L'Action Agricole Picarde 06 septembre 2019 à 06h00 | Par Didier Deleau (Arvalis - Institut du végétal)

Soigner l’implantation de ses prairies

Un itinéraire cultural soigné et le respect des dates optimales de semis sont indispensables pour réussir l’implantation d’une prairie.

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Dans beaucoup de régions, les conditions d’humidité du sol n’ont pas encore pu être réunies pour garantir la levée de la prairie. Les conditions météorologiques de septembre seront déterminantes. 
Dans beaucoup de régions, les conditions d’humidité du sol n’ont pas encore pu être réunies pour garantir la levée de la prairie. Les conditions météorologiques de septembre seront déterminantes.  - © Arvalis N. Cornec




Les périodes les plus favorables pour le semis d’une prairie doivent cumuler deux critères : une humidité du sol suffisante et une température douce qui favoriseront une levée rapide et homogène des semences et un développement des jeunes plantules. Ces conditions se rencontrent le plus souvent en fin d’été et au printemps.

Par ailleurs, il est important que les espèces soient suffisamment bien implantées pour résister aux stress climatiques. Pour cela, les graminées doivent avoir atteint le stade 4-5 feuilles - et les légumineuses le stade 2-3 feuilles trifoliées - avant l’apparition d’un stress hydrique pour les semis de printemps ou avant les premiers gels pour les semis de fin d’été. En fin d’été, par exemple, semez au plus tard aux dates suivantes ; le 20 septembre pour le ray-grass d’Italie, le dactyle, le trèfle violet et la luzerne ; le 30 septembre pour la fétuque élevée ; le 10 octobre pour le ray-grass anglais, les bromes et le trèfle blanc. Au-delà de ces dates, le rendement du premier cycle sera réduit et le risque de gel précoce sera accru. Si les pluies tardent à revenir, l’implantation de prairies multiespèces sous couvert de méteils constitue une piste intéressante. La première coupe sera alors préférentiellement récoltée tôt en ensilage afin de favoriser l’accès à la lumière pour la prairie.

Labour ou non labour ?
Le labour est à privilégier dans le cas d’apport de matière organique avant semis (fumier, compost…) ou si la quantité de résidus végétaux (paille, repousses…) à enfouir est importante. Dans le cas de sols tassés après la récolte du précédent, un labour ou un passage de décompacteur sont préconisés. Le labour présente également l’intérêt de remplacer un désherbage chimique pour la destruction du couvert en place. Cette technique permet de préparer un bon lit de semences et favorise un meilleur enracinement des plantes.
En revanche, elle conduit au cours de la première année d’exploitation à un déficit de portance. Le labour peut également favoriser le salissement par la remontée en surface de graines d’adventices. En implantation de fin d’été, le labour doit être réalisé au plus vite après la moisson pour profiter de la fraîcheur résiduelle du sol qui sera conservée en rappuyant le sol sitôt après le labour.
Le semis sans labour avec travail superficiel permet l’implantation de prairies sur des parcelles difficilement labourables (sols superficiels, présence de cailloux…). Il préserve la structure du sol et permet de maintenir la portance. La préparation superficielle du sol peut se réaliser avec un ou plusieurs passages d’un déchaumeur à disques ou à dents ou avec un outil animé. L’objectif de ces opérations sera à la fois de préparer une structure de surface favorable mais également de détruire les éventuelles repousses du précédent et adventices (effet faux-semis).
Enfin, le semis direct est plus adapté pour les espèces d’implantation rapide comme le ray-grass. En présence de repousses de céréales ou d’adventices, il faut cependant recourir à un désherbage chimique avant le semis et utiliser un semoir spécial pour le semis. Réaliser un lit de semence fin et bien émietté :
l’objectif est d’obtenir un sol fin (mottes < 2 cm) en surface sur un sol bien nivelé et suffisamment rappuyé en profondeur. Cela nécessite de rouler avant le semis notamment en cas de labour et dans tous les cas après le semis avec un rouleau type cultipacker pour favoriser au maximum le contact terre-graines. Attention, l’utilisation d’un rouleau lisse risque de favoriser la formation d’une croute de battance notamment en sols limoneux.
Un sol bien rappuyé et sans discontinuité marquée sera favorable au développement racinaire des jeunes plantules et donc une croissance rapide de la prairie. Attention donc à l’enfouissement des résidus végétaux en fond de labour, aux zones compactes en fond de couche arable ou à l’inverse aux zones creuses en fond de labour…Un enracinement dense et profond valorisera mieux l’eau et les éléments minéraux du sol et la prairie résistera mieux à la sécheresse.

Densité de semis et objectif de levées
La densité de semis doit permettre d’assurer un peuplement à la levée d’environ 250 à 300 plantes par m2 pour les bromes et les RGI et de 500 plantes/m2 pour les autres espèces. Les doses de semis indiquées dans le tableau ci-dessous tiennent compte d’un taux de perte à la levée qui peut aller jusqu’à 50 % pour les plus petites graines.
Dans le cas d’associations et de mélanges pour prairies multi-espèces, la dose maximale de semis ne doit pas dépasser 30 kg/ha afin que chaque variété puisse s’exprimer ( à l’exception des mélanges contenant du brome dont les graines sont plus grosses).
La majorité des semences fourragères sont de très petite taille (2 à 4 mm de long et moins de 1 mm d’épaisseur pour les graminées ; de 1 à 2 mm de diamètre pour les légumineuses). Elles contiennent donc de faible réserve (dix à douze fois moins qu’un grain de céréales). Semées trop profond, elles s’épuisent avant même de parvenir à la surface. De ce fait, il est impératif de placer la graine dans le premier centimètre.
La répartition des graines doit favoriser une couverture rapide et dense du sol sur l’ensemble de la parcelle pour limiter les zones de sol nu, espaces privilégiés pour le développement des adventices. Le semis à la volée avec un semoir à céréales dont les descentes ont été relevées donne de bons résultats, la herse du semoir suffit à enfouir superficiellement les graines. L’utilisation d’un semoir centrifuge à engrais est déconseillée car la répartition et la densité du semis sont difficiles à maîtriser. Enfin, le semis en ligne est envisageable à condition de disposer d’un semoir à faible écartement (8 à 12 cm maxi) et/ou de réaliser un semis croisé en deux passages notamment dans le cadre de semis de mélange d’espèces. Quel que soit le semoir utilisé, le passage d’un rouleau cultipacker est indispensable juste après le semis.
Semer une prairie représente un investissement non négligeable (coût de semences de 150 à plus de 250 €/ha pour les prairies multi-espèces) et il est donc indispensable de tout mettre en œuvre pour réussir l’implantation. Mais la conduite durant la première année est également primordiale pour garantir sa productivité et sa pérennité : désherbage chimique précoce si besoin, surveillance des limaces, absence de surpâturage, anticipation de la première fauche pour gérer le salissement…

- © AAP

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