L'Action Agricole Picarde 10 juillet 2014 à 08h00 | Par Lucie Debuire

Un GIEE pour réduire les herbicides sur les betteraves et les haricots

Un groupe d'agriculteurs du Santerre parmi les précurseurs des GIEE (Groupement d'intérêt économique et écologique).

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Avec cette bineuse, il est possible de biner en moyenne 30 ha par jour.
Avec cette bineuse, il est possible de biner en moyenne 30 ha par jour. - © AAP

En juillet 2013, suite à une expérimentation menée par la chambre d'agriculture sur le binage des betteraves et haricots, un groupe d'une vingtaine d'agriculteurs du Santerre s'est constitué pour approfondir cette technique alternative au tout phyto. Leur motivation commune : réduire les traitements sur leurs cultures de betteraves et de haricots. D'autant plus que beaucoup cultivent des parcelles sur l'aire d'alimentation des captages de Caix.
«Etant dans une zone "captage Grenelle" nous avons pu contractualiser avec l'Agence de l'eau la mise en place d'actions destinées à réduire l'usage des phytos dans cette aire. C'était en juin 2013. Le mois suivant nous avons effectué un essai avec une bineuse guidée par caméra. Au début, nous devions biner cent hectares, au vu des résultats nous en avons fait deux cent cinquante», raconte Jean-Michel Sailly, agriculteur à Caix.

Démarche innovante
Dans le même temps, le ministre de l'Agriculture, lançait un appel à projet en préfiguration des GIEE (groupements d'intérêt économique et écologique), des structures prévues dans le projet de loi d'avenir de l'agriculture et qui doivent être des vecteurs de l'essor de l'agro-écologie chère à Stéphane Le Foll (voir encadré zoom).
L'occasion était là. Les agriculteurs de Caix ont postulé à l'appel à projet. Il était demandé d'allier la performance économique et écologique dans une démarche innovante. Ils ont été retenus parmi la centaine de dossiers sélectionnés sur les cinq cent déposés sur le bureau du ministre.
Leur GIEE s'emploie a développer les pratiques de conduite intégrée en système légumier sur le bassin de captage d'eau de Caix. Le projet est programmé sur trois années avec à la clé une subvention de 100 000 euros. Une somme destinée à couvrir des charges directes liées la démarche, comme la location du matériel, l'appui de partenaires scientifiques mais aussi l'animation de ce projet.

Une réelle attente
«Je crois que le dossier a été retenu non seulement pour son côté innovant mais aussi pour son impact sur le territoire. Ce GIEE répond à une réelle attente des producteurs du secteur de Caix. Ils sont motivés pour faire évoluer la protection phytosanitaire des cultures afin de respecter la qualité de l'eau. Il y a une dynamique de groupe bien présente depuis l'essai mené l'été dernier. Il y a une attente de la filière qui souhaite elle aussi mieux produire», explique Jean-Pierre Pardoux, conseiller à la chambre d'agriculture.
Le groupe se partage une bineuse adaptée aux productions du bassin. Le binage sera poursuivi sur les cultures de haricots, de betteraves mais aussi de colza. «Nous sommes convaincus que cette technique favorise l'aération du sol et donc son activité biologique. Elle nous permet de mieux gérer les adventices et les parasites dans la rotation. Nous espérons aller plus loin dans la réduction de l'utilisation d'intrants en localisant les herbicides ou les fertilisants", commente Jean-Michel Sailly, ajoutant "le binage n'est qu'un début».


La bineuse

Avec un réglage adapté, l'efficacité mesurée sur les vingt cinq parcelles de haricots en 2013 est bonne, même dans des conditions difficiles notamment sur les parcelles croutées. Les pertes au pied sont inférieures à 2% à condition que l'intervention se fasse sur des adventices jeunes. Bien entendu, les systèmes de guidages sont plus performants sur une culture homogène. «Bien sûr, le binage est associé au désherbage chimique, cela permet de supprimer un ou plusieurs traitements, tout en gardant le même rendement. Les traitements localisés associés au binage sont une voie prometteuse», souligne Jean-Pierre Pardoux, conseiller à la chambre d'agriculture de la Somme.



Les partenaires

L'OP Légumes Vert fait le lien entre le groupe de producteurs et Bonduelle. Agro transfert travaille avec la chambre d'agriculture de la Somme à la synthèse et à l'interprétation des résultats. Le Cetiom et l'ITB participent à l'élaboration des programmes de désherbage et des itinéraires de production intégrée. Enfin, la Fdcuma accompagne le groupe pour les démonstrations d'outils.

ZOOM

Qu'est-ce qu'un Groupement d'intérêt économique et écologique

Prévu dans la future loi d'avenir d'agriculture, le GIEE (groupement d'intérêt écologique et économique) est un groupement d'exploitants agricoles et éventuellement d'autres partenaires. Ses membres s'engagent collectivement à mettre en oeuvre des modifications de leur système de production pour conforter ou améliorer leur performance économique et environnementale.
Une structure préexistante ou créée pour l'occasion peut être labellisée GIEE si le projet pluriannuel qu'elle propose correspond aux critères et orientations fixées, en cohérence avec le plan régional d'agriculture durable. Aucun cadre n'est imposé pour la forme et le statut juridique car les regroupements entre agriculteurs sont encouragés sous toutes leurs formes.
La performance économique peut par exemple passer par une diminution des charges de l'exploitation au travers de la diminution de la consommation ou de la mutualisation des achats (matières premières, matériels, intrants...). Les projets pourront aussi permettre de valoriser la production par une meilleure organisation des circuits de commercialisation ou une meilleure reconnaissance commerciale des pratiques environnementales conduites (label, certification...).
Les GIEE bénéficient de l'attribution préférentielle de certaines aides notamment de la PAC. Ces nouveaux groupements bénéficieront d'un cadre législatif volontairement souple.

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