L'Action Agricole Picarde 19 avril 2018 à 06h00 | Par Alix Penichou

Série diversification (1/8) : les légumes de plein champ de Blaise Crété

Chaque semaine, nous rencontrons un agriculteur qui fait le pari de la diversification. Blaise Crété va planter 3 ha de poireaux en plein champ pour la première fois.

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Des poireaux pousseront dans ce champ dès le mois de juin. Blaise Crété saura, en décembre, lors de l’arrachage, 
si le pari est gagné ou non.
Des poireaux pousseront dans ce champ dès le mois de juin. Blaise Crété saura, en décembre, lors de l’arrachage, si le pari est gagné ou non. - © A. P.


Avoir un projet de diversification. C’etait, pour Blaise Crété, la condition
sine qua non à son installation en tant qu’agriculteur. «Mes parents ont mené leur projet de troupeau laitier. Je voulais moi aussi contribuer au développement de la ferme», confie-t-il. La nature de ce projet s’est présentée à lui au moment même de son installation, dans l’exploitation familiale de Camps-en-Amiénois, en décembre 2016 : ce sera les légumes de plein champ. Et plus précisément 3 hectares de poireaux.
«Dès la première réunion d’information, organisée par Del Monte, je me suis dit que les légumes présentaient un potentiel de valorisation des terres. J’ai gardé l’idée en tête, en me disant que tant que je n’aurais pas la certitude que ce ne serait pas viable, je ne l’abandonnerais pas.» Plusieurs réunions, études, constitution de la Sica Somme de Saveurs et dix-huit mois plus tard, le voilà prêt à planter ses premiers poireaux. Mise à disposition de la planteuse, achetée en Cuma, comme le reste du matériel, prévue mi-juin.
Une aubaine pour le féru de la plaine pour qui, il l’avoue à demi-mots, les vaches n’ont jamais été une passion. Après l’école d’ingénieur de Rouen, Blaise a travaillé à Paris, dans l’export de céréales, pendant quatre ans, avant de finalement retourner aux sources, à vingt-huit ans. «Je n’ai pas toujours été sûr de vouloir être agriculteur. Mais, au fil des années, j’ai pris conscience que le travail au grand air et être son propre patron me correspondaient. Et puis avoir la possibilité de s’installer dans la structure des parents est une vraie chance.»
De son ancienne vie professionnelle, Blaise aura tiré une ouverture d’esprit et du recul quant aux marchés mondiaux. «Je me suis remis en question par rapport au système céréalier, qui représente une majeure partie de notre ferme. On dépend des catastrophes naturelles des autres pays pour gagner notre vie. Je n’ai pas envie de tout miser là-dessus
Les poireaux, dont les prix sont soumis au marché européen, seront - il l’espère - la clé. Pour les cultiver, les terres qu’il a choisies font partie des meilleures de l’exploitation. «Elles sont sans cailloux, avec de bonnes réserves hydriques. On ne peut pas planter des légumes n’importe où.» Actuellement, un couvert avoine-pois recouvre la parcelle. «Ce mélange semble adapté, car son système racinaire est assez profond. Il favorisera la pousse des poireaux.»
Le reste, Blaise l’apprendra sur le tas, aiguillé par les techniciens de la coopérative belge Reo Vieiling (qui s’occupe de la commercialisation des légumes), et grâce à l’entraide qui règne entre les vingt-sept producteurs de la Sica. «Le groupe est vraiment un moteur dans cette aventure. Nous avons mis nos intérêts en commun et avançons dans le même sens. C’est très motivant.» Tous apprennent presque un nouveau métier. Manager des salariés sera d’ailleurs une première pour Blaise.

Une production dans l’air du temps
Des risques donc, mais associés à un projet séduisant. «La possibilité de créer de la valeur ajoutée m’a attiré, bien sûr, mais aussi le fait que cette production soit dans l’air du temps. Les consommateurs mangent de plus en plus de légumes, et ils cherchent à acheter local…»
Avec 3 ha de poireaux, Blaise fait partie des plus importants producteurs de la Sica. Il pourrait bien consacrer une plus grande surface à cette activité l’année prochaine, voire diversifier les légumes. Mais, avant tout, l’exigeant veut se concentrer sur la première production.
Car les consommateurs, il le sait, seront intransigeants sur la qualité. «Le visuel notamment doit être impeccable. C’est la notion supplémentaire à prendre en compte par rapport à la production de blé, par exemple.» Des 40 à 50 t/ha qui devraient sortir du champ, toutes devront être de qualité irréprochable. Verdict en décembre, lors de l’arrachage.

L’économie du poireau

Combien Blaise gagnera-t-il grâce à ses 3 ha de poireaux ? La réponse exacte n’existe pas. «On peut perdre 10 000 /ha, comme gagner 20 000 Ä/ha», assure-t-il. Le critère principal est la qualité. Et une mauvaise qualité signifie la perte quasi-totale des revenus.
Pour donner une idée, comptez 0,50 €/kg de coût de production, et une moyenne de 0,60 à 0,65 €/kg à la vente. Avec 120 t, Blaise peut donc espérer (sur le papier) un bénéfice de 12 000 à 18 000 €.
Comme les vingt-six autres producteurs, il a dû dépenser 5 000 € de part sociale dans la Sica, plus une part dans la Cuma des Evoisons, qui fournit le matériel. Les plants, eux, sont achetés par la Sica et sont facturés après livraison des légumes.
Pas de souci de commercialisation, car la coopérative belge Reo Veiling s’en occupe. Celle-ci table sur la vente à l’échelle régionale, puisqu’il y a de la demande, mais ne ferme pas les portes au marché européen sur lequel elle est déjà positionnée.

Assurance préconisée
Lors de la réunion, la coopérative a conseillé aux agriculteurs de s’assurer contre les intempéries pouvant détruire les cultures. Pas de panique cependant : «La grêle, par exemple, n’a jamais détruit une récolte entière de poireaux, puisque l’essentiel du légume pousse sous terre», expliquait Paul Demyttenaere, le directeur général. Les devis sont en cours d’élaboration. Autre investissement auquel il faudra penser pour diversifier l’activité légumes : l’irrigation.

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