L'Action Agricole Picarde 12 octobre 2017 à 08h00 | Par Alix Penichou

Un magasin de produits locaux ouvrira ses portes à Glisy en 2019

Dix producteurs s’associent pour créer un magasin de produits locaux en vente directe. Le premier du genre dans la Somme.

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Les dix éleveurs aimeraient créer un magasin dans le style de «Talents de Ferme», à Wambrechies (59), qu’ils ont visité début 2017.
Les dix éleveurs aimeraient créer un magasin dans le style de «Talents de Ferme», à Wambrechies (59), qu’ils ont visité début 2017. - © CA de la Somme


Des œufs, du fromage, des yaourts, de la viande de bœuf, de lapin, de poulet ou d’agneaux, des légumes de saison… Le tout cultivé ou élevé dans la Somme. En 2019, il sera possible d’acheter tous ces produits au même endroit, dans un local de 300 m2, à Glisy. Ce magasin de produits locaux est en fait l’histoire de dix agriculteurs samariens qui ont eu l’envie de s’associer pour valoriser différemment le fruit de leur travail.

«La CCI et Amiens métropole réfléchissaient à mettre en place ce nouveau moyen de vente près d’Amiens, parce qu’il n’y en n’a pas dans le secteur, alors que ce genre de projets se multiplie dans le Nord - Pas-de-Calais. J’ai été emballé et j’ai rejoint le groupe», explique Rémi Degrendel, maraîcher à Cappy. Les agriculteurs ne se connaissaient pas tous il y a quelques mois. «C’est le bouche-à-oreille qui nous a rassemblé.»
Aujourd’hui en association (la forme juridique devrait ensuite évoluer en société commerciale), ils forment un groupe «très soudé, car notre entente est primordiale si nous voulons réussir». Les 1 200 000 euros de budget total sont divisés en dix parts égales. Rémi Degrendel précise : «Il était important que chacun soit au même niveau. On assurera d’ailleurs tous des permanences dans le magasin, à tour de rôle, car pour nous, le contact avec le client est primordial. Nous voulons pouvoir expliquer d’où viennent nos produits et quelle est notre philosophie.»

Un challenge pour chacun
«On veux donner du sens à notre métier et arrêter de travailler pour la gloire, assure Grégoire Leleu, producteur laitier à Saint-Fuscien, l’un des membres du groupe. Et puis contribuer à créer de l’emploi est valorisant, car au moins deux salariés seront embauchés au magasin.» Lui s’est installé dans la ferme familiale avec son frère, Thomas, il y a deux ans. Ils vont tout juste commencer la transformation du lait, grâce à leur nouveau bâtiment de 2 000 m2, dont 260 m2 de laboratoire. Dès la semaine prochaine, des yaourts, fromages blancs et fromages frais devraient en sortir. Puis, un nouveau produit sera créé tous les six mois. La vente, elle, devrait démarrer au printemps. «Nous avions déjà le projet de vente directe à la ferme. Ce magasin, c’est un challenge supplémentaire.»
Un challenge aussi pour Bénédicte de Caffarelli, productrice d’œufs de 30 000 poules plein air, hébergées dans des poulaillers en volière «pour leur bien-être», et de pommes de terre à Chaussoy-Epagny. «On s’aperçoit que le consommateur veut de la transparence et un contact plus proche du producteur. Montrer notre savoir-faire est dans notre intérêt», assure-t-elle. L’agricultrice vend déjà 20 % de ses œufs en direct, via le site www.somme-produitslocaux.fr et dans les boulangeries ou épiceries de son secteur. «Pour les pommes de terre, en revanche, c’est un développement.»

Forte demande des consommateurs
Alexandre Loye, qui vend sa viande d’Aubrac en direct, à Quend, sur la côte, y voit également un moyen de se développer. «S’investir dans ce projet était la suite logique de mon activité, confie-t-il. J’ai arrêté les laitières pour les vaches allaitantes il y a trois ans, par soucis de santé et parce que la conjoncture économique n’était pas encourageante. Lorsque j’ai commencé à vendre chez moi, il y a deux ans, je ne pensais pas que la demande serait aussi forte.»
Un constat encourageant, d’autant que les structures similaires que les dix associés ont pu visiter dans le Nord prouvent que ce genre de démarche fonctionne. Tous se disent ultra-motivés, et confiants, car leur projet est mûrement réfléchi. La porte est toujours ouverte à d’autres producteurs qui souhaiteraient s’engager à leurs côtés. «Cela permettrait de compléter notre gamme. Nous n’avons pas de fromage de chèvre, par exemple», précise Rémi Degrendel. Reste encore à trouver un nom accrocheur à la boutique. Le permis de construire, lui, devrait être déposé en octobre et l’ouverture est programmée en milieu d’année 2019. Seule une incertitude demeure : «Les clients viendront-ils chez nous ? On veut tous y croire !»
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«Nous devons adapter la production»

En faisant le pari de ce magasin de produits locaux, les dix agriculteurs s’engagent à alimenter les rayons chaque semaine, douze mois de l’année. Pour Alexandre Loye, qui commercialise sa viande de bœuf en direct, cela signifie augmenter le cheptel de ses quarante mères allaitantes actuelles : «Vingt vaches ont été tuées depuis le début de l’année environ. D’après les estimations, les besoins du magasin représentent 100 % de ce que je suis capable de fournir actuellement. L’idéal serait que je double mon activité.» Pour se diversifier, Alexandre s’est récemment lancé dans la production porcine sur paille, avec cinquante places pour des cochons issus de croisements, qu’il achète à un voisin naisseur.
A Saint-Fuscien, chez les frères Leleu, le troupeau a aussi augmenté. Il a même doublé il y a deux ans, lors de leur reprise de l’exploitation familiale, passant de quarante à quatre-vingt-cinq laitières. Location de prairies supplémentaires, construction d’un nouveau bâtiment de 2 000 m2 pour les vaches, mais aussi pour le bureau, la nouvelle laiterie et le laboratoire de transformation… Un projet à plus d’un million d’euros qu’il va falloir amortir. «Pour pouvoir assurer notre vente personnelle et celle du magasin, on est conscient qu’il va falloir beaucoup produire. Nous venons d’embaucher un apprenti à la ferme, et nous allons embaucher une personne prochainement au laboratoire. A moyen terme, dans six ou sept ans, ont pourrait être dix personnes à travailler ici.»

Des légumes de saison
Bénédicte Caffarelli, à Chaussoy-Epagny, ne compte pas augmenter sa production d’œufs. «Ce ne serait pas possible, assure-t-elle. Donc ce magasin signifie que nous allons diminuer la vente aux industriels pour compenser. C’est de toute façon dans notre intérêt.»
Seul Rémi Degrendel, maraîcher à Cappy, sait qu’il ne pourra pas fournir autant de fruits et légumes l’hiver que l’été. Saisons obligent. «Mais les consommateurs savent qu’en entrant dans ce type de magasin, ils ne trouveront pas de tomates toute l’année.» C’est aussi l’intérêt d’un tel commerce : retrouver un rythme alimentaire en cohérence avec la nature.

Les chiffres clés

10
Pour l’instant, dix producteurs de la Somme se sont engagés dans le projet (légumes, fromages, produits laitiers, lapins, agneaux, bœuf, porc, volailles, œufs et épicerie bio). D’autres pourraient rejoindre le groupe pour compléter la gamme.
1 200 000
C’est, en euros, le coût total de ce projet, qui comprend l’achat du terrain, à Glisy, et la construction du magasin. Cette somme est divisée en dix parts égales, pour chacun des associés.
300
Le magasin aura une superficie de 300 m2. Au moins deux employés seront embauchés pour le faire tourner, et les producteurs assureront des permanences à tour de rôle.
1
Ce magasin est le premier du genre dans la Somme. Ce système de vente est pourtant très développé chez nos voisins nordistes, avec plus d’une dizaine de boutiques dans le Nord.

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