L'Action Agricole Picarde 27 novembre 2017 à 08h00 | Par Alix Penichou

Trois méthodes pour évaluer le tassement des sols

Les experts du projet Sol-D’Phy présentaient les méthodes d’évaluation du tassement des sols : la méthode bêche, la plus simple, le profil cultural, plus complexe, et une toute nouvelle, celle du mini-profil 3D.

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Après avoir prélevé la terre, il faut procéder à son évaluation physique.
Après avoir prélevé la terre, il faut procéder à son évaluation physique. - © A. P.

Trois méthodes ont été évoquées lors de la présentation de Sol-D'phy, pour évaluer le tassement du sol.

La méthode bêche
La méthode bêche est la plus rapide et la plus simple à mettre en œuvre occasionnellement. Elle se concentre sur l’état structural de l’horizon labouré. Elle a été traitée dans le cadre du projet Sol-D’Phy, en s’appuyant des travaux préalables d’équipes françaises ou européennes, pour associer à l’appréciation de l’état structural la notation des traces de bioturbation par la faune du sol. Celle-ci met en avant les effets de l’activité biologique sur les capacités de restructuration naturelle du sol.
La réalisation se fait en trois étapes : le prélèvement de la bêchée, qui consiste en un coup de bêche assez profond répété six fois en diagonale, dans un rectangle délimité de 3 m sur 15.
Suit l’évaluation de l’état physique du sol. Il s’agit d’observer les différents horizons de sol, la désagrégation du bloc à la main et la fragmentation des plus grosses mottes. De la meilleure qualité à la moins bonne : agrégats friables avec les doigts (sol très poreux, les racines ont colonisé le sol) ; agrégats faciles à briser avec une seule main (la plupart des agrégats sont poreux, les racines ont colonisé le sol) ; la plupart des agrégats se brisent avec une seule main (présence de pores, de fissures et de racines) ; le sol compact exige un effort pour briser les agrégats (peu de pores et de fissures visibles, les racines sont localisées dans les pores et autour des agrégats) ; sol très compact (très faible porosité des pores, anoxie possible et le peu de racines est localisé dans les fissures).
Enfin, il faut noter la bioturbation, essentiellement les vers de terre, considérés comme «ingénieurs de l’écosystème». De la meilleure qualité à la moins bonne : présence de galeries et de déjections ; galeries verticales permanentes et perforation de racines ou autre faune du sol ; pas de structure biologique visible. A reconnaître : les épigés, de 1 à 5 cm, qui vivent en surface, ne créent pas de galeries et se nourrissent de matière organique morte (ils fractionnent la matière organique) ; les anéciques, de 10 à 110 cm, qui vivent dans l’ensemble du profil de sol, creusent des galeries verticales et se nourrissent de matière organique qu’ils enfouissent ensuite dans leur galerie ; les endogés, de 1 à 20 cm, qui creusent des galeries horizontales et s’alimentent de matières organiques plus ou moins dégradées. Ces derniers créent une structure grumeleuse importante pour la rétention et l’infiltration de l’eau.

Le profil cultural implique de creuser assez profond dans le sol pour une étude complète.
Le profil cultural implique de creuser assez profond dans le sol pour une étude complète. - © A. P.

Le profil cultural
Le profil cultural est une méthode bien plus complète que la méthode bêche, car elle permet d’analyser le sol plus en profondeur. Mais elle est aussi beaucoup plus complexe à réaliser, et est plutôt réservée aux experts.
Tout d’abord, il faut trouver une zone représentative de la parcelle. Puis, définir les dimensions et l’orientation de la fosse. La fosse doit être d’une profondeur d’au moins 50 cm jusqu’à 1,50 m et d’une largeur d’environ 3 à 4 m. Le profil se pratique en sol ressuyé, sauf si l’on veut examiner le comportement du sol en période humide. Une fois la fosse creusée, perpendiculairement au sens du travail du sol, l’observation du profil consiste, à l’aide d’un couteau avec une lame de 15 cm environ et arrondie à son extrémité, à effriter chaque couche de haut en bas sans lisser le sol.
Les différences de texture, de structure, de tassement, de compacité, d’humidité, seront alors visibles, ainsi que la profondeur du sol, le profil racinaire, les galeries de vers de terre, la porosité, les traces et les impacts des derniers travaux des sols.
Commence alors la phase d’observation et d’interprétation. L’observation d’un profil se découpe en six parties. L’état de surface (croûte de battance, mottes, résidus végétaux), l’organisation du sol (épaisseur des horizons, du sol, profondeur d’enracinement), la présence ou l’absence d’hydromorphie (tâches de rouille, difficultés de portance), l’enracinement (profondeur, forme des racines), la porosité et la structure du sol (macro et micro porosité, organisation des mottes) et la vie du sol (macrofaunes, traces de matières organiques).
Les strates ainsi définies font l’objet d’une description très méthodique sur une fiche de notation. On pourra ainsi déterminer les opérations culturales ou les éléments du système de culture qui sont responsables des observations faites et établir un diagnostic. Plusieurs possibilités techniques pourront alors être adoptées pour remédier aux problèmes rencontrés. Mais attention, l’interprétation de ces constatations nécessite un savoir faire qui s’acquiert avec l’expérience.

Cette méthode, intermédiaire entre le test rapide à la bêche et le profil cultural, a l’avantage d’être  plus simple à mettre en œuvre. © A. P.
Cette méthode, intermédiaire entre le test rapide à la bêche et le profil cultural, a l’avantage d’être plus simple à mettre en œuvre. © A. P. - © A. P.

Le mini-profil 3D
Le mini-profil 3D a été élaboré dans le cadre du projet Sol-D’Phy. Il est un bon compromis entre les deux précédentes méthodes, puisque moins compliqué à réaliser que le profil cultural, mais plus approfondi que la méthode bêche.
La méthode consiste à prélever un bloc de sol avec les palettes d’un chargeur télescopique, ou d’un tracteur équipé d’un chargeur frontal, afin d’observer les horizons de travail du sol, la structure, l’enracinement, les traces d’activité biologique, et d’établir ainsi par observation un diagnostic de l’état structural du sol en un temps réduit.
Le prélèvement : rapprocher les deux palettes du chargeur avec un écartement de 20 à 30 cm, enfoncer complètement les palettes dans le sol avec un angle de 30° à 45°, lever légèrement sans à-coups puis redresser les palettes pour éviter l’effondrement du bloc et, enfin, lever à la hauteur souhaitée pour l’observation et rebasculer à l’horizontal le bloc. Pour le réaliser, mieux vaut privilégier la période d’interculture.
Deux prélèvements sont à réaliser : le premier, perpendiculaire au sens de travail du sol et sur une zone représentative de la parcelle (éviter les fourrières et les zones de débardage) ou centré sur un passage de roue visible pour évaluer l’effet du passage ; le deuxième, en décalé par rapport au premier, pour couvrir la variabilité latérale de la structure du sol.
Il s’agit ensuite de délimiter les horizons de travail du sol en repérant au couteau les zones de rupture et de continuité structurale, et dégager chaque horizon avec des petites marches d’escalier. Noter la profondeur de chaque horizon et les transitions entre chaque horizon.
Comme pour les deux précédentes méthodes, l’apparence du bloc indiquera le tassement ou non des blocs : une structure continue et massive (bloc compact, face de rupture nette, peu rugueuse, absence de mottes ou agrégats visibles, très peu de racines) est synonyme d’un tassement récent non travaillé ; une structure en mottes (peu de terre fine, mélange de mottes de moins de 10 cm, agrégats et de vides, colonisation des racines principalement autour des mottes) signifie un ancien tassement repris par un labour ou décompactage ; et une structure grumeleuse, fragmentaire (porosité élevée, beaucoup d’agrégats, souvent d’origines biologiques, présence fréquente de mottes constituées de petits agrégats tenus par des racines, colonisation des racines de tout l’échantillon) indique qu’il n’y a pas de tassement.

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