L'Action Agricole Picarde 16 février 2017 à 08h00 | Par François Magnier

Nous ne sommes pas une force économique en déclin, mais nous sommes en sommeil depuis trop longtemps !

Françoise Crété, présidente de la FDSEA de la Somme.

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- © AAP

 

A l’assemblée générale de 2016, il y avait une seule campagne PAC en retard. Aujourd’hui, il y en a deux.La médiocrité s’est banalisée, et l’épisode des prairies permanentes que nous vivons depuis trois mois est le révélateur absolu d’une administration centrale complètement dépassé par sa propre machine complètement folle. Sur le sujet des prairies permanentes, il y a les conséquences directes de la façon dont la France a appréhendé la PAC actuelle, et dans la façon dont c’est géré, il y a toute l’illustration du fait que les responsables n’assument pas leur responsabilité. «L’Europe, l’Europe», disait De Gaulle avec un peu de distance. Ce qu’il exprimait c’est que tout ne devait pas se faire à Bruxelles et qu’il fallait garder une capacité nationale d’intervention, pour ne pas dire une souveraineté. Aujourd’hui, l’Europe est le prétexte des renonciations nationales. Cessons de porter à l’Europe des responsables dont on veut écourter la carrière en France, cessons de confier en France les rênes de l’agriculture à des personnes dont ce n’est ni la formation, ni l’idéologie, ni la compétence.
Ce qui se joue au printemps 2017 et que révèle l’épiphénomène des prairies, c’est l’avenir même de toutes les politiques agricoles en France. Quand on met en place une politique de soutien ou d’orientation et que la machine administrative apporte complexité, pénalité, retard et sanction, on s’affranchit de la politique. Depuis cinq ans, les exemples s’enchainent : les jeunes qui préfèrent s’installer hors parcours, les MAE qu’on rejette parce qu’il faut attendre plus de deux ans pour en percevoir le solde alors qu’un tel a dû rembourser deux années complètes pour 10 ares d’écart sur une parcelle ; les PCAE qui souffrent d’une chaine d’amateurisme dans le traitement des dossiers et aujourd’hui le ratio prairies qui fait qu’on va finir par se passer du verdissement voire de l’élevage… Nous sommes à l’aube d’une révolution : l’abandon par les agriculteurs eux-mêmes des politiques de soutien et de modernisation.
Il est essentiel que nous, agriculteurs, retrouvions revenus et satisfactions et surtout du sens à notre métier. Le maillon fort, le socle, le vrai ressort du développement des outils de transformation, de services, et de tous les acteurs de nos territoires ruraux c’est l’agriculteur et son outil de production. La vraie mutation c’est d’accompagner et de libérer l’esprit d’entreprise de tous les agriculteurs. La vitalité et la richesse de nos territoires en dépend, et richesse n’est pas un gros mot. Ce lien entre la FDSEA et les Territoires ne doit pas être un vain mot, et la réforme de notre réseau en 2017 englobera cette dimension.
Enfin, abordons autrement la communication : nous ne pouvons plus individuellement et collectivement rester hors des réseaux sociaux. C’est en partie là que les coups se font, en partie là que les coups se donnent. Les agriculteurs sont-ils responsables de tous les maux que l’on met en avant ou bien victimes ? Et s’ils sont plus victimes que responsables, ce que je crois profondément, où sont les responsabilités et comment les résout-on ? Il faut placer l’agriculture au cœur du débat politique de ce printemps, au cœur des questions économiques et sociales qui lui sont dues et la remettre à sa juste place dans l’espace de communication qui nous entoure.
Défendre et promouvoir notre métier, ça ne se soustraite pas, ça se vit. Le rôle de la FDSEA n’est plus seulement de s’impliquer de tout son poids dans des dossiers individuels ou collectifs, de discuter, de revendiquer, de manifester ou de communiquer. Le rôle de la FDSEA c’est aussi d’insuffler le lien et la confiance en chacun d’entre nous et entre nous tous pour porter ce message de toutes nos forces : nous avons un métier à défendre, nous pouvons faire vivre non seulement nos fermes, mais aussi autour de nous des entreprises, des familles et des territoires. Nous ne sommes pas une force économique en déclin mais nous sommes en sommeil depuis trop longtemps et nous n’attendons qu’une chose pour nous redresser : nous étirer et repartir de l’avant.

 

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