L'Action Agricole Picarde 20 septembre 2019 à 06h00 | Par Agnès Laplanche avec Émilie Siri

Pratiques : appliquer les phytos dans de bonnes conditions

Les bonnes conditions d’application des produits phytosanitaires revêtent différents aspects : réglementaires, réglages et contrôle du pulvérisateur, pratiques... Tour d’horizon.

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La stabilité des rampes est un point important pour limiter la dérive lors de la pulvérisation. Les nouveaux modèles 
présents sur le marché sont très performants à cet égard.
La stabilité des rampes est un point important pour limiter la dérive lors de la pulvérisation. Les nouveaux modèles présents sur le marché sont très performants à cet égard. - © Horizons



En grandes cultures, les bonnes conditions d’application des produits phytosanitaires relèvent à la fois du respect des différentes réglementations en vigueur, et d’aspects non réglementaires. Pour l’exploitant, l’objectif est d’être en conformité avec la réglementation et de limiter les risques de dérive lors de la pulvérisation. Nous n’évoquerons que les zones où l’application de produits phytosanitaires est autorisée.


Détenir un Certiphyto
Tout professionnel qui utilise des produits phytosanitaires doit être titulaire d’un Certiphyto. Ce certificat est valable cinq ans et peut être obtenu à la suite d’une formation via un organisme agréé intégrant la vérification des connaissances. Toutefois, un agriculteur qui détient un Certiphyto devra réaliser une formation complémentaire s’il réalise des prestations en tant qu’entrepreneur de travaux agricoles (ETA).

Faire contrôler son pulvé
Avant de pulvériser, il faut s’assurer que le contrôle des pulvérisateurs a été réalisé une fois depuis moins de cinq ans. Il doit être réalisé par une entreprise agréée et sa valeur vaut de date à date, comme les contrôles automobiles, et doit être renouvelé tous les cinq ans. «La récurrence de ce contrôle va passer à trois ans à partir du 1er janvier 2021», précise Pierre Malinowski, technicien agro-équipement à la FDCuma de l’Indre et contrôleur de pulvérisateur.
Dans le cadre de ces contrôles, le jeu de buses est vérifié. Mais cela va plus loin en cas de contrôle phyto sur l’exploitation. «En cas de contrôle phyto à la ferme, tout le matériel est contrôlé et inspecté. Si la ferme se situe à proximité d’un point d’eau, ruisseau, etc., l’obligation de buses anti-dérive s’applique dans le cadre de la protection de l’eau. L’exploitant doit avoir des buses anti-dérive homologuées sur son pulvérisateur», assure le technicien.
Ces buses permettent de limiter au maximum la dérive des produits épandus au-delà de la zone à traiter. «On limite la dérive, car on augmente la taille de la gouttelette», explique Pierre Malinowski. Les buses homologuées anti-dérive sont listées par le ministère de l’Agriculture. Si le renouvellement du matériel de pulvérisation n’est pas envisagé, l’adaptation des buses avec des éléments permettant de réduire la dérive est une solution possible. À noter que les buses à induction (injection) d’air diminuent la dérive de 50 à 90 %, mais elles présentent un coût supplémentaire.

S’informer des conditions météo
Toute pulvérisation est interdite si la vitesse du vent dépasse les 19 km/h ou 3 sur l’échelle de Beaufort. L’exploitant doit veiller à s’assurer de la force du vent avant de pulvériser avec les prévisions locales des services météo. La direction du vent, la température et l’humidité sont aussi des points à vérifier sur les créneaux horaires où le traitement est prévu. Les conditions les plus favorables sont les suivantes : un vent faible (entre 0,5 et 2,5 m/s) et dirigé si possible à l’inverse des zones sensibles, des températures comprises entre 10 et 25 °C, une hygrométrie au-dessus de 50 %. «Aujourd’hui, beaucoup d’exploitants traitent le matin de bonne heure, tard le soir ou la nuit. Ils récupèrent ainsi l’humidité de l’air pour une meilleure efficacité. Traiter en pleine journée n’est pas utile, car 50 % du produit s’évapore, en particulier s’il fait chaud.»

Respecter les arrêtés préfectoraux
Des arrêtés appelés «personnes sensibles» sont pris par département. Ils indiquent la présence obligatoire de systèmes anti-dérive à proximité des lieux où se trouvent des personnes sensibles (crèches, écoles, hôpitaux, maison de retraite, etc.). Ils incluent aussi des distances d’éloignement des activités de pulvérisation ainsi que des obligations de mise en place de système anti-dérive, à la charge des constructeurs, pour toute nouvelle construction.

Protéger les abeilles
Il est interdit de traiter pendant la présence des abeilles, c’est pourquoi, en période de floraison des cultures, les traitements doivent se faire tôt le matin ou tard le soir. Il est à noter que certaines catégories de produits sont interdites en période de floraison.

Non réglementaire mais important
D’autres points non réglementaires entrent dans le cadre des bonnes conditions d’application des produits phytosanitaires. On note parmi eux le bon entretien du matériel de pulvérisation. Le réglage du matériel est aussi important. Entre autres, utiliser la plus petite distance entre les buses et la cible, couper la pulvérisation lors des demi-tours en bout de parcelle. Sur ce point, les technologies assistées du GPS aident beaucoup : «aujourd’hui, on utilise beaucoup les coupures de buses via GPS pour éviter le redoublement des produits. Cela permet aussi une grande économie en produits», assure Pierre Malinowski. On peut aussi noter l’usage de pulvérisateurs avec des systèmes efficaces de stabilisation des rampes :
«les pulvérisateurs récents sont très stables, avec de très bonnes suspensions», poursuit l’expert. L’abaissement de la pression des pneus pour absorber les irrégularités du sol selon les données constructeurs est aussi une des solutions efficaces pour limiter la dérive. L’abaissement de la vitesse pour la pulvérisation est aussi une des pistes, bien que «la vitesse de traitement est adaptée au calibre de la buse. Au niveau de la pression de la pulvérisation, on est un peu limité car le support a un dispositif anti-gouttes intégré», conclut-il.
D’autres relèvent de mesures de «bon sens», présentes dans les chartes de voisinage signées dans certains départements : adapter les horaires de traitement en fonction du voisinage, privilégier les produits à moindre risque, recourir à du matériel anti-dérive, etc.

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