L'Action Agricole Picarde 04 novembre 2020 à 20h00 | Par Vincent Fermon

Perdus entre chasse et régulation, des chasseurs perdent leurs nerfs

Sur les réseaux sociaux d’abord, puis sur le terrain ensuite, les chasseurs de gibier d’eau et de migrateurs de la Somme ont durement affiché leur incompréhension suite à la suspension de leur activité en période de confinement. La régulation des espèces devant, quant à elle, être réautorisée dès ce week-end.

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Sauf surprise, la chasse du gibier d’eau devrait rester suspendue en raison  du confinement. © V. F. La régulation des espèces susceptibles de causer des dégâts pourrait être  réautorisée dès ce week-end sous condition. © Fédération Nationale des Chasseurs

Pourquoi les uns et pas les autres ? Jusqu’à ces dernières heures, dans l’attente d’être définitivement fixés, les chasseurs de gibier d’eau et de migrateurs de la Somme ne comprenaient toujours pas pourquoi l’État leur interdisait de pratiquer leur loisir en cette période de confinement. Mercredi soir, au moins un rassemblement était prévu sur le littoral, à Saint-Valéry-sur-Somme, à l’initiative d’associations locales. Pour la fédération des chasseurs de la Somme et son président Yves Butel, les derniers jours ont aussi été «tendus», dixit l’intéressé, joint par téléphone mercredi soir.

Une régulation sous conditions de certaines espèces
Hier, jeudi 5 novembre, une réunion de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS) devait en effet avoir lieu pour statuer sur les modalités de dérogation au confinement qui suspend les activités de chasse sous toutes ses formes. Sous réserve de la publication d’un arrêté préfectoral attendu aujourd’hui ou demain par la préfète de la Somme, cette réunion samarienne devait entériner la possibilité de déroger aux mesures de confinement pour permettre la régulation des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) :  corvidés, lapin, pigeon, renard, mustélidés et grand gibier. Une liste restrictive qui, rappelait par ailleurs la fédération des chasseurs, «établie de manière très rigoureuse par les pouvoirs publics», ne saurait de cet fait «relever d’aucune complaisance mais de la nécessité de réguler ces espèces pour éviter des dommages importants aux activités humaines». «Sans cette régulation, les ESOD vont prospérer et ces dommages, qui furent très importants le printemps dernier suite au confinement, le seront davantage l’année prochaine pour atteindre là aussi des niveaux insupportables», ont fait valoir les chasseurs. Quid du sanglier dont les dégâts sur les cultures restent importants, y compris en cette période (lire en page 3) ? Il fait en réalité l’objet d’un paragraphe particulier.

Gare aux dégâts
Pour la FDC 80, un «maintien de la chasse collective et individuelle du sanglier» est jugé «nécessaire», rappelait-elle il y a quelques jours. «Le seul mois de novembre correspond au quart du prélèvement annuel de grands gibiers. Si cette régulation n’est pas réalisée, les populations vont exploser en 2021 et les dégâts agricoles atteindront un niveau insupportable. L’impossibilité de chasser durant un mois remet en cause l’indemnisation des dégâts agricoles par le monde de la chasse. L’ajout d’une période de chasse complémentaire au-delà de la date de fermeture de la chasse ne permettra pas de rattraper le retard car les conditions d’exercice de la chasse sont nettement moins favorables au printemps qu’en automne et hiver et ne permettent pas d’atteindre le même niveau de prélèvement», argumente la fédération des chasseurs. Une demande qui allait dans le sens de celle adressée par le monde agricole hier, le 29 octobre, à la préfète de la Somme.
Suite à la CDFS du 5 novembre , un arrêté devait vraisemblablement être pris «rapidement par la préfète», selon Yves Butel, de manière à autoriser les opérations de régulation «dès ce week-end». La forme de ces opérations – battues collectives, affût ou approche – n’était pas encore arrêté à l’aube de la réunion de concertation.

Une «tragédie» pour les chasseurs de gibier d’eau et de migrateurs
Pour les autres espèces ne figurant pas dans la liste des espèces, en revanche, il n’y avait guère d’illusion à attendre… à moins d’une (bonne) surprise. «On fera ce qu’il faut pour les chasseurs de gibier d’eau, en insistant sur leur rôle de sentinelle sanitaire, mais après la décision qui a été prise dans le Pas-de-Calais (cf. encadré), je ne suis pas sûr que cela suffise», expliquait Yves Butel, à la veille de la CDCFS du 5 novembre. Le 30 octobre, la fédération des chasseurs de la Somme évoquait elle-même une «tragédie», le mois de novembre étant «le plus beau mois de l’année», avec des espoirs de migration pour les chasseurs d’espèces migratrices et l’ouverture de la chasse dans les bois. Mais la Covid-19 est plus forte. Pour les appelants détenus hors domicile par les chasseurs, la fédération devait demander, comme elle l’avait effectué en mars dernier, de pouvoir inscrire le soin à ces animaux domestiques comme un motif de déplacement. Maigre consolation.

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Dans le Nord, rien n’est fait non plus

Dans le département du Nord, où une réunion de la CDCFS s’est tenue mercredi après-midi, les demandes exprimées par le monde de la chasse rejoignent celles défendues par les autres départements des Hauts-de-France. Mais là encore, sans illusion, il était encore trop tôt mercredi soir pour connaître l’avis définitif du préfet. «La balle est désormais dans le camp du Préfet du Nord, seul en mesure de prendre ou non les dérogations et leurs modalités d’application qui ont été proposées aujourd’hui», expliquait un communiqué de la fédération départementale des chasseurs du Nord, ce 4 novembre. Pour les responsables de cette fédération, l’ensemble des propositions a fait l’objet «d’un débat constructif avec les partenaires et avec l’administration préfectorale», mais pour autant, à l’issue, le ton n’était guère à l’optimisme, ni aux certitudes. En effet, précisait la FDC 59, «des points juridiques et administratifs» restant encore «à clarifier» et «soumis l’arbitrage de monsieur le préfet du Nord dans les jours à venir», la fédération ne croyait pas plus que cela à une chance d’aboutir à des dérogations pour le week-end à venir.


Dans le Pas-de-Calais, ce coup de fil qui a tout fait basculé

Jusqu’à quelques minutes avant de conclure la réunion de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS) qui avait validé mardi après-midi l’ensemble des mesures proposées par les chasseurs pour permettre d’élargir les possibilités de chasser dans ce département, les représentants de la fédération des chasseurs du Pas-de-Calais étaient confiants et satisfaits. Mais un «coup de fil de Paris», selon les mots d’un des participants à cette réunion aurait tout fait basculer en leur défaveur ; joint mercredi, le ministère n’a pas apporté plus de précisions. Un communiqué de la FDC 62 qui rapporte ce changement de position a, quant à lui, depuis, été largement diffusé et commenté. Président de l’Association maritime des chasseurs de la baie de Canche (AMCBC) et administrateur de la FDC 62, Thierry Forestier y décrit la manière dont les choses se sont passées et exprime son mécontentement : «Alors qu’un accord correspondant en tous points à la circulaire ministérielle venait d’être voté lors du CDCFS du Pas-de-Calais, reprenant uniquement les espèces à l’origine de dégâts, dossiers à l’appui, superficies, chiffrages par espèces, sangliers, pigeons, lapins, lièvres, faisans, le vote était entériné à une large majorité quand un simple appel téléphonique venant de Paris et ordonnant que seul le sanglier pouvait être régulé a fait tout basculer». Sans la citer nommément, il faut y voir, selon Thierry Forestier, la main de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili : «Comment un ministre peut se permettre un tel comportement antidémocratique, faisant passer sa sensiblerie et son appartenance à un courant politique dogmatique avant son service à notre république ?», s’emporte l’administrateur de la fédération départementale des chasseurs. Partant de ce constat, le président ne se faisait guère d’illusion sur de possibles dérogations – autres qu’une décision permettant de réguler le sanglier – dans d’autres départements.

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