L'Action Agricole Picarde 27 janvier 2019 à 06h00 | Par Florence Guilhem

Théâtre : la Jungle de Calais de Céline Brunelle

La Cie Le Passe-Muraille jouera «Mon livre de la jungle (My Calais story)», au centre culturel Jacques Tati, le 29 janvier.

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«Mon livre de la jungle» par et avec Céline Brunelle. © corinne marianne pontoir

La jungle de Calais. Les images ont tourné en boucle sur toutes les chaînes de télévision. Images de naufragés de la vie, loin de leur pays natal, pauvres comme Job, entassés comme des bêtes dans des camps de fortune, à peine montés que détruits sur ordre des pouvoirs publics. Images de CRS bousculant des êtres perdus, mais aussi des abris de bric et de broc broyés par les flammes. Puis, plus loin, des manifestations de l’extrême droite, obsédée par la «race» française devenue, dit-elle, minoritaire. Et la patrie des droits de l’Homme fait alors un bond dans le passé, celui des années noires de la France, avec ses camps érigés le long des plages, en rase campagne ou à la lisière des villes, pour isoler ces «hordes» d’étrangers déboutés de leurs pays par le nazisme, le fascisme, le franquisme ou parce que juifs.

Un autre «visage» de la jungle
Ces images de la «jungle» - terme barbare renvoyant inconsciemment à des animaux sauvages dont il faut se méfier et à isoler pour éviter toute menace - Céline Brunelle a voulu savoir quelle vérité elles contenaient réellement. «Pour comprendre pourquoi ils étaient là et me faire un avis, il fallait aller voir. C’est ce que j’ai fait», raconte-t-elle. Au volant de son camion rempli de couvertures et de victuailles, et avec d’autres personnes de bonne volonté, elle s’y rendra dès 2014.
Elle y découvrira non pas des migrants vivant comme des bêtes, mais des êtres humains privés de tout droit, calmes, à l’hospitalité incroyable, et des sourires à foison. Bien sûr, dans certains campements, la douceur a fait place parfois à la violence, dont toute communauté humaine est capable dans des situations extrêmes. Mais, en aucun moment, elle n’y sera confrontée. Ce qu’elle a vu ? Des êtres humains, comme elle, à la recherche de fraternité et d’une vie décente, loin des violences subies dans leur pays d’origine. De tout cela, elle a décidé de témoigner au travers de son spectacle «Mon livre de la jungle (My Calais story)».

Derrière les visages, des hommes
Il a fallu du temps avant que Céline ne digère le flot des images et des rencontres répétées avec les migrants pour mettre des mots sur son vécu et en témoigner. Le déclic ? Le démantèlement de la jungle de Calais. Que faire ensuite ? Continuer et s’organiser en réseau de solidarité. «Au fur et à mesure des rencontres, j’ai découvert leurs parcours migratoires, tous les risques qu’ils ont encourus pour venir jusqu’ici, et leurs difficultés pour vivre ici. En parallèle, la parole du Front national ne cessait de monter et les manifestations se multipliaient. J’ai donc décidé de prendre la parole à mon tour, en écrivant et montant ce spectacle afin de faire entendre une autre voix, tout aussi engagée et militante», déclare-t-elle.
Ce spectacle est né également d’une révolte face à l’accueil que la France réserve à ces populations prêtes à se mettre en péril pour vivre dignement, mais aussi de la volonté de mettre en lumière la solidarité et l’engagement qui ont suivi. Et d’interroger chacun sur ce qu’il peut donner et comment il est prêt à accueillir. «On profite de la mondialisation sous bien des aspects. Alors, pourquoi ne serait-on pas prêt à accueillir ces populations qui sont aussi le fruit de la mondialisation ?», interroge-t-elle. C’est  cette histoire qu’elle a décidé d’écrire, avec ses propres jugements et contradictions, «parce que l’on fait toujours à travers son vécu. Mais, si c’est autobiographique, sur scène, j’incarne bel et bien un personnage», dit-elle.
Le spectacle se déroule en deux parties. La première fait l’objet d’un traitement documentaire par la diffusion de vidéos sur la jungle et les manifestations de l’extrême droite, rendant compte parfaitement de l’afflux d’images médiatiques sous lesquelles nous avons tous été noyés. La seconde est nourrie, elle, des parcours de vie de migrants et de sa propre histoire, le tout traité de façon onirique. Vidéos, bandes sonores et effets visuels épousent le corps de la comédienne, sujet et objet à la fois. Ni misérabilisme, ni bons sentiments à l’œuvre dans ce spectacle, juste la volonté de faire entendre et comprendre ce qui se joue.
Seule sur scène, Céline est à la fois son personnage, mais aussi tous les migrants qu’elle a croisés sur sa route pour rendre compte sobrement et fidèlement de leurs histoires et de leurs pays d’origine. Le texte, qui mêle sa propre écriture à celle du jeune rappeur et slameur Isaiah, fait entendre les voix d’un monde en souffrance, le nôtre, le temps d’un spectacle, tout en évoquant cette fraternité à laquelle on est tous appelés à condition d’ouvrir son cœur et ses bras.

Le 29 janvier, à 14h30 et 19h30, centre culturel Jacques Tati, rue du 8 mai 1945, à Amiens.
Tél. : 03 22 46 01 14. Spectacle dès 14 ans. Tarifs : 10 (plein) et 5 (réduit)

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