L'Action Agricole Picarde 04 avril 2020 à 06h00 | Par Anne-Sophie Colart - Arvalis

Préparation de sols avant les semis de maïs : prudence !

Après les cumuls de pluie importants de ces derniers mois, il faut savoir être patient pour reprendre les sols dans de bonnes conditions avant l’implantation des maïs. Commencer les reprises de sol trop tôt, alors que celui-ci n’est pas suffisamment ressuyé, peut s’avérer contreproductif à plusieurs niveaux.

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Lorsque le sol est encore trop humide, le travail du sol peut créer des mottes et des lissages.
Lorsque le sol est encore trop humide, le travail du sol peut créer des mottes et des lissages. - © Bubu1664 FranceAgriTwittos

Lorsque le sol est encore trop humide, le travail du sol peut créer des mottes et des lissages. Si le temps devient séchant, ces mottes vont durcir et perturber les levées. De la même manière, une reprise trop profonde peut remonter des mottes plus humides à la surface. Enfin, plusieurs passages du même outil à la même profondeur (deux reprises à la herse rotative par exemple) peuvent aussi lisser le fond du lit de semence et créer une rupture de porosité qui deviendra plus tard un obstacle à l’enracinement du maïs.
Il est donc sage d’attendre un ressuyage en profondeur et de pratiquer un diagnostic à la bèche de manière à adapter le travail du sol à chaque parcelle. L’objectif est d’obtenir une terre ameublie en profondeur, rassise sans être trop affinée en surface, avec quelques mottes pour éviter l’apparition de phénomènes de battance.

Attention au tassement
Même si les 10 ou 20 premiers centimètres sont bien ressuyés, les horizons profonds, plus humides, restent sensibles au tassement. Il est donc indispensable de s’assurer que le sol est ressuyé a minima sur toute l’épaisseur de la couche arable. Le modèle Terranimo permet de prévoir les risques de tassement en fonction du poids des machines et de l’état du sol. Les calculs réalisés avec ce modèle (cf. tableau) montrent que lorsque le sol est bien ressuyé sur les 20 premiers centimètres (humidité inférieure à la capacité au champ) et lorsqu’il est à la capacité au champ sur les horizons inférieurs, un risque de tassement existe entre 20 et 40 cm de profondeur. Si le sol est bien ressuyé sur 40 cm d’épaisseur, on réduit ou supprime ce risque. Ces précautions sont d’autant plus importantes que le matériel utilisé est lourd et/ou que le sol est sensible au tassement. Par exemple, dans un sol limoneux, travailler avec un tracteur de 110 chevaux* pour un poids total (tracteur + outil) de
7 tonnes permet de réduire de 10 à 20 cm la profondeur maximale atteinte par le tassement par rapport à un ensemble de 130 cv** et 11 t.
Le système racinaire du maïs est «paresseux», il est donc essentiel de limiter les phénomènes de compaction. Des comparaisons de rendement entre sols tassés et non tassés ont montré que l’on peut perdre 20 % du rendement en maïs grain en sol argileux et 35 % en maïs fourrage en sol limoneux.  Cette culture «estivale» est aussi davantage impactée par la disponibilité en eau que d’autres cultures, comme nous avons pu le vérifier ces deux dernières années y compris dans le nord de la France. Cela implique que la plante soit bien enracinée pour limiter les stress hydriques. La fertilisation et l’irrigation peuvent atténuer les conséquences du tassement mais pas les annuler intégralement.

Qu’en est-il pour les semis ?
Même si les conditions climatiques actuelles sèches et ensoleillées semblent favorables au début des chantiers de semis, les températures moyennes journalières sont encore faibles avec de petites gelées matinales. Un autre indicateur à observer est la temperature du sol. Il est admis qu’à partir de 10°C, les conditions deviennent favorables à la germination puis à la croissance du maïs. Pour rappel, les besoins en degrés jours (base 6) entre le semis et la levée sont en moyenne de 80°C, +/- 30°C suivant les conditions de sols et de climat.
Pour effectuer cette mesure, il faut être prudent car la température du sol fluctue au cours de la journée, et la mesure peut être influencée par la profondeur, la couleur du sol, son état de porosité, la presence d’un couvert... D’après les suivis réalisés par Arvalis, une mesure sur sol nu à 5 cm de profondeur entre 9 et 10 heures du matin, ou autour de 20 heures, est assez représentative de la valeur moyenne journalière. Dans un sol «ouvert» par un outil de travail du sol, l’influence de l’air ambiant est forte, et la température de l’air correspond quasiment à celle du sol nu à 5 cm.

 

* 110 cv = tracteur de 110 chevaux + vibroculteur pour un poids total de 7t
** 130 cv = tracteur de 130 cv + herse rotative pour un poids total de 11 t

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