L'Action Agricole Picarde 14 mars 2020 à 06h00 | Par AAP

Quelle prairie pour les ovins ?

La rentabilité de l’élevage ovin dépend en grande partie de la gestion des ressources fourragères. Ces ressources peuvent être optimisées par l’accroissement de la production de matière sèche par hectare, par l’amélioration de la qualité du fourrage et par une augmentation de la part des fourrages pâturés par rapport aux fourragers récoltés.

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Le fourrage pâturé de qualité est le fourrage le plus rentable.
Le fourrage pâturé de qualité est le fourrage le plus rentable. - © D. R.

Les particularités de l’espèce ovine font que, à certains stades physiologiques (fin de gestation, pleine lactation, préparation à la lutte, agneaux en finition), les besoins alimentaires sont particulièrement élevés. De plus, la capacité d’ingestion varie beaucoup en fonction de multiples facteurs dont surtout l’état gravide ou non. Le point critique est le moment de l’agnelage et les premières semaines de lactation, lorsque la capacité d’ingestion est minimum et les besoins maximum. Il y a donc deux périodes dans l’année : une période où la qualité de l’alimentation devra être maximum (six mois) et une période où les besoins seront moins élevés en qualité (six autres mois). Le système fourrager devra donc être orienté en fonction de la période d’agnelage, du système : bergerie, semi-bergerie et semi-plein air ou plein air.

Optimiser la production de la prairie ?
La productivité de la prairie va dépendre de l’espèce végétale ou des espèces végétales présentes, du mode d’exploitation et de la fertilisation de la prairie. Bien sûr, les conditions pédoclimatiques ont également un effet sur la productivité. Pour ce faire, l’espèce choisie lors d’un ressemis devra être adaptée au type de sol et son comportement vis-à-vis des conditions hydriques (humide ou sain l’hiver, séchant ou frais l’été), puis en fonction de la période de production visée, du mode d’exploitation envisagé (pâturage ou fauche) et du niveau d’exigence alimentaire des ovins à cette période. La productivité (hormis la température et l’humidité) est également très dépendante de la surface foliaire. Il faut qu’elle soit suffisante pour bénéficier de tout le rayonnement lumineux. Le maximum de productivité est atteint lorsque 8 cm de hauteur sont mesurés à l’herbomètre. En-dessous, la prairie ne peut exprimer son potentiel, ce qui est d’autant plus problématique avec le mouton qui pâture ras.
En ce qui concerne la température et l’humidité, l’éleveur n’a pas d’autres moyens d’actions que de choisir des espèces et variétés mieux adaptées à ses contraintes.
Le dernier paramètre qui va déterminer la productivité est la densité de talles par mètre carré. La talle est l’unité de production de la plante. Il faut tout faire pour favoriser le tallage, que ce soit en prairie de fauche ou en pâture. Pour cela, le déprimage précoce (15 mars/15 avril) est le meilleur moyen pour activer le tallage. De plus, les feuilles ayant poussé l’hiver sont souvent plus courtes, sénescentes, peu productives et de faible qualité. Enfin, dès que la hauteur d’herbe atteint 15 cm à l’herbomètre, la plante ne fait plus de talles.

Qu’est-ce qui détermine la valeur du fourrage ?
La valeur du fourrage va dépendre de l’espèce végétale, de son stade physiologique et du rapport feuille/tige. Le tableau n° 2 présente, en fonction du degré d’exigence des ovins et de période d’exploitation, les espèces utilisables. Il faut ensuite tenir compte du type de sol et son comportement vis-à-vis des conditions hydriques, la saisonnalité de la production et de l’hypothèse climatique : temps sec ou humide cette année ? météorologie chaude ou tempérée ?
En fonction des réponses possibles, il convient d’associer judicieusement les espèces entre elles. Pour aider au choix, un calculateur de dose de semis est disponible sur le site www.herbe-actifs.org, de même qu’une application pour smartphone prairie-le calculateur.
Un bonus important est possible en ressemant les prairies. Il est alors possible de détruire l’ancienne flore et de travailler le sol en surface, ou bien encore de labourer, ce qui permet d’assainir et de réduire le risque parasitisme.

La finition des agneaux à l’herbe : c’est possible !
Les besoins des agneaux en finition (au-delà de 30 kg) varient en fonction du sexe (+ 3 % pour les femelles), du GMQ recherché et de la race (10 % d’écart entre les types à potentiel élevé et les autres). Exemples : un mâle à potentiel modéré pour un GMQ de 300 g aura des besoins de 1,25 UFv et 111 gr de PDI ; un agneau à potentiel élevé 0,98 UFv et 114 PDI.
Des espèces fourragères sont tout à fait capables d’atteindre cet objectif sans aliment concentré supplémentaire. Il faut respecter quelques règles supplémentaires : offrir une hauteur d’herbe entre 5 et 12 cm afin que l’animal ait une ingestion rapide et organiser un pâturage tournant rapide afin qu’il n’y ait que de jeunes repousses.
Pour des finitions d’août-septembre, des associations ray-grass anglais/trèfle blanc sont particulièrement adaptées. En été, sur parcelle séchante, le dactyle présente un vif intérêt. On pourra l’associer également avec du trèfle blanc du type nain moins riche en acide cyanhydrique. En prairie plus humide, la fétuque des prés sera mieux adaptée.

Quelles variétés choisir ?
Une fois l’espèce ou les espèces choisies, il convient de sélectionner la variété. Il existe entre 600 et 700 variétés d’espèces fourragères. Pour choisir celle qui est la mieux adaptée à sa situation, le site www.herbe-book.org est à la disposition de tous. L’utilisation est simple. Il faut d’abord sélectionner l’espèce et ordonner les critères variétaux selon ses besoins. Les variétés s’affichent et l’on retrouve celles qui sont les mieux adaptées à sa situation en tête de liste.
Les intérêts d’avoir une prairie plus productive, de bonne valeur alimentaire avec une bonne répartition de la production au long de la saison sont multiples : plus d’animaux par hectare, sur un sol assaini, une part plus importante de fourrage pâturé par rapport au fourrage récolté et, enfin, une réduction de la consommation d’aliment concentré.

- © D. R.

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