L'Action Agricole Picarde 14 septembre 2018 à 06h00 | Par A. J.

Synutra : un laitier chinois très français

Qui est Synutra, cette laiterie chinoise qui ne tiendrait plus ses engagements auprès des coopératives Sodiaal et Maîtres laitiers du Cotentin (MLC) ?

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Le site de Carhaix est la seule usine de poudre de lait infantile détenue par Synutra, pour le lait de vache.
Le site de Carhaix est la seule usine de poudre de lait infantile détenue par Synutra, pour le lait de vache. - © Chantal Pape



Et si l’entreprise chinoise, à laquelle s’étaient associées les coopératives Sodiaal et Maîtres laitiers du Cotentin (MLC), était plus liée à la France que certains groupes laitiers français eux-mêmes ? «
Le site de Carhaix est la seule usine de poudre de lait infantile détenue par Synutra, pour le lait de vache», décrypte l’économiste à l’Institut de l’élevage, Jean-Marc Chaumet, qui doit faire paraître prochainement une étude sur l’entreprise dans la revue Abcis. «90 % de son chiffre d’affaires laitier est lié à l’usine de Carhaix
D’après les dernières données disponibles et les visites sur place de ce spécialiste, l’entreprise commercialise trois produits. Les poudres de lait infantile à base de lait de vache sont fabriquées à Carhaix. Les poudres de lait infantile à base de lait de chèvre sont assemblées en Chine à partir de matière première espagnole. Une partie des poudres grasses pour adulte (lait de vache), un produit très courant en Chine, est issue de la production finistérienne. En dehors des métiers du lait, Synutra a également une activité de plats préparés.

Un dirigeant passé par la France
Avant de décider de s’approvisionner en lait français, Synutra se fournissait chez le néozélandais Fonterra par le biais de contrats annuels. Se fournir auprès d’un unique fournisseur, malgré sa taille, dans une logique de court terme, peut présenter des risques que le dirigeant chinois de Synutra ne souhaitait visiblement plus prendre. Il s’est donc tourné, en 2012, vers la France, pays qu’il connaît bien pour y avoir travaillé, rapporte Jean-Marc Chaumet.
Sur cette période, les comptes de Synutra sont dans le vert. L’entreprise réalise un bénéfice de 20 millions d’euros en 2016. Depuis 2017, l’entreprise n’est plus cotée en Bourse et ne publie plus de rapport d’activité, retrace l’économiste. Créée en 1998, Synutra entre en Bourse en 2005. Elle en sortira début 2017 à la suite du rachat de l’ensemble des actions de la société par la femme du fondateur et dirigeant, Liang Zhang. Depuis, plus aucun rapport d’activité n’a été communiqué par l’entreprise. Sa communication officielle est réduite au strict minimum.
En Chine, les difficultés financières sont avérées. «Pour limiter les pertes, Synutra réduit ses charges de fonctionnement dans son usine de Shengzen, au sud-est de Pékin, constate Jean-Marc Chaumet. Les salaires ont été diminués et des primes supprimées

En tête de gondole
«Les poudres de lait infantile de Synutra sont très visibles dans les supermarchés chinois. Il y a des rayons complets, décorés du drapeau tricolore, pour promouvoir l’origine France des produits», relate le spécialiste de la Chine. Mais Synutra est loin d’être le leader chinois des poudres de lait infantile. «La concurrence sur le marché des poudres de lait infantile est féroce. Cinq ou six entreprises chinoises sont bien plus importantes que Synutra. Et c’est sans compter les industriels étrangers présents sur le marché. En Chine, Synutra, c’est un millier d’employés
Ces dernières années, l’entreprise chinoise a continué de développer ses activités en Chine, constate-t-il. Elle aurait racheté une usine transformant du lait de yak, une usine de poudre de lait infantile et une licence de fabrication d’un de ces concurrents.
Depuis le scandale du lait contaminé à la mélamine de 2008, le gouvernement chinois souhaite relocaliser la production et développer la filière laitière chinoise. Synutra avait été le précurseur dans la délocalisation des activités laitières à l’étranger, avant d’être suivi par bon nombre de ses concurrents. Reste à espérer qu’elle ne soit pas le précurseur d’un mouvement inverse.

MLC et Sodiaal dans l’expectative

Les défaillances du chinois Synutra placent les éleveurs de l’Ouest dans l’expectative. Fin août, Sodiaal annonçait étudier la reprise d’une partie du site construit par le groupe chinois à Carhaix dans le Finistère qui avait nécessité un investissement de 117 millions d’euros. L’objectif est d’éponger les dettes de son partenaire, qui n’aurait payé qu’une partie de la fourniture du lait. Malgré les complications, la coopérative dit y voir une opportunité «d’accélérer son développement sur le marché porteur du lait infantile, en Chine et sur d’autres marchés mondiaux». Autre coopérative mise en difficulté, les Maîtres laitiers du Cotentin. L’entreprise chinoise a rompu unilatéralement le contrat signé avec la laiterie normande. En cause selon Synutra : un différend commercial autour d’un dépôt de matière protéique au fond des briquettes de lait aromatisé. De son côté, la laiterie constate que les engagements de Synutra en termes de volumes n’ont pas été tenus et rapporte des «défauts de règlements». La question des pénalités est aujourd’hui entre les mains de la justice. MLC a investi 114 millions d’euros dans ce projet.

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