L'Action Agricole Picarde 16 avril 2019 à 06h00 | Par Simon Playoult

Pluriactivité : elle se développe dans le monde agricole

La pluriactivité ne cesse de gagner du terrain dans le milieu agricole. Les motivations et les situations divergent. Des chercheurs régionaux tentent d’établir un panorama.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Nathalie Delame (AgroParisTech). © D. R. Sylvie Lupton (UniLaSalle Beauvais) ont engagé des recherches sur la pluriactivité et ses évolutions dans le milieu agricole. © D. R. Bernard de Franssu, agriculteur double actif.. © D. R.

L’agriculture est une activité qui s’exerce de moins en moins à part entière. Des raisons structurelles et économiques conduisent en effet certains professionnels à se tourner vers un autre métier. «La double activité est l’un des visages de l’agriculture de demain, déclare Amar Djouak, chercheur au Grecat*. Il est nécessaire d’interpréter les stratégies des agriculteurs liées à la pluriactivité pour comprendre les enjeux d’avenir
A ce jour, très peu d’études se sont intéressées à ce phénomène sociétal du monde agricole. C’est pourquoi quatre chercheurs ont présenté, dernièrement, leurs travaux récents à l’Institut supérieur d’agriculture (Isa) de Lille, en présence de quelques agriculteurs.

Une situation temporaire
Les exploitants sont dits pluriactifs lorsqu’ils exercent, en plus de leur activité à la ferme, une seconde activité qui ne relève pas de l’agriculture. Agriculteur, mais aussi salarié, intérimaire, conseiller ou entrepreneur… Près de 20 % des exploitants des Hauts-de-France se déclarent aujourd’hui comme doubles actifs (soit plus de six mille personnes).
«Leurs motivations sont diverses mais, pour une partie d’entre eux, il s’agit d’apporter une certaine stabilité aux revenus de la ferme et de diminuer les risques liés au contexte agricole, souligne Clarisse Ceriani, chercheuse au Grecat, qui vient d’enquêter auprès de soixante agriculteurs pluriactifs du Nord et du Pas-de-Calais. Ces professionnels voient la double activité comme une solution périodique, non durable sur le long terme
Ce genre de trajectoires n’est pas nouveau dans la région, rappelle Didier Helleboid, ancien agriculteur dans l’Audomarois : «Depuis les années 1960 et l’implantation de grandes entreprises agro-alimentaires dans notre territoire, des centaines d’exploitants vont y travailler durant un laps de temps, lors des périodes creuses notamment
«En effet, la typologie des exploitations régionales, hors élevage, peut permettre à certains de dégager du temps de manière occasionnelle», complète Nathalie Delame (AgroParisTech), qui étudie la double activité du ménage agricole.
Bernard de Franssu, agriculteur double actif de l’Oise, précise que «plusieurs périodes de pluriactivité peuvent aussi intervenir au cours d’une carrière agricole», lorsqu’une ferme se restructure ou change d’orientation. Pour des petites structures, enfin, la double activité permet de maintenir une activité agricole sur une propriété familiale.

Un choix déterminé
Progrès des machines, saisonnalité, mais surtout diversifications, sont également des vecteurs de pluriactivité. Ajoutez à cela la hausse du niveau de qualification des nouveaux installés et le recul de l’âge moyen pour s’installer. «Pour de plus en plus d’exploitants agricoles, être double actif est un choix réfléchi et affirmé dès l’installation, affirme Clarisse Ceriani. Il s’agit, pour eux, d’une véritable stratégie menée à long terme, leurs deux activités sont aussi importantes l’une que l’autre à leurs yeux
L’enquête de la chercheuse montre même que certains agriculteurs, qui envisageaient une double activité de manière temporaire, ont poursuivi leur démarche par contentement. «Plus les exploitants diversifient leurs activités, plus ils ont envie de se lancer dans d’autres choses et d’innover, note Sylvie Lupton, enseignante-chercheuse à l’UniLaSalle Beauvais. C’est ce que l’on appelle les pratiques cumulatives, répandues en agriculture
Si, par sa diversité d’expression, la pluriactivité reste difficile à définir, les spécialistes sont clairs quant à son devenir. «Avoir un ou plusieurs métiers extérieurs est aujourd’hui vital pour beaucoup d’agriculteurs», résume Amar Djouak. Et Nathalie Delame de conclure : «L’émergence et le développement des énergies renouvelables dans les territoires ruraux pourraient rapidement permettre à un pan de l’agriculture de ne plus aller chercher un emploi hors de la ferme

* Grecat : groupe de recherche et d’études concertées sur l’agriculture
et les territoires (Hauts-de-France).

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Action Agricole Picarde se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves du journal
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui