel en baisse, pourrait soutenir les conjonctures américaine et européenne. Cette dernière en a bien besoin !

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