L'Action Agricole Picarde 10 juillet 2019 à 17h00 | Par Alix Penichou

Sécheresse dans la Somme : quel impact pour l'agriculture ?

La préfecture de la Somme a pris un arrêté ce vendredi 5 juillet : les habitants de vingt-trois communes doivent limiter l’usage de l’eau dans leur secteur.

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Pour les céréales, les dés sont jetés. Les autres cultures semblent aussi bien se comporter, malgré la sécheresse et la chaleur.
Pour les céréales, les dés sont jetés. Les autres cultures semblent aussi bien se comporter, malgré la sécheresse et la chaleur. - © A. P.



La Somme, l’un des départements les plus pluvieux de France ? Ce n’est visiblement pas le cas cette année, puisque le déficit pluviométrique se fait sentir depuis plusieurs mois. Depuis le 5 juillet, la préfecture a même placé vingt-trois communes*, situées à l’ouest du département, en vigilance sécheresse.

Dans le viseur : le secteur hydrologique de la Maye, qui «a franchi les seuils de vigilance depuis plusieurs semaines : depuis fin mai pour le débit, depuis avril pour le niveau de la nappe». La situation se tend aussi sur d’autres secteurs. Au vu des derniers relevés, «le seuil de vigilance est franchi par le débit sur l’Avre sur la dernière quinzaine écoulée. On approche des seuils de vigilance sur la Bresle et sur la Somme Amont pour les piézomètres, on constate une baisse importante du débit à Lamotte-Brebière (secteur Somme Amont) et une tendance continue à la baisse sur l’Authie, avec des valeurs de débit approchant du seuil de vigilance». Enfin, «en tête de bassin, on constate un assec sur la Germaine et un débit très faible sur la Cologne».
L’arrêté préfectoral prescrit des mesures de surveillance, de limitation et d’interdiction provisoires de l’usage de l’eau dans ce secteur. «Si la situation s’aggrave, des mesures restrictives supplémentaires seront prises», est-il précisé. Il est donc «demandé à chacun une gestion économe de l’eau, que ce soit à partir des prélèvements dans les cours d’eau, dans les nappes souterraines ou à partir des réseaux de distribution d’eau publics».
Les mesures de limitation ou d’interdiction pourront être levées progressivement par un autre arrêté en fonction de l’évolution de la situation hydrologique de ce secteur. Les usages de l’eau destinés à lutter contre les incendies restent autorisés sans restriction. Les maires sont invités à limiter au strict minimum l’arrosage des terrains de sport, des massifs floraux et arbustifs.
Conséquences pour les agriculteurs ? L’arrêté précise que l’abreuvement des animaux n’est pas concerné par les limitations d’usage. Pour les cultures, l’irrigation par aspersion est interdite le dimanche, de 12h à 18h. Les volumes maximums dédiés à l’irrigation, déterminés par bassin-versant, sont de toute façon à respecter. Ils sont de 3 800 000 m3 pour le secteur de la Maye, de 28 000 000 m3 pour celui de la Somme amont, 16 000 000 m3 pour l’Avre, 1 500 000 m3 pour Nièvre et Hallue, 2 200 000 m3 pour l’Ancre, 1 100 000 m3 pour la Selle, 1 800 000 m3 pour la Somme aval et 400 000 m3 pour la Bresle.

Des cultures en bonne santé
Les cultures ne sont en général «pas plus impactées que ça par la sécheresse et la chaleur», annonce Philippe Touchais, chef de service productions végétales à la Chambre d’agriculture de la Somme. Pour les céréales, les dés sont jetés. «Seuls les blés les plus tardifs et les orges de printemps pourraient être en moins bon état, car les épis n’étaient pas encore bien formés au moment du gros coup de chaleur, fin juin.» Les résultats ne se feront pas attendre bien longtemps, puisque la moisson a déjà débuté.
Les betteraves, comme l’année dernière, résistent bien elles aussi. «Les feuilles sont belles», assure Emmanuel Dufour, ingénieur à la Chambre d’agriculture de la Somme, basé dans le secteur du Plateau picard sud. Idem pour les pommes de terre. Celles qui profitent de l’irrigation se développent sans problème, et les non irriguées semblent tirer leur épingle du jeu. «La végétation est acceptable», s’étonne même Emmanuel Dufour. Les maïs, eux, auraient su profiter de l’eau disponible en début de croissance pour pousser suffisamment et former leurs épis. «Nous remarquons des dégâts dans des terres légères, ou en cas de semis tardifs. Mais, ailleurs, les maïs semblent corrects», précise Philippe Touchais.
Un «hic» tout de même est survenu pour les pois de conserve, notamment dans le Plateau picard sud. «Les industriels abandonnent au moins 170 ha de pois de conserves dans ce secteur, car jugés trop durs, explique Emmanuel Dufour. Ils devraient donc être récoltés un mois, ou un mois et demi plus tard, en pois secs. Mais les rendements devraient être divisés par trois.» Un perte nette importante pour les agriculteurs…

«La Somme est plutôt épargnée»
Philippe Touchais tient tout de même à relativiser : «Par rapport aux autres régions, et même aux autres départements des Hauts-de-France, la Somme est plutôt épargnée. Il faut désormais être attentif aux évolutions dans les semaines à venir. Des restrictions d’eau pourraient être annoncées, mais le plus gros de l’irrigation sera derrière nous.»

* Les vingt-trois communes concernées : Arry, Bernay-en-Ponthieu, Brailly-Cornehotte, Crecy-en-Ponthieu, Favières, Fontaine-sur-Maye, Forest-l’Abbaye, Forest-Montiers, Froyelles, Hautvilliers-Ouville, Lamotte-Buleux, Le Crotoy, Le Titre, Machiel, Machy, Nouvion, Noyelles-en-Chaussée, Noyelles-sur-mer, Ponthoile, Regnière-Ecluse, Rue, Sailly-Flibeaucourt et Saint-Quentin-en-Tourmont.


Et ailleurs ?

Si l’arrêté sécheresse concerne l’ouest du département, un déficit hydrologique se fait sentir partout dans la Somme. Selon le dernier bulletin de situation hydrologique, publié par la Dreal Hauts-de-France, «les cumuls mensuels des précipitations ont été contrastés durant ce mois de juin. Ils s’échelonnent d’un déficit de 33 % à Rouvroy-en-Santerre (80) (avec seulement 39,5 mm en cumul mensuel) à un excédent de 85 % à Calais-Marck (62).» D’autres pluies ou orages, parfois accompagnés de grêle, se sont produits au cours des deux premières décades, comme le 19 juin, à Méaulte.
Les températures mensuelles, elles, sont près de 2°C au-dessus des normales en moyenne sur le bassin : c’est moins que juin 2017 lorsque l’excédent était proche des 3°C. «Les températures ont été chaudes particulièrement en fin de mois. Les températures minimales dépassent les records mensuels le 24 juin avec 19,2°C à Abbeville (19°C le 28 juin 1976).» L’indice d’humidité des sols superficiels a fortement augmenté début juin, puis est redescendu très vite en troisième décade pour revenir à un déficit moyen sur le bassin, proche des 15 %, comme en mai. Il atteint notamment un déficit de 30 % dans le Ponthieu-Vimeu (80).
Concernant les cours d’eau, depuis le 20 juin, «les débits sont de nouveau en forte baisse». Le débit moyen de dix stations du bassin Artois-Picardie (cinq en avril, huit en mai) se situe en dessous des valeurs de quinquennales sèches. «Dans le département de la Somme, alors que les débits des sept stations suivies se situaient légèrement en dessous des normales au mois de mai, trois stations (la Maye à Arry, l’Avre à Moreuil et la Somme à Lamotte-Brebière) étaient déjà comprises entre les valeurs de quinquennales et de décennales sèches fin juin», est-il précisé.

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