L'Action Agricole Picarde 08 janvier 2016 à 08h00 | Par Florence Guilhem

Quelles stratégies pour répondre aux enjeux de demain ?

Mardi 5 janvier, l’ITB donnait rendez-vous au monde betteravier samarien pour son comité technique annuel. Au menu : bilan de la campagne, avancées techniques et nouveautés réglementaires.

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De gauche à droite : Thierry Leclère, délégué départemental de l’ITB ; Alexandre Quillet, président de l’ITB ; Dominique Fievez, président de l’ASBS ; François Verhaeghe, directeur de Saint-Louis Sucre à Roye ; et Vincent Laudinat, directeur général de l’ITB.
De gauche à droite : Thierry Leclère, délégué départemental de l’ITB ; Alexandre Quillet, président de l’ITB ; Dominique Fievez, président de l’ASBS ; François Verhaeghe, directeur de Saint-Louis Sucre à Roye ; et Vincent Laudinat, directeur général de l’ITB. - © AAP


C’est LA réunion de fin de campagne de la filière betterave-sucre dans toutes les régions de cette production. Avec, cependant, une particularité en 2016, puisque ce sera la dernière année sous quota. Si nombre de planteurs s’inquiètent de la dérégulation prochaine du marché, les industriels et l’ITB y voient de belles opportunités en perspective.

«L’après-quota va enlever une inertie économique, puisque nous allons entrer dans un système économique international ouvert, commente Vincent Laudinat, directeur général de l’Institut techni­que de la betterave (ITB). Certes, au niveau européen, cela peut soulever la question de la viabilité de certaines filières sucrières au regard de ce qui se passe en Grèce et en Italie. Néanmoins, l’après-quota est une belle opportunité pour les pays les plus avancés dans cette filière, telle la France, qui a la meilleure production de betteraves à l’hectare et un niveau technique très développé.» Reste que «la fratrie betteravière se chamaille pour établir de nouvelles règles», relève Dominique Fievez, président de l’ASBS.
Loin de ces turpitudes, la campagne betteravière dans la Somme touche à sa fin. Si deux sucreries tournent encore, celles de Boiry et d’Attin, les rendements sont déjà établis pour l’année 2015. Ils vont de 55-65 ton­nes dans le sud-est du département, qui a souffert d’une forte sécheresse, à près de 100 tonnes, voire au-delà, dans l’ouest et le nord de la Somme. La moyenne est de 90 tonnes, soit la même qu’en 2011, avec une richesse en sucre flirtant avec les 18 %. Conclusion : de bons rendements donc, voire excellents à certains endroits, malgré la sécheresse. «La betterave sucrière, précise Vincent Laudinat, est la seule plante qui progresse, toutes plantes confondues, de 1,5 à 2 % depuis les années 1970. La seule autre production agricole qui connaît aussi un essor régulier est la production de porc.»

Gagner en compétitivité
La compétitivité passera par la hausse des rendements et la maîtrise des charges, des efforts qui incombent à tous. Au sujet de la hausse des rendements, le programme Aker, réunissant dix partenaires et un budget de 18,5 millions d’euros répartis sur huit ans (2012-2020), vise à améliorer la compétitivité de la betterave, en doublant le rythme de croissance annuelle de son rendement en sucre par hectare (4 % contre 2 % jusqu’ici). Pour ce faire, des recherches sont menées à partir des ressources génomiques naturelles. Quinze variétés de betteraves exotiques, du genre Beta, représentant la richesse génétique de la betterave à partir de 10 000 ressources génétiques collectées, font l’objet de croisements.
Autre axe de recherche, le projet Syppre (Systèmes de production performants et respectueux de l’environnement), réunissant Arvalis, Terre Inovia et l’ITB. Sur les cinq plateformes lancées, deux sont dédiées à la betterave. L’objectif est double : optimiser l’existant et innover dans les itinéraires culturaux pour concilier écologie et économie. Par ailleurs, les essais réalisés par l’ITB sont prometteurs : 27 tonnes de sucre à l’hectare ont été obtenues, le rendement moyen étant actuellement entre 14 et 15 tonnes à l’hectare. Entre le progrès génétique, les itinéraires culturaux, les travaux sur les molécules phytosanitaires, «on ne va pas arrêter de progresser», parie Vincent Laudinat.

Bien choisir ses variétés
Sur les soixante-dix variétés proposées chaque année au ministère de l’Agriculture pour leur inscription, dix l’obtiennent, puis sont mises à disposition des producteurs. Un chiffre final qui semble bas, mais qui est, comparativement aux autres plantes, fort élevé. Parmi les variétés conseillées par l’ITB pour 2016 (cf. Spécial Betteraves, groupe Réussir, décembre 2015 p. 41), Hervé Escriou, coordinateur des actions scientifiques et techniques de l’ITB, rappelle aux planteurs de «diversifier leur choix, ne pas dépasser 20 % des surfaces avec les nouvelles variétés et de choisir les variétés en fonction de leurs résultats annuels et pluriannuels».
Pour gagner également en productivité, les variétés doivent être choisies en fonction de «leur tolérance à la rhizomanie, aux nématodes, comme au rhizoctone brun, ainsi qu’en fonction des caractéristiques de levée et des risques de montée à graines», poursuit-il. Des montées à graines ont été observées, en 2015, essentiellement sur la façade maritime de la Somme. Aussi son conseil est-il de diversifier les variétés et les familles génétiques, le tout en adéquation avec les dates de semis.

L’implantation de la culture
Selon l’ITB, l’idéal, c’est d’avoir de petites mottes en surface pour faciliter l’émergence de plantules, un horizon ressuyé et un bon contact terre-graine pour avoir des levées rapides et homogènes. Il faut aussi une bonne porosité des sols. Les écueils à éviter, selon Thierry Leclère, délégué départemental de l’ITB, sont «la préparation des motteuses, l’excès d’affinement et la préparation des sols encore humides». Toutefois, pour préparer le sol, «le labour peu hiverné peut être humide. Il faut donc éviter une reprise trop précoce, privilégier des outils agressifs, mais pas trop profonds, type herse rotative, et des outils à dents», conseille-t-il. Autre point important : adapter le nom­bre de passages à la situation, aux conditions climatiques, notamment au vent desséchant.
Puis, le délégué départemental de l’ITB de faire référence aux situations de non-labour dans le département, remplacé par un ameublissement profond. «L’avantage, dit-il, c’est que cela favorise le travail de printemps et la fabrication de terre fine.» Et de conseiller les périodes d’ameublissement plutôt à l’automne qu’au printemps, «époque à laquelle il vaut mieux attendre un ressuyage suffisant pour éviter tout lissage».
Nul doute, pour François Verhaeghe, directeur de Saint Louis Sucre, à Roye, s’il fallait retenir une seule chose de toutes les informations données au cours de ce comité technique de l’ITB, en ce début d’année, ce serait ceci : «Nous sommes sur la route de l’excellence.» Une route où cette agriculture, demain, devra répondre de plus en plus aux évolutions sociétales, en mettant en œuvre la durabilité de ses cultures, en optimisant encore plus les espaces, tout en remplissant ses propres exigences économiques. L’avenir est tracé, en quelque sorte…

Reliquats azotés en sortie d’hiver : toujours utiles
En 2015, le reliquat azoté a été de 53 unités sur 90 cm, contre 29 unités en 2014 et 42 en 2013. «La dose à apporter, précise Thierry Leclère, délégué départemental de l’ITB, est de 30 à 140 unités, d’où l’intérêt de faire des reliquats à la parcelle. Le besoin total est de 250 unités.» Mais, attention de ne pas faire les apports d’azote trop près des dates de semis, car cela peut occasionner des brûlures du germe si l’engrais est en contact avec la semence. «Il faut donc fractionner la dose d’azote, mais cela doit rester une solution de recours, car celle-ci entraîne une perte en productivité», relève-t-il. Autre méthode : la localisation de l’azote.

Désherbage : combiner les modes et les produits
En 2015, plus de 400 parcelles ont été observées par l’ITB.
85 % d’entre elles étaient bien désherbées. Celles dont ce n’était pas le cas ont souffert de la présence d’adventices, de chardons et de graminées. Emilien Quilliot, du pôle génétique et gestion bioagresseurs de l’ITB, conseille pour lutter contre les adventices et les graminées des produits de contact composés de plusieurs matières actives. «L’inconvénient, reconnaît-t-il, est qu’ils sont plus chers que les produits génériques.» L’idéal, selon lui, est de combiner «la lutte agronomique (labour et faux semis), avec la rotation des cultures et des modes d’action herbicides, et avec la lutte chimique, en utilisant différents programmes et produits». Mais, pour alterner les modes d’action, qui sont au nombre de cinq en betteraves, cela suppose une bonne connaissance des substances actives.

Semoirs : avantage aux mécaniques
Dans les essais réalisés dans l’Aisne, avec des semoirs mécaniques et pneumatiques, à 5,5, puis 8, 10 et 12 km/h, le semoir mécanique est meilleur que le semoir pneumatique dans la précision de semis, en raison de ses ressorts de pression sur le parallélogramme. Ces ressorts sont adaptables sur les anciennes générations «méca». Des résultats sont cependant intéressants parmi les semoirs pneumatiques, par exemple avec le Vaderstad Tempo récemment sorti.

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