L'Action Agricole Picarde 05 août 2015 à 08h00 | Par Florence Guilhem

Opération de déminage de Manuel Valls en Picardie

Le 30 juillet dernier, le Premier ministre réalisait un marathon dans la Somme pour désamorcer les tensions à quelques mois des élections régionales.

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Manuel Valls, 30 juillet, à la sortie de la rencontre avec la Fdsea et les JA : «Les agriculteurs doivent savoir que nous sommes à l’écoute et mobilisés, tant au sein du gouvernement qu’à l’échelon européen.»
Manuel Valls, 30 juillet, à la sortie de la rencontre avec la Fdsea et les JA : «Les agriculteurs doivent savoir que nous sommes à l’écoute et mobilisés, tant au sein du gouvernement qu’à l’échelon européen.» - © Laurent villeret/Picturetank/matignon

 

Il était attendu début juillet à Amiens. Il n’est venu qu’à la fin du mois. Le choix de la date de cette visite n’était pas anodin, soit la veille  du dernier conseil des ministres, au cours duquel seraient annoncés les noms des nouvelles capitales régionales. Amiens n’y serait pas, tout le monde s’en doutait, ce qui n’a pas empêché les Picards de monter au créneau. Et la grogne n’est pas près de se cesser, même si ces noms de capitales régionales sont à ce jour provisoires, puisque la liste définitive ne sera arrêtée qu’en juillet 2016, après le renouvellement des assemblées régionales en décembre. Mais il est difficile d’imaginer que cet ordonnancement soit remis en cause. Il était donc urgent pour le gouvernement de déminer le terrain, à quelques mois des élections régionales. C’est donc en homme de paix que s’est présenté Manuel Valls en terre picarde.

Tête à tête avec les agriculteurs
Terre agricole par excellence, Manuel Valls ne pouvait pas dans sa journée marathon ne pas réserver un temps de rencontre avec les agriculteurs pour évoquer la crise de l’élevage. Il a donc eu un tête à tête avec les responsables de la Fdsea,  la Frsea, l’UPLP et Lact’Union, à la sous-préfecture d’Abbeville. Dans une posture quasi-gaullienne, au sortir de la réunion, Manuel Valls rappelait les grandes lignes du plan de soutien de l’élevage, la nécessité de développer les filières à l’export, et tout l’intérêt de la restauration hors foyer pour les débouchés nationaux.
«Les agriculteurs doivent savoir que nous sommes à l’écoute et mobilisés, tant au sein du gouvernement qu’à l’échelon européen, et ce grâce au travail fourni par Stéphane Le Foll», déclarait-il. Une façon de clore tout débat autour de la démission du ministre de l’Agriculture, réclamée par une bonne partie du monde agricole. Même posture par rapport à une quelconque responsabilité du gouvernement dans cette affaire : «C’est d’abord une crise européenne.»
Quant à la mobilisation des éleveurs, aucun souci pour le Premier ministre, à condition que celle-ci se fasse dans «le dialogue et  la pédagogie. Je demande qu’il n’y ait pas de violence et pas de gêne pour l’économie». Quelques sourires pour les photographes et les caméras, puis départ sur les chapeaux de roue en direction du Marquenterre, avant de regagner Amiens. Moins satisfaits paraissaient les agriculteurs de ce rendez-vous.

Fin des manifs ?
Pendant que le Premier ministre leur parlait du plan de soutien, de la prise en compte des charges et  aides fiscales, ceux-ci essayaient de lui faire comprendre toute l’importance d’une stratégie à long  terme, seule à même  de garder le plus d’éleveurs. De réponse, ils n’ont pas eu.
Et la présidente de la Fdsea, Françoise Crété, de craindre que tout cela ne débouche, au final, que sur des mesurettes. «La situation va immanquablement se durcir dans les fermes. La mobilisation se poursuivra. On va donner des caps, mais l’idée est d’essayer de travailler dans le bon sens pour se donner les moyens de sortir au plus vite de la crise», disait-elle.
«On n’est pas dans l’esprit des manifestations, mais dans celui de faire avancer l’agriculture, renchérissait Olivier Thibaut, président de l’UPLP. Les politiques ne doivent pas oublier qu’en termes de biodiversité et d’emplois, nous sommes porteurs de solutions.»  Les manifestations toucheraient-elles à leur fin ? Possible, mais pas sûr. Certains barrages bloquants se poursuivent. La Fnsea vient cependant de proposer une «trêve» en août. Jusqu’à quand durera-t-elle ?
Olivier Buiche, directeur général du groupe Lact’Union.
Olivier Buiche, directeur général du groupe Lact’Union. - © AAP

REACTION
Olivier Buiche, directeur général du groupe Lact’Union

«Manuel Valls a compris que la crise n’est pas que conjoncturelle»

«L’évolution rapide de la crise voit son fondement dans une succession de faits conjoncturels qui modifient les équilibres, notamment la surproduction de lait dans le monde, la baisse des exportations vers l’Asie (moins 50 % en un an) et l’embargo russe.Pour autant, ces circonstances traduisent une véritable crise structurelle, notamment en raison du poids des normes et des règlementations. Or, 50 % du lait français est directement  connecté au prix mondial. Il faut que la France affirme sa vocation exportatrice en nous donnant les mêmes règles du jeu que nos concurrents. Or, d’un côté, en Europe on dérégule et, de l’autre, en France, la LME autorise la guerre des prix entre distributeurs. Si le gouvernement a,conscience de ce problème, il faut qu’il agisse vite, particulièrement au  niveau européen, lors du prochain conseil des ministres de l’Agriculture, car les prix continuent de chuter. Mettre de la poudre à l’intervention en juillet, de mémoire, je n’ai jamais vu cela !»

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