L'Action Agricole Picarde 17 février 2018 à 06h00 | Par Stéphane Lefever

Registre des bénéficiaires effectifs : avant le 31 mars

Nouvelle formalité de création entreprise déjà en place : la démarche doit aussi être faite auprès du greffe du tribunal du commerce et des sociétés.

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La déclaration des bénéficiaires effectifs est à faire pour le 31 mars 2018.
La déclaration des bénéficiaires effectifs est à faire pour le 31 mars 2018. - © D. R.


La loi Sapin II du 9 décembre 2016 oblige le dépôt d’un document relatif aux «bénéficiaires effectifs» d’une société lors de l’immatriculation au greffe du tribunal de commerce et des sociétés. Ce registre a deux objectifs : suivre les personnes physiques qui se cachent derrière les personnes morales et rendre plus transparentes les personnes morales. Ces obligations s’intègrent dans le dispositif de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.


Sociétés assujetties
Il s’agit de toutes les sociétés commerciales, que ce soit sociétés par actions simplifiée (SAS), société à responsabilité limitée (SARL), sociétés par actions simplifiée unipersonnelles (SASU), entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL), sociétés anonymes (SA), des sociétés civiles telles que les sociétés civiles immobilière (SCI), les sociétés civiles agricoles (Gaec, EARL, GFA, SCEA), des groupements d’intérêt économique (GIE), des associations immatriculées au registre du commerce et des sociétés (RCS), des organismes de placement collectif, des coopératives agricoles et des coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma).

Le bénéficiaire effectif
L’article L.561-2-2 du code monétaire et financier édicte la définition du bénéficiaire effectif : «pour l’application du présent chapitre, le bénéficiaire effectif est la ou les personnes physiques qui contrôlent en dernier lieu, directement ou indirectement, le client, ou soit pour laquelle une opération est exécutée ou une activité exercée».
Concrètement, il s’agit de toute personne physique possédant, directement ou indirectement, plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou, à défaut, la personne exerçant un contrôle sur les organes de direction ou de gestion au sein des sociétés et des organismes de placement collectifs pour laquelle une prestation est réalisée.

Formalisme et obligation
Depuis le 2 août 2017, les sociétés en cours de création doivent déposer au greffe du tribunal de commerce un document relatif au bénéficiaire effectif et à ses modalités de contrôle qu’il exerce sur l’entreprise. Ce dépôt doit être fait en même temps que le reste du dossier de création d’entreprise, ou au plus tard dans les quinze jours à compter de la délivrance du récépissé de dépôt du dossier de création. Les sociétés déjà immatriculées au registre du commerce et des sociétés ont jusqu’au 1er avril 2018 pour régulariser leur situation et déposer ce document auprès du greffe. Le document relatif au bénéficiaire effectif doit tout d’abord permettre d’identifier l’entreprise concernée. Les mentions suivantes devront donc apparaître : dénomination ou raison sociale de l’entreprise, forme juridique (Gaec, EARL…), l’adresse du siège social, son numéro de Siren/Siret et la mention RCS du greffe de son siège.
Viennent ensuite les mentions relatives au bénéficiaire effectif lui-même : nom, prénoms, date et lieu de naissance, nationalité, adresse personnelle. Ensuite, les modalités du contrôle exercé sur la société, à savoir la détention directe ou indirecte de plus de 25 % de capital, la détention directe ou indirecte de plus de 25 % des droits de vote exercice, par tout autre moyen, d’un pouvoir de contrôle sur les organes de gestion, d’administration, de direction de la société ou sur l’assemblée générale des associés ou actionnaires, et la date à laquelle la ou les personnes physiques sont devenues le bénéficiaire effectif. Vous pouvez télécharger un modèle sur le site d’infogreffe : www.infogreffe.fr/registre-des-beneficiaires-effectifs.

Coût et sanctions
Pour les sociétés créées à compter du 1er août 2017, le coût est de 24,80 euros TTC à ajouter aux coûts habituels d’immatriculation. Pour les sociétés immatriculées avant le 1er août 2017, le coût de la régularisation est de 54,42 euros TTC.
Le fait de ne pas déposer auprès du greffe du tribunal de commerce le document relatif au bénéficiaire effectif, en application de l’article L.561-46 et R.561-56 et suivant du Code monétaire et financier, ou d’y indiquer des informations, volontairement ou non, incomplètes ou erronées, peut être puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. Les personnes physiques peuvent également se voir prononcer une interdiction de gérer, prévue à l’article L.131-27 du Code pénal.

La FNSEA a reçu une fin de non-recevoir

La FNSEA avait demandé une dispense des sociétés agricoles de déclaration de leurs bénéficiaires effectifs sur le registre prévu à cet effet (RBE). Le ministère vient de leur adresser une fin de non-recevoir en rappelant l’importance de la lutte contre le blanchiment et le terrorisme. De ce fait, la FNSEA a recentré ses revendications sur une exclusion des Gaec, dans la mesure où tous les associés sont, par définition, bénéficiaires effectifs, et le syndicat a également sollicité un report généralisé de six mois de la mise en œuvre de la mesure, soit au 1er octobre 2018, pour les sociétés et groupements agricoles, afin de laisser le temps aux associés de s’y conformer, constatant l’engorgement certain des greffes à l’approche de l’échéance du 1er avril, d’éviter une précipitation inutile. La réponse a été négative. La FNSEA rappelle que la collecte des informations relatives aux personnes appréhendant réellement les résultats d’une société soit une priorité dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme est indéniable. Il n’en demeure pas moins que ces informations sont déjà à la disposition des greffes et DDT(M), pour les Gaec, comme pour la plupart des sociétés agricoles.

Le paradoxe de cette mesure, c’est qu’un texte vient d’être voté à l’Assemblée nationale, en faveur d’un élargissement du principe «Dites-le nous une fois», à savoir «une fois pour toutes», sa mise en œuvre pratique se retrouve déjà mise à mal. D’autant qu’aucune déclaration en ligne n’est possible, ce qui pourrait réduire les coûts de manière importante. A l’avenir, il est indispensable que cette information soit couplée avec celles concernant les sociétés et transmises au Centre de formalité des entreprises. La FNSEA porte cette demande dans le cadre du Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (PACTE).

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