L'Action Agricole Picarde 31 août 2018 à 06h00 | Par Alix Penichou

Thomas Quennehen : l’incontournable appui des employeurs de main-d’œuvre

Ils ne sont pas agriculteurs, mais sont pourtant indispensables aux exploitations. Thomas Quennehen, juriste à la FDSEA, aide les agriculteurs dans la gestion de leurs salariés.

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Depuis plus de treize ans à son poste de juriste à la FDSEA, Thomas Quennehen a surtout appris à écouter les agriculteurs pour cerner au mieux leurs besoins.
Depuis plus de treize ans à son poste de juriste à la FDSEA, Thomas Quennehen a surtout appris à écouter les agriculteurs pour cerner au mieux leurs besoins. - © A. P.



Lorsque les agriculteurs employeurs font appel à Thomas Quennehen, juriste à la FDSEA de la Somme au service main-d’œuvre, ils ne savent pas dans quoi ils mettent le doigt. «
Ils m’appellent parce qu’ils veulent un contrat type lorsqu’ils veulent embaucher, ou qu’ils veulent régler rapidement un problème avec un salarié. Mais une phase de décryptage, dépendante de l’exploitation et des besoins, est nécessaire.»
Car la législation est stricte, et Thomas, petit-fils et neveu d’agriculteurs le sait bien, l’agriculture implique des besoins particuliers. L’agriculteur a-t-il besoin d’un salarié tous les jours ? La météo va-t-elle influencer le rythme de travail ? Les travaux seront-ils orientés vers la plaine ou vers l’élevage ? Quelles missions seront-elles confiées au salarié ? «Chaque personne est différente. Il faut essayer de s’immerger dans la situation avant de donner des clés de réponse. Celles qui permettent de concilier la rigueur d’un contrat de travail avec la souplesse qu’impose le métier.» Le tout avec un œil sur la maîtrise du coût pour l’entreprise, avec l’appui technique de ses collègues du service paie.
Un travail gratifiant, puisqu’il s’agit d’aider les professionnels à construire en toute sécurité l’évolution de leur ferme. Et pourtant, lorsque la mission est réussie, elle passe inaperçue. «J’estime avoir bien fait mon travail lorsque j’ai placé l’agriculteur en sécurité juridique. L’inspection du travail ne trouvera rien à reprocher, le salarié n’aura pas d’élément pour se retourner contre son employeur… En bref, quand tout est bien ficelé, il ne se passe rien !»

Un rôle de pompier
Le juriste est aussi régulièrement appelé pour résoudre les problèmes. Licenciements économiques parfois, mais souvent ruptures conventionnelles en cas de mésentente. «Gérer les rapports humains dans ces situations complexes n’est pas évident. Surtout que je n’ai que le son de cloche de l’employeur, et qu’il peut ne pas avoir vu ses torts.» Permettre à l’agriculteur de se remettre en question est pourtant indispensable pour trouver la meilleure issue. «Mon dada à moi, c’est de monter les dossiers les plus sécurisants possibles, donc avec une rigueur exemplaire sur la forme (respect des dates, etc.) et sur le fond (motif valable d’une rupture de contrat, par exemple), pour éviter au maximum d’aller aux Prud’hommes.» Pas toujours évident, lorsqu’il est appelé en «pompier», et qu’il récupère un dossier qu’il n’avait pas monté à la base.
Cette rigueur de procédure, Thomas l’a apprise lors de sa formation, un DESS (Diplôme d’études supérieures spécialisées) en droit des affaires et droit du travail. Il ne s’était d’ailleurs pas imaginé une carrière dans le milieu agricole, «mais celui-ci m’a naturellement rattrapé», plaisante-t-il. La gestion de l’humain, quant à elle, il l’a apprise avec l’expérience, après un peu plus de treize ans à la FDSEA. «A la faculté, les scénarios étaient propres et précis. Ici, les énoncés ne sont pas parfaits et, en plus de cela, il y a les contraintes bien particulières de l’agriculture qui s’ajoutent.»
Pour aller plus loin dans la sécurisation du travail à la ferme, Thomas Quennehen assiste, avec son collègue Benoît Lictevout, les agriculteurs dans la prévention des risques. «Certains ont bien intégré cette notion au sein de leur exploitation, mais d’autres pas du tout.» Il accompagne en fait le chef d’entreprise agricole dans la réalisation du document unique de prévention des risques, réalisé grâce à l’outil en ligne Systera. «Il offre un cadre. Il n’y a plus qu’à entrer ses propres critères.»
Enfin, Thomas est impliqué dans la défense des intérêts des agriculteurs. Il participe à des réunions avec les partenaires sociaux (CGT, CFDT, MSA, Inspection du travail…) pendant lesquelles il est la plume de Marc Droy, président de la commission main-d’œuvre de la FDSEA. «Ce sont des moments cruciaux. Quand le Smic est donné chaque année, par exemple, nous devons en tirer les conséquences pour le reste des grilles de salaires départementales.» Cet ensemble de tâches se résume finalement en une mission : épauler au mieux les agriculteurs employeurs.

- © Picktochart
Pour Olivier Parcy, gestionnaire de main-d’œuvre 
est un métier à part entière.
Pour Olivier Parcy, gestionnaire de main-d’œuvre est un métier à part entière. - © D. R.

L’œil de l’agriculteur

«
On ne s’improvise pas gestionnaire de main-d’œuvre. C’est un métier à part entière !» Pour Olivier Parcy, co-gérant du Gaec du Bois Roland, à Laleu, mieux vaut se faire aider par un spécialiste lorsqu’on ne maîtrise pas un sujet.
L’élevage de ses Charolais et la conduite de l’exploitation, voilà son métier. Mais lorsqu’il s’agit de législation des salariés, il se rapproche de son juriste, Thomas Quennehen. «J’ai d’abord fait appel à lui pour une embauche. Il m’a aidé à rédiger le contrat qui correspondait le mieux aux besoins et, surtout, il m’a fait prendre conscience des risques. Il sait ce qu’il faut faire ou non pour les éviter.»
Le juriste a aussi été d’une grande aide lorsqu’Olivier Parcy a été contraint de se séparer de son salarié pour inaptitude au travail. «Comment gérer le licenciement ? Dois-je envoyer un simple recommandé ? Faut-il faire un entretien préalable ? Je ne savais rien de tout cela et je voulais que tout soit fait dans les règles. Il y avait un tas de procédures et, honnêtement, je ne me sentais pas capable de tout mener seul.»

Des conseils avisés
Aujourd’hui, cette mauvaise passe est de l’histoire ancienne. Un jeune a intégré l’équipe à la ferme en remplacement de l’arrêt maladie dans un premier temps. Il est désormais prolongé en contrat à durée déterminée (CDD) dans la perspective d’un CDI. «Là encore, je me suis rapproché du service main-d’œuvre de la FDSEA pour trouver la bonne formule et ensuite rédiger le contrat.»

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