L'Action Agricole Picarde 09 août 2017 à 08h00 | Par Michel Martin et Catherine Vacher (Arvalis - Institut du végétal)

Plusieurs techniques pour défaner les pommes de terre

Défanage chimique, mécanique ou thermique... ? Voici une présentation des solutions disponibles pour réussir cette intervention.

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Défanage mécanique : broyage des fanes à l’aide d’un outil combiné.
Défanage mécanique : broyage des fanes à l’aide d’un outil combiné. - © Christian Gloria

Dernière intervention avant la récolte, le défanage a pour objectif la destruction complète et rapide de la végétation pour contrôler le calibre, maîtriser la qualité de la pomme de terre et faciliter la récolte. Contrairement aux pommes de terre primeurs récoltées lorsque les tubercules sont immatures et souvent «peleux», les pommes de terres de conservation doivent être arrachées après une maturité complète de l’épiderme pour assurer une bonne conservation des tubercules. Pour ce faire, il est nécessaire d’attendre la maturité naturelle de la culture ou, le plus souvent, de procéder à un défanage lorsque la qualité des tubercules est à l’optimum.
Les substances actives actuellement utilisées pour le défanage de la pomme de terre sont pour la plupart en cours de réinscription au niveau européen ou national. C’est le cas, en particulier, du diquat (Réglone 2) et du glufosinate (Basta F1), deux molécules essentielles au défanage chimique des pommes de terre. Ils permettent, dans les programmes, «d’ouvrir la végétation» en détruisant les feuilles et de rendre accessible les tiges, qui seront contrôlées soit par un dessicant type carfentrazone éthyle (Spotlight Plus) ou pyraflufen éthyle (Sorcier/Guerrier), soit par le renouvellement de l’application de Réglone 2 ou Basta F1.
A l’automne dernier, la société Bayer avait pris la décision de suspendre l’approvisionnement en Basta F1 pour le défanage de la pomme de terre, cet usage devant être retiré début avril 2017. Mais, compte tenu du délai de traitement du dossier par l’Anses, le Basta F1 conserve son usage défanage pour les applications de 2017, précise la société. Il convient toutefois de ne pas omettre de respecter la restriction d’une application en bandes.
Pour chaque produit, il convient également de respecter les conditions d’application spécifiques qui lui ont été attribuées telles que la possibilité d’utilisation en mélange, avec un fongicide par exemple, ou encore le délai à respecter avant récolte des parcelles traitées (cf. tableau).
Pour les variétés précoces ayant généralement peu de fanes et parvenant rapidement à maturité, un passage unique de défanant ou un broyage des fanes sénescentes peuvent suffire. Pour des variétés à plus fort développement, un programme de traitement à deux applications, voire trois, est la stratégie la plus fréquente. Le premier traitement vise à détruire rapidement le feuillage et à enclencher la sénescence ; le second, cinq à sept jours plus tard, permet la destruction des tiges, tout en limitant les repousses foliées.

Le broyage mécanique
Le défanage «100 % chimique» est actuellement la méthode la plus largement répandue. Mais la stratégie qui consiste en un broyage des fanes de pomme de terre, en complément d’un défanant chimique, suscite de plus en plus d’intérêt. Dans ce cadre, l’application de Beloukha, produit de biocontrôle (liste du 28-03-2017), pour le défanage de la pomme de terre trouve tout à fait sa place.
L’absence de nouveautés pour le défanage chimique de la pomme de terre et la disparition à terme de Basta F1, ainsi que les décisions issues du réexamen du diquat, par exemple, pourraient bien, en 2018, faire évoluer les stratégies de défanage vers une part encore plus importante du broyage de fane, suivi ou associé à un défanage chimique.

Des broyeurs qui s’adaptent
Le broyage des fanes est une opération efficace qui permet de supprimer instantanément et généralement plus de 75 % de la végétation, mais à un débit de chantier modéré du fait d’une vitesse d’avancement souvent proche de 5 km/h et de la largeur de l’équipement. Pour accroître le débit de chantier, de nombreux constructeurs proposent ainsi désormais des modèles 6 rangs en un seul châssis (Grimme), deux châssis repliables (Baselier) ou trois modules Avant/Arrière 2 rangs (AVR). Les matériels s’adaptent également désormais aux différentes configurations de plantation : buttes ou billons.
Par ailleurs, l’adaptation d’équipement de pulvérisation, en combinaison avec le broyeur, permet d’effectuer un traitement chimique complémentaire au broyage mécanique de fanes pour éviter les reprises de végétation, lorsque l’intervention s’effectue avant l’apparition des premiers signes de maturité de la végétation. En complément d’un broyeur frontal, le modèle Loef-Does d’Agricult, porté à l’arrière du tracteur, permet une pulvérisation centrifuge à bas volume (40 à 70 l/ha) généralisée à la surface des buttes. Il apparaît cependant plus adapté à l’application de produit de type Basta ou Spotlight.
Pour les broyeurs tractés, une rampe arrière équipée de buses classiques permet d’effectuer un traitement localisé de la partie haute des buttes, ce qui permet de réduire généralement la dose d’application de 50 % avec une efficacité comparable. Agronomic et Grimme proposent ainsi des adaptations de ce type.

Défanage thermique
Malgré son bilan énergétique élevé, le défanage thermique peut constituer également une option pour la production certifiée Agriculture Biologique ou éviter tout recours au chimique, même en cas de développement important de la végétation. Le passage d’une défaneuse thermique se traduit par une destruction des feuilles en quelques heures seulement, ce qui procure un effet assainissant intéressant en cas d’attaque de mildiou sur le feuillage pour ces cultures à cahier des charges spécifiques.
Après des solutions au gaz initiées au milieu des années 1990 (Moreau, Rabaud…), la société Axinor propose depuis près de deux ans un équipement utilisant de l’huile de colza pour ses brûleurs. Développé pour répondre au besoin de la Cuma CREATIVE*, ce modèle travaille sur 4 rangs, s’adaptant aux différentes configurations de plantation, de 70 à 90 cm, grâce à des brûleurs coulissants au-dessus du four inox à l’isolation renforcée. La vitesse d’avancement varie de 2,5 à 4 km/h, selon le volume foliaire à détruire pour une consommation d’huile entre 100 et 150 l/ha. Ses deux réservoirs rassemblant une contenance totale de 650 l lui procure une autonomie d’environ 5 à 6 ha (soit cinq heures généralement) avant de nécessiter un remplissage.
* Cuma régionale pour l’émergence d’activités territoriales innovantes et la valorisation de l’environnement


- © aap

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