L'Action Agricole Picarde 27 mai 2019 à 06h00 | Par Bruno Osson et Rosine Depoix (Gnis)

Prairies : cultiver les plantes fourragères et rien d’autre

Dans les prairies, les bonnes graminées et légumineuses sont en concurrence naturellement avec de nombreuses autres plantes qui ne présentent que peu ou pas d’intérêt pour l’alimentation des animaux.

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La présence d’adventices doit être contenue. 
La présence d’adventices doit être contenue.  - © Gnis



L’intérêt fourrager d’une plante s’apprécie sous quatre aspects : la productivité, l’appétence, les valeurs alimentaires et, le cas échéant, l’aspect condimentaire ou toxique.

L’art de bien gérer la prairie consiste donc à faire dominer les espèces de bonnes valeurs fourragères et à réduire les autres plantes en dessous d’un seuil acceptable. Pour cela, quelques règles simples sont à connaître, lors de l’implantation ou lors de l’exploitation de la prairie, et ce, que l’on soit en prairie naturelle ou en prairie temporaire.
Le mode d’exploitation et la fertilité pertinente favorisent naturellement les bonnes espèces. Dès le réveil de la végétation, en fin d’hiver, le déprimage (pâturage précoce) favorise le tallage, et donc la densité du couvert végétal. Dans une végétation dense, les adventices ont moins de facilité à s’implanter ou à se développer. Le respect des hauteurs d’herbe au pâturage (être toujours entre 5 et 15 cm) et de la hauteur de coupe en cas de fauche (8 cm) sont des règles essentielles.
L’alternance fauche et pâture est un excellent moyen d’action pour favoriser les bonnes espèces et réduire les espèces moins intéressantes. Bien sûr, ceci n’est envisageable que si la disposition foncière le permet.

Un sol «vivant»
La fertilité n’est pas conditionnée que par les apports organiques ou minéraux. Elle est d’abord liée à l’activité biologique du sol, bactéries, champignons et vers de terre. Cette activité est dépendante du pH, de l’aération du sol (échanges entre l’air du sol et l’air atmosphérique) et de la situation hydrique. Il est donc essentiel de se préoccuper de l’état du sol de chacune de ses prairies.
Les apports organiques et/ou minéraux doivent être raisonnés en tenant compte de la situation initiale, des besoins des plantes, des restitutions par les animaux (crottes, bouses) et de comment ces restitutions sont réparties sur la surface. Des carences ou des déséquilibres entraînent la présence de plantes indicatrices telles que des ronds d’ortie, de la houlque laineuse, la renouée des oiseaux, l’agrostide stolonifère et la crételle. Il est toujours intéressant de les reconnaître.
Souvent, les plantes «adventices» sont refusées par les animaux et ont alors toute la liberté de se propager par graines, rhisomes ou stolons, si elles ne sont pas fauchées ou broyées. La présence de ces plantes refusées peut aussi être liée à un mauvais aménagement parcellaire : point d’eau trop éloigné, chemin d’accès difficile pour les animaux, surface offerte trop grande par rapport au nombre d’animaux. Il peut être utile, si possible, de modifier ses pratiques pour mieux valoriser l’espace.

«Booster» le couvert
Lors de ressemis de prairie, des précautions doivent être prises. Toucher le moins possible au sol limite la levée d’adventices. C’est l’intérêt des semoirs à disques. Sinon, en cas d’ameublissement de la surface par une herse rotative ou un rotavator, il est prudent de faire un faux semis : travail superficiel pour provoquer la germination des adventices, puis dix à quinze jours plus tard, retravailler le sol en surface pour détruire les plantules d’adventices dont on a provoqué la germination. Préférer une répartition des graines «à la volée» plutôt qu’en lignes espacées pour vite couvrir le sol avec des bonnes espèces choisies.

Production de semences : une affaire de spécialiste
Lors de la production des semences, le maximum de précautions est pris pour éviter la présence d’adventices, d’autant que si elles n’ont pu être détruites dans la parcelle de production de semences, elles seront également difficiles à combattre dans la prairie de l’éleveur.
Pour cela, des règles sont obligatoirement respectées par les agriculteurs multiplicateurs de semences. Ce sont des règles d’isolement, d’assolement et d’inspection des semences mères. Puis, des contrôles sont effectués dans la parcelle des porte-graines pour constater ou pas la présence d’adventices. La rigueur se prolonge ensuite après la récolte dans l’usine de semences. Sept opérations de triage consécutives sont réalisées, notamment sur les dimensions des graines et leur densité.
Puis, des contrôles sont effectués pour vérifier les puretés spécifiques et les facultés germinatives, le tout accompagné d’une traçabilité très fine. Des semences avec une très bonne faculté germinative permettent au nouveau couvert de bien occuper l’espace, et donc de limiter le développement d’espèces présentes moins intéressantes.
Toutes ces mesures vont permettre de contenir la proportion de plantes adventices en-dessous d’un seuil minimal que l’on s’autorise, sans recours à des solutions chimiques. On peut aussi s’interroger sur la pertinence de certaines démarches qui consistent à joindre à la semence des graines d’indésirables alors que ces plantes sont déjà présentes et souvent peu ou pas valorisées par les animaux.

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