L'Action Agricole Picarde 23 décembre 2015 à 08h00 | Par Florence Guilhem

Picardie : l’accès à l’emploi stable est-il plus difficile ?

Le 17 décembre, l’Insee Picardie et la Direccte présentaient une étude sur la crise économique et les formes particulières d’emploi.

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On le sait, aucun territoire n’a échappé à la crise économique, qui a débuté en 2008-2009, changeant radicalement les formes d’emploi, comme le comportement des acteurs intervenant sur le marché du travail. Néanmoins, dès les années 1980, et plus encore dans les années 1990, des formes particulières d’emploi, à savoir les CDD, l’intérim, l’apprentissage et les contrats aidés, se sont développés rapidement.
Avec la crise, et le contexte de chômage de masse qui s’en est suivi, le recours à ses formes particulières d’emploi est devenu systématique. «L’intérim, précise Martial Maillard, a été le premier levier d’ajustement de l’emploi, relayé ensuite par le chômage partiel et les emplois aidés, avant les licenciements.»

Les formes particulières d’emploi en Picardie
En 2010, sur les 645 000 salariés picards des secteurs privé et semi-public, 96 000 occupent un emploi de forme particulière, soit 14 % des heures salariées de la région. De fait, la Picardie se situe dans la moyenne de la France de province, qui est à 13,9 %, ce qui la place au 10e rang des régions métropolitaines. Autrement dit, il y a peu de différences avec les autres régions françaises. En revanche, de réelles différences existent à l’échelle locale. Ce sont en fait dans les zones les plus au nord de la Picardie, où l’économie est plus fragilisée, que les employeurs ont le plus recours à ces formes particulières d’emploi.
Sur ces 96 000 salariés qui ont un emploi de forme particulière, 45 000 sont en CDD, 28 000 en intérim, 12 000 en apprentissage et 11 000 en contrats aidés. Si le CDD représente la forme particulière d’emploi la plus fréquente, le recours à celui-ci est moins important que dans beaucoup d’autres régions, dont l’économie est davantage orientée vers le secteur tertiaire marchand et la construction.
Au 18e rang des régions françaises, les CDD représentent 6,8 % du volume de travail salarié en Picardie contre 7,5 % en moyenne française, en 2010. Dans l’Aisne, ce volume de travail salarié est de 6,7 %, dans l’Oise de 6,2 % et dans la Somme de 7,6 %. Dans ce dernier département, il atteint même 10 % dans la zone touristique d’Abbeville et dans la zone de Péronne, tournée, elle, vers l’agroalimentaire, «l’un des rares secteurs industriels fortement utilisateur de saisonniers», précise Martial Maillard.

Intérim, emplois aidés et apprentissage
Si le CDD représente la forme particulière d’emploi la plus utilisée, l’intérim et les emplois aidés sont proportionnellement plus fréquents du fait du poids de l’industrie et du chômage. Et d’autant que la crise économique a touché en premier l’industrie avant de se propager aux autres secteurs d’activités. La Picardie a donc été fortement impactée par la crise, avec son activité économique principalement industrielle.
L’intérim étant le premier levier d’ajustement de l’emploi en période de crise, son recours en 2010 a été de 3,5 % du volume d’heures salariées en Picardie contre 2,8 % en moyenne métropolitaine, la plaçant au 4e rang en France métropolitaine. A l’échelon départemental, il est de 3,3 % dans l’Aisne, 3,7 % dans l’Oise et de 3,5 % dans la Somme. Concrètement, l’intérim est très utilisé dans les zones d’emploi industrielles telles que Compiègne, en Thiérache, dans la vallée de la Bresle, dans le Vimeu.
De même, du fait d’un niveau de chômage parmi les plus élevés en France (3e rang dans la France métropolitaine, juste derrière le Nord-Pas-de-Calais et la Lorraine), la Picardie a recours plus que les autres régions aux emplois aidés, avec un taux de recours de 1,5 % contre 1% en France métropolitaine, la plaçant au 3e rang à l’échelle nationale. Ce taux grimpe à 1,7 % dans la Somme, à 2,1 % dans l’Aisne. Il est en revanche plus bas dans l’Oise, soit de 1,1 %. Plus précisément, on retrouve ces emplois en grand nombre en Thiérache, à Tergnier, à Laon et à Abbeville.
Comme observé dans les territoires ruraux du nord de la France, la Picardie a également plus souvent recours à l’apprentissage : le volume de travail salarié atteint 2,1 % contre 1,8 % en France métropolitaine, situant la Picardie au 9e rang dans la France métropolitaine. Il est de 2,3 % dans l’Aisne, de 2,2 % dans l’Oise et de 2 % dans la Somme. Ces contrats sont particulièrement utilisés dans l’est de l’Aisne, dans le Beauvaisis et dans la vallée de la Bresle.
Avec les destructions massives d’emplois, notamment dans l’industrie, les entreprises picardes ont donc réorienté leur stratégie d’embauche, en substituant les CDD aux CDI. Entre 2007 et 2010, la part des CDD a augmenté de dix points, atteignant 83,8 % des embauches, avec une forte progression des contrats de courte durée, traduisant un turn-over plus important. Si toutes ces formes particulières d’emploi occupent une place croissante dans le fonctionnement du marché du travail, et représente, du coup, un vecteur croissant d’insertion professionnelle, l’emploi en CDI à temps plein reste cependant largement majoritaire. «Mais les chances d’en obtenir un à l’échéance de sept mois sont assez faibles. Elles sont toutefois plus élevées dans le sud de la région, aux portes de l’île de France», reconnaît Cédric Tassart, de l’Insee Picardie.

Profil des salariés

Les contrats courts se concentrent sur les jeunes et les salariés les moins qualifiés. Ainsi, les moins de 26 ans concentrent plus de quatre emplois de forme particulière sur dix contre un emploi stable sur douze. Ces jeunes sont particulièrement sur-représentés dans les emplois aidés, ainsi que les seniors et les femmes. Les ouvriers non-qualifiés sont, eux, sur-représentés dans les emplois intérimaires de l’industrie.

Selon la catégorie socio-professionnelle, leur rémunération est de 30 à 62 % inférieure à celle des salariés en CDI. Par ailleurs, au moins les deux tiers des titulaires d’un CDD à temps partiel, des apprentis ou des bénéficiaires des contrats aidés perçoivent un salaire en-deçà du seuil de bas salaire.
Si les diplômes ne sont plus le sésame qui ouvrait rapidement les portes du marché du travail, il n’en reste pas moins que la détention de l’un d’eux offre une relative protection face aux emplois les plus précaires. Ainsi, «en 2011, la moitié des salariés ayant un emploi stable avaient au moins le baccalauréat contre 40 % pour les salariés en emploi à durée limitée. A contrario, près d’un quart des salariés en contrat d’intérim et aidé ne possédait aucun diplôme contre moins de 15 % pour les emplois stables», relève Cédric Tassart, de l’Insee Picardie.

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