L'Action Agricole Picarde 04 juillet 2019 à 06h00 | Par Alix Penichou

Ovins : Edouard Moitrel, éleveur d'agneaux AOP des prés-salés de la Baie de Somme

A seulement dix-neuf ans, Edouard Moitrel est le plus jeune éleveur d’agneaux AOP des prés-salés de la Baie de Somme. Lui a ce métier dans la peau depuis son plus jeune âge.

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«Dès que je rentrais de l’école, je sautais dans mes bottes pour aller voir les nouveaux nés», confie Edouard.
«Dès que je rentrais de l’école, je sautais dans mes bottes pour aller voir les nouveaux nés», confie Edouard. - © A. P.



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Pour moi, les moutons étaient une évidence. Je ne me voyais vraiment pas faire autre chose !» Edouard Moitrel a dix-neuf ans, et le 8 octobre, cela fera un an qu’il est installé en tant qu’éleveur d’agneaux AOP des prés-salés de la Baie de Somme. Le plus jeune des dix professionnels.
Lui est tombé dans le chaudron de l’élevage ovin lorsqu’il était petit. «J’ai toujours passé beaucoup de temps avec mon père et avec mon oncle (Robert et Roland Moitrel, ndlr), qui sont éleveurs. Dès que je rentrais de l’école, je sautais dans mes bottes pour aller voir les nouveaux nés», confie-t-il. «Il connaît les moutons, et il connaît la baie. On a toujours su qu’il exercerait ce métier», ajoute Roland Moitrel avec un large sourire. Car un peu de sang neuf dans le cercle restreint des éleveurs AOP est bon à prendre. «Nous sommes la moitié à avoir dépassé la cinquantaine. Il faut bien des jeunes pour faire perdurer l’activité !»
Aujourd’hui, les moutons marqués d’un trait orange sur le dos, dans le troupeau qui pâture dans la baie, entre Le Crotoy et Saint-Valéry-sur-Somme, sont ceux d’Edouard. Il a en fait profité de l’arrêt de l’activité d’un éleveur pour reprendre l’affaire. «Je sortais tout juste de Terminale, en Bac pro agricole. ça tombait à pic. J’ai eu cinquante brebis de mon père, et j’en ai acheté soixante autres. Cet hiver, j’ai fait naître quatre-vingt-dix agneaux.» L’hiver, les bêtes sont dans l’étable qu’il a rachetée, à Ribeauville, hameau de Saint-Valery-sur-Somme. Un prêt auprès de la banque a été nécessaire, et comme il n’y a pas d’achat de foncier, celui-ci a été facilement accepté.

Rare zone de repli
La principale difficulté, pour une installation en agneaux AOP, est de trouver la zone de repli, cette parcelle où les moutons sont parqués toutes les nuits, et en période de forte marée. «La zone de repli doit se trouver à moins d’1 km du secteur de pâturage et le chargement y est limité à à 22,5 UGB/ha. Le chargement moyen annuel doit être inférieur ou égal à 1,5 UGB/ha», précise le cahier des charges. Ce sont d’ailleurs ces zones qui limitent actuellement l’évolution de l’élevage d’agneaux AOP. Lui a pu profiter de celle de son oncle, qui n’avait pas atteint un chargement maximal.
Le voilà donc heureux sous sa casquette d’éleveur. Les heures de travail qui s’accumulent et la croix faite sur les week-ends et les vacances ne lui provoquent même pas un pincement au cœur. «Je suis libre. Je n’ai pas de comptes à rendre à un patron, je vis en plein air… En Baie de Somme, on est tous les jours en vacances !» Ce début de saison marquait sa première rémunération, avec la vente de sept agneaux au négoce Lagache. «Il faudrait que j’en vende encore soixante-dix. Je garde ensuite vingt jeunes brebis pour assurer la relève, et pour pouvoir augmenter mon troupeau petit à petit.»
Car son cheptel actuel ne lui permet pas encore une totale indépendance. «Je vis encore chez mes parents, alors je peux me permettre de prendre le temps de faire évoluer mon élevage progressivement, pour être sûr de ne pas me planter.» La culture ? Très peu pour lui. «Je n’aime pas ça, et puis nos terres ne sont pas productives. Quand je vois mon père passer beaucoup de temps pour de faibles rendements, ça n’encourage pas !» Lui mise donc tout sur l’élevage. Trois cents mères sont nécessaires pour en vivre correctement. Edouard aimerait même monter jusqu’à quatre cent cinquante brebis.
Ce week-end, il doit accompagner les autres éleveurs à une vente de béliers, à Neufchâtel-en-Bray. Car les mâles doivent être remplacés tous les trois ans environ, pour éviter la consanguinité. Et le jeune éleveur sait déjà ce qu’il veut. «Un bélier avec de bons aplombs, des épaules bien écartées, et bien gigoté. S’il est améliorateur en lait, c’est aussi bon à prendre, car cela fait des brebis capables d’élever leurs agneaux correctement, sans avoir besoin de les complémenter. Il faut aussi un peu de taille, car la baie est pleine de trous.» La relève semble solidement assurée.

Assurer la promotion

L’élevage, la vente, mais aussi la promotion. De plus en plus, les éleveurs d’agneaux AOP des prés-salés de la Baie de Somme doivent animer leur filière. Car sans leur implication, difficile de faire connaître le produit. Edouard Moitrel en a bien conscience, même s’il préfère pour l’instant se consacrer à la conduite de son troupeau. «Les anciens font très bien cela, lors de la fête de l’agneau, en septembre ou au Salon de l’agriculture l’hiver», annonce-t-il. Il devrait tout de même donner de sa personne lors de Plaine en fête, organisée par les Jeunes agriculteurs, qui aura lieu cette année le dimanche 1er septembre, à Ailly-le-Haut-Clocher.

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