L'Action Agricole Picarde 15 janvier 2020 à 18h00 | Par Vincent Fermon

Profession agricole : un esprit de concorde pour aborder 2020

Assurant vouloir mener une politique volontariste pour garder un maximum d’exploitations, la présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme a appelé lors de ses vœux l’ensemble du monde agricole à se serrer les coudes.

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La préféte Muriel Nguyen a réaffirmé le soutien de l’État à la profession  agricole. © V. F. Une centaine de participants ont répondu à cette première cérémonie des vœux au monde agricole. © V. F. Françoise Crété, présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme et Denis Bully, président de la FDSEA. © V. F.




Il s’agissait d’une première visiblement très... attendue et animée. Lundi dernier, la cérémonie des vœux au monde agricole organisée par la Chambre d’agriculture de la Somme a rassemblé près d’une centaine de personnes à Amiens. OPA, représentants des collectivités locales, représentants des administrations et partenaires du monde agricole au sens large ont répondu à l’invitation de la présidente Françoise Crété. Après un hommage au président de l’APCA disparu accidentellement fin 2019, Françoise Crété est revenue sur les faits marquants pour l’agriculture samarienne en 2019. Ce que l’on retiendra de cette soirée, c’est l’esprit de concorde qu’a voulu insuffler la présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme, malgré un climat propice aux tensions. «La chambre d’agriculture a le souci permanent de tous les agriculteurs, quelles que soient leurs performances techniques ou économiques, jeunes ou moins jeunes, a-t-elle dit. Il nous faut mener une politique volontariste afin de garder un maximum d’exploitations. Plus nous aurons de chefs d’entreprise et de porteurs de projets, plus notre territoire sera vivant.» Les maîtres-mots de la nouvelle mandature qui a démarré en 2019 restent inchangés : «collectif et proximité», a ensuite rappelé Mme Crété, sans éluder le débat sur la régionalisation des chambres d’agriculture dans les Hauts-de-France. «Ce qui nous sépare ne porte que sur des questions de calendrier», a défendu la présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme qui souhaite «renforcer l’échelon régional, mais aussi l’échelon départemental qui est celui de la proximité.» La suite du propos a porté sur les efforts de communication qui devront être intensifiés pour rapprocher les agriculteurs du monde urbain, ainsi que sur la signature d’une charte départementale de bon voisinage destinée à décrisper de futurs échanges sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques dans les champs. D’autres défis, parmi lesquels le changement des pratiques, la contribution de l’agriculture contre le changement climatique ou la garantie d’une alimentation de qualité ont conclu l’intervention de Françoise Crété.

Un soutien réaffirmé de l’Etat
Invités à la tribune, les représentants du syndicat majoritaire et des Jeunes agriculteurs ont, quant à eux, donné à la cérémonie une empreinte très politique en s’adressant plus particulièrement à la préfète de la Somme sur leurs attentes vis-à-vis de la loi Egalim, l’application des zones de non-traitement, l’agribashing ou, encore, la communication et les distorsions de concurrence. En guise de réponse, Muriel Nguyen a assuré la profession agricole au sens large «du soutien de l’état et sa reconnaissance dans des temps compliqués (...)
Vous êtes des acteurs majeurs de l’économie de ce département, de l’aménagement du territoire, de la qualité de son cadre de vie, de sa cohésion sociale et cela ne doit pas être occulté. Il y a des atouts à faire valoir, mais cela n’empêchera pas qu’il y ait une réflexion à avoir sur l’évolution du modèle agricole samarien (...) L’état vous a soutenu en 2019 et sera encore à vos côtés en 2020». Sitôt le volet protocolaire achevé, les échanges entre différents participants, visiblement satisfaits de l’occasion pour se retrouver, ont pu poursuivre leurs discussions lors d’un moment de convivialité.


L’année 2019 vue par l’administration

L’espace de quelques instants, les nouveaux locaux de la DDTM de la Somme, rue de la vallée à Amiens, ont délaissé leur ambiance studieuse habituelle pour la tenue d’une cérémonie de vœux au monde agricole, fin de semaine dernière. Pour Emmanuelle Clomes, sa directrice, ce moment de convivialité partagé à l’issue de la première Commission départementale d’orientation agricole (CDOA) a été l’occasion de rappeler quelques faits marquants pour l’agriculture samarienne en 2019 et de souhaiter une année 2020 «qui soit synonyme d’une meilleure rémunération des agriculteurs pour leur travail et les services qu’ils rendent au territoire». Le premier fait marquant de cette année aura sans conteste été la tenue d’élections dans les chambres d’agriculture, «avec une légère évolution dans sa composition».
2019 restera également l’année des aléas climatiques qui ont perturbé les semis comme les récoltes de plusieurs productions ; une situation qui avait conduit la profession agricole à demander auprès de la DDTM des avances pour le versement des aides Pac ou encore des dérogations pour la valorisation de certains fourrages. Le dernier épisode marquant de l’année 2019 sera, selon Mme Clomes, l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen et ses conséquences pour les agriculteurs de Normandie et des Hauts-de-France. à l’heure qu’il est, et bien que d’autres actualités ont chassé cet épisode, les retombées de cette crise restent difficiles à évaluer, a regretté la DDTM, tout en espérant que «les indemnisations soient à la hauteur des pertes».

Des productions s’en sortent mieux que d’autres
Sur le plan des productions agricoles, sans surprise, la DDTM a constaté (comme d’autres) des disparités ; du mieux pour les céréales, les protéagineux, le lait et le porc. Endives et lin s’en «sortent bien» également. La production de pommes de terre a pour sa part, été impactée par la sécheresse, avec un effet sur le rendement et la qualité. Pour Emmanuelle Clomes, constatant que «les années se suivent sans se ressembler», «les agriculteurs du département ont tout intérêt à diversifier leurs activités pour sécuriser leur revenu». Le versement des aides Pac a, quant à lui, retrouvé «un rythme normal», a lancé Mme Clomes, saluant «la patience des agriculteurs».
4 410 exploitations ont bénéficié des aides Pac du premier pilier en 2019 pour un montant de
110 millions d’euros versés ; soit une baisse de 33 % par rapport à 2014. Les aides couplées pour l’élevage ont concerné 1 217 bénéficiaires pour un montant de 3,5 millions d’euros. 59 dossiers (+ 10) d’aides à l’installation ont été constitués avec un montant d’aide de 26 000 euros en moyenne par dossier. Les aides PCAE versées se sont, quant à elles, élevées à un million d’euros, permettant un appel de fonds de 2 millions d’euros au titre du Feader.




Un monde syndical en ébullition

Si l’on se souvient que le dernier trimestre 2019 a été «chaud» sur le plan de la défense de l’agriculture et des agriculteurs, le début de l’année 2020 et les annonces récentes sur différents sujets n’ont pas ménagé l’état d’esprit «combatif» des organisations professionnelles du département qui l’ont fait savoir lors de la cérémonie des vœux de la Chambre d’agriculture de la Somme.

Denis Bully, président de la FDSEA : «J’aurai préféré dérouler un tapis rouge, comme on le fait pour le festival de Cannes et sur lequel tout le monde se congratule, mais le cœur n’y est pas vraiment. La loi Egalim devait permettre une meilleure et une plus juste rémunération des agriculteurs. En ce début 2020, nous avons plutôt le sentiment de nous être faits escroqués (…) En 2018, nous avions eu l’augmentation de la redevance pour pollution diffuse (RPD) applicable à la commercialisation des produits phytosanitaires. En 2019, le cadeau de Noël a été les ZNT (…) Tout cela est vraiment triste et nous demandons qu’un véritable élan se mette en place entre les collectivités, nos organisations professionnelles agricoles et l’administration pour faire avancer notre agriculture. Le pragmatisme local doit être la meilleure façon d’agir».  

Pour édouard Brunet, le président des Jeunes agriculteurs, le sentiment de déception est accentué par les suites de la rencontre avec le président de la République, à Amiens, le 22 novembre : «Grâce à Mme la préfète, nous avons pu rencontrer Emmanuel Macron et l’interpeller sur un certain nombre de sujets. Il nous a assuré que les décisions sur les ZNT seraient définies par la science et l’Anses. Au final, on voit ce que cela donne... C’est pour cela que nous ne regrettons pas l’opération coup de poing du 27 décembre que nous avons mené devant la préfecture et les sous-préfectures pour contester ces décisions. Nous en avons en France l’alimentation la plus saine du monde et si l’on peut se réjouir de cela, c’est bien parce que l’agriculture française est saine aussi. Nous avons ras-le-bol et nous espérons que les responsables politiques nous entendent. J’espère qu’il ne faudra pas attendre qu’on ait une famine en France pour que les responsables politiques prennent conscience de l’importance de l’agriculture française et pour qu’ils reconnaissent enfin qu’elle est de qualité».

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