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Prix et marges des produits alimentaires

Si l’instabilité est toujours forte au niveau des prix à la production, avec un amont agricole qui peine à couvrir ses coûts de production dans beaucoup de filières, notamment animales, les prix à la consommation demeurent relativement stables depuis plusieurs années.

Philippe Chalmin, président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges : «Il y a une distinction de plus en plus grande entre la conjoncture agricole et les prix payés à la consommation.»
Philippe Chalmin, président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges : «Il y a une distinction de plus en plus grande entre la conjoncture agricole et les prix payés à la consommation.»
© Hervé Garnier



«Il y a une distinction de plus en plus grande entre la conjoncture agricole et les prix payés à la consommation», relève Philippe Chalmin, président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges, lors de la présentation du rapport 2018 de l’organisme.
Rédigé avant la publication des ordonnances de la loi Egalim, le rapport ne peut pas nous éclairer sur de potentiels effets de cette loi mais, pour l’instant, force est de constater que les producteurs agricoles ont encore une fois peiné, l’année passée, à couvrir leurs coûts de production. Si on observe globalement une hausse des prix à la production de 2,2 % par rapport à 2017, les prix des moyens de production ont également augmenté.

Peu de secteurs couvrent leurs coûts de production
Le prix à la production diminue de 11,8 % pour le porc, en lien avec une demande internationale, notamment chinoise, plus faible qu’en 2017, et le coût de production de 1,47 €/kg n’est pas couvert par le prix de marché (1,37 €/kg). En revanche, les effets de la peste porcine africaine en Chine, et la baisse du prix des aliments en Europe, pourraient permettre aux producteurs porcins de retrouver le sourire en 2019, estime le président de l’Observatoire.
La situation est également difficile pour le secteur laitier où, malgré une augmentation des prix à la production de 1 %, les coûts de production ne sont pas couverts et enregistrent une hausse de l’ordre de + 11 € les 1 000 litres. La différence entre coûts de production et prix à la production est la plus importante pour le lait de montagne (hors Est, secteur du Comté).
La situation ne s’améliore pas non plus pour le secteur de la viande bovine, structurellement en perte depuis plusieurs années. Les prix à la production pour les bovins et veaux de boucherie baissent de - 0,6 %. L’indicateur national des prix moyens pondérés des gros bovins entrée abattoir (source FranceAgriMer) montre un affaiblissement des cours de 1,1 % par rapport à 2017, une diminution principalement due à la hausse des abattages de vaches en 2018, en lien avec la sécheresse estivale. Globalement, le total des coûts de production, que ce soit pour les systèmes naisseurs spécialisés, naisseurs engraisseurs spécialisés de JB ou naisseurs engraisseurs et cultures, dépasse le total du prix de vente, des produits joints et des aides.
Du côté de la filière volaille, le coût de production conjoint de l’intégrateur et de l’éleveur de poulets standards ou Label rouge est en hausse, en raison de la hausse du coût de l’aliment. La situation s’améliore, en revanche, pour certaines productions comme les fruits, les légumes ou le blé tendre, qui voient leurs prix à la production augmenter respectivement de + 12,3 %, + 8,2 % et + 11,9 %.

Prix stables pour l’industrie et la consommation
Globalement, les prix des produits des industries alimentaires sont stables, indique l’Observatoire, la hausse de certains produits comme les viandes bovines (+ 2,5 %), les produits laitiers (+ 1,7 % sur l’ensemble, mais - 3,3 % sur le groupe beurres-poudres) étant compensée par la baisse d’autres comme la viande porcine (- 9 % pour les découpes de porc et - 2,2 % pour les jambons), la viande de volaille (- 0,5 %), les pâtes alimentaires (- 1,8 %) et la farine boulangère pour l’utilisation artisanale (- 0,9 %).
Les prix à la consommation marquent une hausse de + 2 %, du fait de la viande de porc fraîche (+ 0,9 %), du jambon (+ 2,2 %), de la viande bovine (+ 1,4 %), des produits laitiers (+ 3 %), de la baguette (+ 1,5 %) et des fruits et des légumes (+ 6,5 % et + 7 %). Les grandes et moyennes surfaces enregistrent, pour les rayons frais, une marge nette d’environ 1,2 %.
L’Observatoire rappelle néanmoins les limites de ces analyses, qui portent sur des produits alimentaires de base, alors que les consommateurs se tournent de plus en plus vers des produits transformés et offrant davantage de services.
Enfin, si la loi Egalim pourra peut-être permettre une meilleure rémunération des producteurs, il faudrait aussi généraliser les logiques de contractualisation, estime Philippe Chalmin. Or, ces logiques restent pour le moment «insuffisantes et minoritaires». «Sans logique contractuelle, il y a peu de lien entre les prix à la consommation et les prix payés au producteur», conclut-il. Dans son prochain rapport, l’Observatoire se penchera davantage sur le bio, sur la transparence au niveau de la filière laitière, et devrait intégrer les pommes de terre.

Pour la FNSEA et les JA, l’Observatoire joue un rôle majeur dans la construction du prix

Regrettant que l’Observatoire de la formation des prix et des marges ait de nouveau montré «les difficultés des producteurs agricoles», qui ne couvrent pas leurs coûts de production dans la majorité des filières, la FNSEA et JA ont rappelé que «la loi Egalim est entre les mains de chaque opérateur de l’amont à l’aval». Grâce aux ordonnances de la loi Egalim, la transparence au niveau des maillons de l’aval devrait être améliorée, et «le rôle de l’Observatoire est majeur dans cette nouvelle construction du prix et dans la définition des prix abusivement bas prévue par l’ordonnance du 24 avril 2019», indiquent les deux organisations.

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