L'Action Agricole Picarde 11 mai 2017 à 08h00 | Par Propos recueillis par Florence Guilhem

Plan Ecophyto II : «c’est une démarche incitative»

La feuille de route Ecophyto II Hauts-de-France est approuvée. Le point avec Luc Maurer, directeur régional de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt.

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Luc Maurer : «Les agriculteurs ont la capacité technique de s’adapter et peuvent entendre les demandes sociétales.»
Luc Maurer : «Les agriculteurs ont la capacité technique de s’adapter et peuvent entendre les demandes sociétales.» - © AAP


Quelle est la situation régionale en matière d’utilisation de produits phytosanitaires ?

Rappelons, tout d’abord, que la région Hauts-de-France consacre plus des deux tiers de son territoire à l’agriculture (68 %), soit près de 2,2 millions d’hectares. Elle est la deuxième région céréalière de France et la première productrice pour seize cultures, dont le blé tendre, les protéagineux, la betterave sucrière, la pomme de terre (fécule, plants et de consommation) et les légumes. Il ressort du diagnostic qu’il y a peu de différences entre les anciennes régions Picardie et Nord-Pas-de-Calais, celles-ci étant proches en termes de fonctionnement hydrographique.
Si l’on se base sur les indicateurs de fréquence des traitements (IFT) des différentes cultures dans les Hauts-de-France, ceux-ci sont légèrement supérieurs aux moyennes nationales. Toutefois, on relève des situations contrastées selon les espèces cultivées. Pour la pomme de terre, l’IFT (hors semence) est très élevé, supérieur à 18. Pour les autres grandes cultures industrielles et céréalières, les IFT se situent entre 4 et 5, sensiblement supérieurs aux valeurs moyennes nationales. Enfin, les zones légumières sont soumises à des pressions fortes de produits phytosanitaires.
La présence de ces produits, tant dans les eaux souterraines que dans les eaux de surface, est constatée sur l’ensemble de la région. Pour les eaux de surfaces, trois molécules et leurs dérivés sont présents dans plus de 50 % des stations de mesures : glyphosate et AMPA, diflufénicanil et les produits dérivés de l’atrazine. Dans les eaux de surface, la présence des produits phytosanitaires est surtout le fait d’herbicides.

Quel est le principal objectif du Plan Ecophyto ?
La première version du Plan Ecophyto était de diminuer le recours aux produits phytosanitaires de 50 % à l’horizon 2018, grâce à des mesures incitatives. Une deuxième version de ce plan a été élaborée avec le même objectif, mais selon une trajectoire en deux temps : une réduction du recours à ces produits de 25 % d’ici à 2020 reposant sur l’optimisation des systèmes de production, et une réduction de 25 % supplémentaires à l’horizon 2025 à atteindre grâce à des mutations plus profondes. Cette réduction doit se faire sur les exploitations agricoles, mais aussi dans les filières, et ce, tout en continuant à assurer un niveau de production élevé tant en qualité qu’en quantité.
Les grands principes du nouveau Plan Ecophyto sont les suivants : maîtriser l’ensemble des risques liés aux produits phytosanitaires ; inscrire le plan au cœur du projet agro-écologique pour la France ; et réorienter les évolutions au niveau des entreprises agricoles dans une dynamique collective, territorialisée et positive tant pour les producteurs que pour les citoyens. Dans tous les cas, le Plan Ecophyto n’impose pas d’interdictions en matière d’usage de produits phytosanitaires. C’est une démarche incitative et anticipative, qui implique une autre façon de faire avec la recherche d’alternatives agricoles. Ce qui est sûr, c’est que certains produits phytosanitaires sont nocifs. Il faudra bien s’en passer avant que l’interdiction ne nous tombe dessus.

Quels sont les leviers d’optimisation des systèmes de production ?
L’usage des produits phytosanitaires a un coût élevé pour les agriculteurs. La réduction de leur recours peut passer notamment par l’amélioration des pratiques de pulvérisation et l’utilisation de matériels et agroéquipements. Il faut aussi favoriser l’utilisation d’outils d’aide à la décision adaptés aux cultures, aux systèmes et au contexte pédoclimatique local. L’important est d’accompagner les exploitations agricoles vers des systèmes économes en produits phytosanitaires, qui préservent la performance économique et l’environnement en intégrant une approche globale.

Vous évoquez aussi une réduction de ces produits grâce à des mutations profondes. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Il faut aller plus loin que l’optimisation des systèmes de production, soit en mettant des systèmes de production moins consommateurs de produits phytosanitaires, qui amènent, par exemple, à allonger les rotations, à diversifier les assolements, à promouvoir des variétés résistantes aux maladies, etc. Autrement dit, il s’agit de revoir les systèmes de production en profondeur. Pour cela, il faudra accompagner les agriculteurs dans leurs démarches individuelles et collectives. Quelques pionniers ont déjà montré la voie au travers des programmes Dephy, GI2E, Geda, Expe…

Quels sont les principaux enjeux pour l’agriculture des Hauts-de-France ?
Il s’agit en particulier de réduire l’impact environnemental d’une «agro-industrie» performante en construisant des démarches de filière. Une réflexion de filière qui mutualise certaines contraintes avec l’aval permettrait de diminuer la pression sur l’agriculture. La sélection variétale, la recherche industrielle, l’innovation technologique (process et matériel) sont donc à associer et à favoriser, au même titre que la recherche agronomique ou l’agroéquipement.
Il convient aussi d’associer la filière négoce et coopératives en collecte et approvisionnement. La diminution de la vente de produits phytosanitaires, si elle entraînait aussi la diminution des rendements et de la collecte des céréales et oléagineux, risque de pénaliser à double titre les entreprises. Un des enjeux est donc de trouver une valorisation commerciale des productions issues d’exploitations plus vertueuses en matière d’environnement.
Il faut aussi faire émerger des systèmes agricoles vertueux et résilients en s’appuyant sur l’agro-écologie à l’échelle des territoires. Les approches collectives sont à privilégier, car elles sont un atout pour être rapidement plus efficace sur les zones les plus vulnérables. Par ailleurs, il est important de favoriser le maintien de l’élevage en valorisant les prairies.
Pour ce faire, deux types de leviers d’actions sont à privilégier. Le premier porte sur les actions de substitution visant à remplacer certains traitements chimiques par des actions mécaniques. Le second concerne des actions de «re-conception» visant à faire évoluer les pratiques et les systèmes gros consommateurs d’intrants afin de faire baisser durablement et notablement l’utilisation des produits phytosanitaires. Une feuille de route a été mise en place en ce sens. C’est une feuille de route évolutive, qui sera adaptée en fonction des retours d’expérience.

Pour atteindre ces objectifs, quels sont les moyens financiers mis à disposition ?
Le Plan est doté de 41 millions d’euros des Agences de l’eau, plus une enveloppe additionnelle de 30 millions d’euros permettant de renforcer les actions au niveau régional. Sur ces 30 millions,
4 millions sont destinés aux Hauts-de-France. L’Etat et la Région apportent également des aides à travers le soutien aux investissements dans les exploitations agricoles, aux Maec, et à l’accompagnement des agriculteurs. Ce qui est nouveau, c’est la volonté des financeurs (Agences de l’eau, Etat, Région) d’articuler leurs interventions, soit comment on utilise nos crédits ensemble de manière coordonnée.

Pour coordonner ces actions et travailler avec le monde agricole, comment allez-vous faire ?
Pour élaborer la feuille de route, certaines instances ont été mises en place, soit la commission agro-écologie et le comité des financeurs, chargé, lui, de la gestion de la mécanique financière pour les projets répondant aux actions prioritaires définies par la commission agro-écologie.
Mais, surtout, des groupes de travail ont été constitués sur cinq sujets : approches par filière et par lien entre productions, formation, mise en place de groupes locaux d’agriculteurs, JEVI (jardins, espaces verts et infrastructures), et comparaison avec d’autres pays européens. C’est ce travail collectif et avec les filières qui permettra de relever les défis.
Les groupes de travail doivent se réunir dans les prochaines semaines. Il ne s’agit pas d’élaborer un discours général, mais bien de rentrer dans des méthodes précises et de voir comment on les déploie sur le territoire.

Est-ce que le diagnostic régional et la feuille de route sont partagés par le monde agricole ?
Le monde agricole a été très réceptif. Nous avons sur notre territoire une agriculture performante avec un bon niveau de formation. Les agriculteurs ont la capacité technique de s’adapter et peuvent entendre les demandes sociétales. Je pense que si nous arrivons à nous impliquer ensemble sur la question des filières et la méthode à mettre en place, nous sommes capables d’y arriver. La feuille de route est écrite. On a constitué des groupes de travail. Il faut à présent se mettre au travail.

Le monde agricole a-t-il cependant des attentes particulières ?
Ils ne veulent pas que soient imposées de nouvelles règles et des interdictions sur les produits phytosanitaires sans concertation. Le Plan Ecophyto répond bien à cela, puisque, comme je le disais précédemment, c’est une démarche incitative. Après, chacun doit jouer le jeu. Il faut vraiment se saisir de l’enjeu et ne pas le faire a minima.

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