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Patrimoine rural : le Moulin d’Heuzecourt rassemble le village

Il a plus de trois cents ans au compteur, mais le moulin d’Heuzecourt ne fait pas son âge. Les habitants du village ont confié leur «bébé» à des travailleurs en réinsertion, qui l’ont rénové.

Deux guerres mondiales, les intempéries, l’usure du temps… Et voilà qu’il est toujours debout. Le moulin d’Heuzecourt est même, depuis 2016, date des premiers travaux réalisés, plus resplendissant que jamais. Car les habitants du village qu’il surplombe ont décidé de s’unir pour le préserver.
«Il était abandonné depuis plusieurs décennies, confie Gérard Blondel, maire d’Heuzecourt, tout près de Bernaville. Son état le rendait de plus en plus dangereux, à cause des chutes de pierres, et cela engageait la responsabilité de la commune. Nous avons donc entamé les procédures en 2011 pour l’acheter.» 1 € symbolique et une signature ont fait de la commune de moins de deux cents âmes l’heureuse propriétaire de la vieille bâtisse… Ou plutôt, la propriétaire endettée. Car la rénovation d’un tel patrimoine est une sacrée charge financière. «Certaines personnes souhaitaient d’ailleurs le détruire pour réduire les frais», assure l’édile. Plus d’un million d’euros sont souvent nécessaires pour rénover un tel bâtiment. Mais, pour Gérard Blondel, pour qui le moulin était un refuge quand il était enfant - «à la moisson, nous allions manger les cerises de l’arbre qui poussait juste devant», se souvient-il -, la destruction était impensable. La commune a finalement trouvé la solution pour réduire les annuités à 12 000 €.

Salariés en réinsertion
Le chantier a été confié à l’association du Vimeu, qui emploie soixante-dix personnes en insertion. Douze d’entre elles viennent de terminer une période de deux mois de travaux. «Nous avons commencé par enlever la terre qui s’était accumulée à l’intérieur, expliquent Anthony et David, salariés. Puis, nous avons dégagé la végétation à l’extérieur, nettoyé les pierres, réparé celles qui pouvaient l’être et remplacé celles qui étaient trop abîmées…»
Franck Bomy, chargé de développement de l’association, assure : «Nous sommes plus long qu’une entreprise classique, mais nous fournissons un travail d’aussi bonne qualité, pour moins cher.» Loin de lui et de ses collègues l’idée de concurrencer à outrance les professionnels. «Nos chantiers sont souvent de la rénovation de patrimoine rural, comme ce moulin, dans de petites communes qui n’auraient pas les moyens de payer plein pot, de toute façon. Et puis nous formons des artisans, qui pourront ensuite être embauchés par les entreprises.»
Les Heuzecourtois, dont le moulin en rénovation est devenu leur symbole, ont suivi de près le  travail de ces artisans en devenir. «Régulièrement, les gens venaient nous offrir un café et nous poser des questions sur le chantier», sourit David. Pour lui, ce moulin a été le moyen de remettre le pied à l’étrier, après vingt et un ans de travail dans une usine, soldés par un licenciement économique lors de la fermeture de la boîte, et une douloureuse période sans emploi. «Quand on est félicité pour ce qu’on a fait, on se sent important et on reprend confiance.»

Des anecdotes croustillantes
Sur le chantier, les anecdotes n’ont pas manqué, car les ouvriers ont découvert des inscriptions à l’intérieur du bâtiment, signes de l’occupation des soldats anglais en 1916. A force de recherches, les habitants en savent désormais un peu plus sur l’histoire de leur moulin. En briques, pierres et silex, il a été construit au XVIIIe siècle, et il est resté en activité jusqu’au décès du dernier meunier, Thomas Bellettre, le 3 juin 1891. Achille Bellettre, mort le 2 juin 1905, était le dernier propriétaire du moulin, appelé aussi moulin Bellettre. Il a été déclaré en ruines en 1901.
Une histoire que les villageois ne veulent pas laisser tomber aux oubliettes. «Même les réticents à la rénovation au départ sont désormais convaincus de l’intérêt du projet», assure le maire. L’année dernière, les plus passionnés ont même créé l’association Les amis du moulin, que préside Aline Poiret. Leur première fête du moulin a rassemblé deux cents personnes pour un apéritif, puis un repas. Résultat : une journée conviviale et 1 500 € de bénéfices réinvestis dans le moulin.
Les villageois ont aussi eu une riche idée pour financer les travaux : «Nous avons vendu 5 Ä la pierre, qui sera gravée des initiales de l’acheteur, explique Gérard Blondel. Une participation symbolique mais, ainsi, chaque donateur a réellement mis sa pierre à l’édifice !» 2 000 € ont ainsi été récoltés. La prochaine fête du moulin est déjà programmée, le 5 mai 2019. Pour valoriser son trésor, la commune envisage enfin d’intégrer le moulin au circuit pédestre existant dès 2019.

La commune a toujours besoin de dons, qui ouvrent droit à une réduction d’impôt sur le revenu de 66 % du montant versé.
Contact : 03 22 32 67 67

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