Aller au contenu principal

Œufs : «La transition vers l’alternatif rebat les cartes»

François Cadulal, Directeur du pôle économie de l’Itavi.

© D. R.

Quel est l’état d’esprit de la filière alors qu’une phase de transition s’amorce pour la production française de cage, entre 2020 et 2025 ?
Les opérateurs sont très attentifs aux évolutions du marché. Ils sont confrontés à une forte incertitude, liée notamment aux engagements disparates de leurs clients. De nombreux engagements ont d’ores et déjà été pris. Un gros pool interviendra en 2020 qui, schématiquement, concerne les œufs coquilles de marques des distributeurs (MDD), puis en 2025 pour l’ensemble du rayon œuf, de grands opérateurs de la restauration hors domicile et de l’agro-alimentaire.
L’incertitude n’est pas dans la direction prise, mais dans le rythme des demandes des clients, qui sont très à l’écoute de la société civile, et qui ont mis la réputation de leur marque en jeu. L’autre incertitude, c’est que les engagements initiaux portent sur une sortie de la cage, mais toute la question est de savoir pour la remplacer par quel mode alternatif : sol, plein-air, bio ?

Les œufs coquilles MDD représentent l’équivalent d’un tiers de la production, les œufs coquille la moitié. En exclure les œufs cage est un gros chantier. Est-ce possible dans les délais impartis, sans importer davantage, notamment des œufs sols (code 2) ?
D’ici 2025, on peut imaginer que, conjoncturellement, la France importe un peu plus d’œufs de code 2 des pays du Nord, notamment des Pays-Bas, s’ils retrouvent leur crédibilité. Cela peut provenir notamment de la restauration hors foyer, qui est historiquement importatrice. Cela est peu probable pour la GMS. L’intérêt du code 2 dans le panel des modes de production, c’est notamment d’avoir un œuf qui a les caractéristiques économiques les plus proches de l’œuf cage.
Il y a une demande pour du code 2, qui représente aujourd’hui 6 % de la production, et devrait en toute logique devenir le standard de production de l’Union européenne à terme. Cela se fera-t-il par une reconnaissance du consommateur comme un vrai mode de production, marketé comme tel, comme en Europe du Nord ? Difficile à prévoir.

En plein air, le rythme de développement sera-t-il suffisant ? Y a-t-il un risque de voir les prix flamber, compte tenu du fait que le plein air est une spécialité française ?
C’est de moins en moins une spécialité française. L’Allemagne est un important producteur de plein air et de bio, mais ce sont toujours des importateurs structurels d’œufs. On voit également du plein air se développer en Espagne, où la cage est très présente (88 %), même si cela change vite.
Mais, globalement, l’offre de plein air devrait donc être suffisante pour alimenter la demande. C’est très difficile d’apprécier à l’avance la dynamique des prix, encore plus que les volumes, mais la transition ne devrait pas avoir pour effet d’augmenter les prix. Ce sont des éléments extérieurs qui pourraient le faire, notamment parce que beaucoup d’opérateurs cherchent à se couvrir, afin de respecter leurs engagements, et contractualisent sur plusieurs années.

Ce développement va-t-il changer la géographie de la production d’œufs en France, et mieux la répartir sur le territoire ?
Il y a des indices qui vont dans ce sens. La Bretagne a perdu des capacités de production en œuf ou volaille, généralement au profit des régions limitrophes. Mais ce n’est pas spécifique à la Bretagne. On observe ce phénomène dans toute l’Europe du Nord, notamment aux Pays-Bas, dont les opérateurs se déploient vers l’Allemagne, ou le nord de la France, où il y a davantage de surfaces disponibles. On observe un phénomène similaire en Bretagne, avec des développements dans les Pays de la Loire, dans des zones où il y a davantage de surfaces disponibles pour les parcours. Comme la transition vers l’alternatif rebat les cartes, de nouveaux opérateurs s’y intéressent. La coopérative Vivadour a annoncé des projets de production d’œufs plein air alors qu’elle n’était pas encore dans la production d’œufs.

Quelle va être la dynamique de la production de cage, compte tenu de l’interdiction de mise en production de tout bâtiment nouveau ou réaménagé de poules pondeuses élevées en cage, prévue dans la loi Egalim ?
Le contenu du décret, visant notamment à définir la notion de réaménagement, n’est pas encore connu. Les bâtiments sont récents et peuvent encore produire pendant de nombreuses années. Le marché, de son côté, va se réduire fortement, mais il restera toujours une demande, notamment issue d’entreprises qui n’ont pas pris d’engagement, ou du marché international qui n’a pas opéré de transition. En Europe du Nord, dont on dit souvent qu’elle a opéré la transition, il reste tout de même 10 à 15 % de capacités de production en cages. On pourrait se diriger vers la même chose en France. Rappelons également que l’Allemagne n’a annoncé l’arrêt de la production qu’à l’horizon 2025, voire 2028, et importe encore beaucoup, et que les Pays-Bas continuent de produire de la cage.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Les plus lus

groupement producteurs pommes de terre Clarebout SUGAF
Les producteurs français de pommes de terre livrant le groupe Clarebout/Simplot se regroupent

Le SUGAF, nouvelle association des producteurs français livrant le groupe Clarebout/Simplot, a été officiellement constitué.…

À Attin, une panne de chaudière à la sucrerie stoppe provisoirement les arrachages de betteraves

Une panne de chaudière touche depuis ce jeudi matin la sucrerie Tereos d’Attin (62). Le service agricole demande aux planteurs…

poulailler Forest-Montiers
L’élevage avicole de Marion Bocquillon à Forest-Montiers reçoit le feu vert de la préfecture

Le CODERST a rendu un avis favorable à l’unanimité, lundi 14 septembre, au projet de poulailler de la SCEA Élevage Bocquillon.…

webinaire UNPT pommes de terre contrats sécheresse
Pommes de terre : comment éviter le piège du déficit de volumes contractuels

Face aux difficultés de production que peuvent rencontrer les producteurs de pommes de terre cette campagne, l’Union nationale…

truffes trufficulture champignons diversification
Et si la truffe poussait dans les champs de la Somme ?

La Chambre d’agriculture de la Somme invite les agriculteurs à découvrir la trufficulture comme piste de diversification, le…

transport betteraves Tereos
Des camions de betteraves rappelés à l’ordre pour vitesse excessive

Des riverains de la rue de Montreuil, à Conchil-le-Temple (Pas-de-Calais), dénoncent la vitesse excessive de certains camions…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 1 € par semaine
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Action Agricole Picarde
Consultez les versions numériques de l'Action Agricole Picarde et du site, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de l'Action Agricole Picarde