L'Action Agricole Picarde 08 avril 2018 à 06h00 | Par Pierrick Boulan, Jean-Louis Knockaert, Chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais

Réussir l’implantation de son maïs

Le semis du maïs exige de la précision pour réussir la culture. La préparation du sol doit se faire en bonnes conditions de ressuyage et le semoir ne doit pas travailler trop vite sous peine de détériorer la régularité de l’implantation.

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Il faut semer lentement. Une trop grande vitesse entraîne une profondeur de semis irrégulière et des irrégularités d’espacement entre les graines.
Il faut semer lentement. Une trop grande vitesse entraîne une profondeur de semis irrégulière et des irrégularités d’espacement entre les graines. - © D. R.

L’agronomie et le semis sont les deux étapes décisives pour l’élaboration du rendement maïs fourrage. Tout commence par la destruction suffisamment tôt du Cipan et l’apport non tardif de fumier pour ne pas pénaliser la nutrition du maïs en cours de végétation.

Créer un profil favorable à l’enracinement

Pour favoriser un enracinement maximum, il faut créer un profil homogène sans discontinuité marquée et avec une porosité suffisante. Il faut obtenir une terre ameublie en profondeur, rassise sans être trop tassée et affinée sans excès en surface. La transition entre le lit de semences et l’horizon délimité par les outils de travail du sol doit être progressive. Le maïs est une des plantes les plus sensibles à la compaction des sols : un sol tassé peut faire chuter le rendement de 30 % ! A l’inverse, un sol trop creux pénalise aussi le démarrage de la culture en freinant la vitesse d’enracinement (cf. encadré).

Le semis, étape essentielle pour assurer la densité nécessaire au rendement maximum

Une levée rapide et homogène garantit un bon départ pour la culture : toutes les plantes lèvent le même jour. Le premier concurrent d’une plantule de maïs est sa voisine qui a une demi-feuille d’avance. Des peuplements avec des plantes à des stades différents pénalisent le rendement, car les plus chétives ne compenseront jamais leur retard. Le semoir doit être prêt début avril et en parfait état : pneus bien gonflés ; aspiration sans faille ; socs ou disques en bon état ; réglage des chasses mottes et du 3e point pour enterrage parfait.

Les semis débuteront autour du 10 avril pour les zones les plus chaudes et vers le 20 avril pour les zones les plus froides. Ce sont les conditions de ressuyage du sol qui comptent plus qu’une date. En avril, un bon travail du sol en conditions ressuyées apportera plus de résultats qu’un semis
réalisé quelques jours plus tôt en sol non ressuyé. Les graines doivent être placées au contact de l’humidité de la terre fine dans un sol meuble (aéré) et rappuyé (non creux). Elles sont implantées à une profondeur régulière, d’environ 4-5 cm. Moins profond, elles sont exposées aux attaques d’oiseau. Trop profond, la levée sera plus lente et moins régulière. Pour assurer une profondeur d’enterrage constante et une régularité sur le rang, il faut semer lentement. Une trop grande vitesse entraîne une profondeur de semis irrégulière et des irrégularités d’espacement entre les graines. Le semoir est le dernier outil de travail du sol, un semeur soigneux vérifie ses réglages régulièrement.

La densité, rechercher 100 à 115 000 pieds/ha à la récolte

Arvalis - Institut du végétal a ré-étudié les recommandations établies il y a une vingtaine d’années, en réalisant onze essais sur les quatre dernières années en Bretagne, Pays de la Loire et Picardie. La gamme de densité testée variait de 80 000 à
125 000 plantes/ha. La synthèse indique que le rendement
augmente par tranche de
10 000 plantes supplémentaires/ha
de 0,41 t MS pour les variétés très précoces, de 0,35 t MS
pour les variétés précoces et 0,28 t MS
pour les variétés demi précoces. En déduisant le coût de la semence en plus, le gain de rendement net est toujours là, mais il se trouve réduit d’environ 50 % soit 0,23 t MS/ha pour les variétés très précoces, 0,17 t MS/ha pour les variétés précoces et 0,10 t MS/ha pour les variétés demi précoces.

La valeur alimentaire est peu modifiée par la densité. En densité élevée, la quantité d’UFL/ha progresse, mais on observe une légère baisse de la teneur en amidon dégradable et de la valeur
UFL/kg MS.

Les pertes à la levée doivent considérer le pourcentage de germination, la qualité de préparation du lit de semences, la charge en cailloux et la date de semis. Sauf accidents climatiques ou ravageurs, ces pertes sont autour de 5 % en bonnes conditions d’implantation. On augmentera de 5 à 10 % la densité souhaitée
à la récolte (exemple : pour 100 000 pieds/ha à la récolte, semer 2,1 à 2,2 doses/ha).

Il ne faut pas se fier aveuglément au livret de réglage du semoir, mais vérifier au champ le nombre de graines semées en déterrant quelques mètres.

Fumure : raisonner les apports et tenir compte de la valeur fertilisante des effluents d’élevage

En ce qui concerne la fumure azotée, l’ajustement de la dose d’engrais azoté passe par le calcul des besoins en azote du maïs et les fournitures du sol (reliquat au semis, minéralisation de l’humus…). Les exportations sont conditionnées par l’objectif de rendement et les besoins unitaires. Ces derniers varient de
12 à 14 unités la tonne de MS selon le potentiel de rendement du maïs fourrage.

Ainsi, pour un potentiel de rendement de 16 t MS par ha, les exportations totales de la culture seront de l’ordre de 230 unités en prenant en compte la part d’azote que les racines ne peuvent extraire. Les besoins en azote du maïs deviennent importants après le stade 10 feuilles. A cette période, le maïs prélèvera une grosse partie de ses besoins sur l’azote libéré par le sol à travers la minéralisation. A ce titre, le maïs est une culture particulièrement intéressante pour valoriser les engrais de ferme. Les fournitures d’azote proviennent du reliquat azoté, de la minéralisation du précédent cultural et/ou de la culture intermédiaire et de la minéralisation de l’humus. Compte tenu des faibles reliquats azotés cette année (en moyenne 40 unités sur deux horizons tous précédents confondus), les fournitures azotées du sol s’élèvent entre 100 et 130 unités.

La fumure minérale à apporter tiendra compte des éventuels amendements organiques (fumier/lisier). La fertilisation azotée est, bien sûr, à ajuster selon votre contexte et vos propres résultats de reliquats.

Le maïs fourrage, au regard des éléments minéraux P et K, est considéré comme une culture moyennement exigeante et peut supporter une impasse en fonction de l’état des réserves du sol sans incidence sur le rendement.

Les apports organiques couvrent largement les besoins phospho-potassiques du maïs. Après un épandage de fumier ou lisier pur, aucun apport minéral de fond n’est à prévoir. Dans le cas contraire, la fumure de fond sera raisonnée sur l’ensemble de la rotation selon les pratiques de fertilisation et les teneurs du sol. En aucun cas, ne pas dépasser les exportations totales du maïs fourrage : 80-90 u P2O5 et 200 u K2O pour 15-16 t de MS par ha.

Le phosphore et la potasse apportés par les effluents d’élevage sont facilement assimilables et contribuent à l’alimentation des cultures avec une efficacité comparable aux engrais minéraux. Connaître la valeur fertilisante des effluents (cf. tableau 4) permet de n’apporter en complément que le juste nécessaire.

Quelques règles pour un bon enracinement

1 - Limiter les tassements au préalable (récolte du précédent, destruction de Cipan, épandage des matières organiques …)
2 - Respecter les périodes de labour en fonction du type de sol
3 - Travailler le sol : intervenir en sol ressuyé (observer avec une bêche pour décider)
4 - Choisir des outils adaptés au système, type de sol, année  : préparer le lit de semis avec un minimum de passage d’outils pour éviter les lissages et compactions

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