L'Action Agricole Picarde 06 avril 2018 à 06h00 | Par Florence Guilhem

Agri'Ecoute : le dispositif de la MSA se renforce

Véronique Maeght-Lenormand, médecin du travail, conseiller technique national de la Caisse centrale de la MSA, et pilote du plan national de prévention du suicide, explique Agri’Ecoute 2018.

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«Que ce soit chez les exploitants ou les salariés agricoles, les soucis financiers et de trésorerie sont les plus nombreux. Suivent l’isolement géographique, l’absence de vie sociale, 
les difficultés familiales.»
«Que ce soit chez les exploitants ou les salariés agricoles, les soucis financiers et de trésorerie sont les plus nombreux. Suivent l’isolement géographique, l’absence de vie sociale, les difficultés familiales.» - © CCMSA

Avant de parler des nouveautés mises en place, cette année, dans le cadre du dispositif Agri’Ecoute, pouvez-nous dire quelle est sa genèse ?

En 2011, la prévention du suicide a été déclarée «grande cause nationale». A ce titre, le ministère de l’Agriculture a confié à la Caisse centrale de la MSA la mission de mettre en œuvre un plan national d’actions contre le suicide en milieu agricole. Dans ce plan, il y avait trois axes, dont celui de la mise en place de dispositifs d’écoute pour les agriculteurs en détresse. C’est ainsi qu’est né Agri’Ecoute en octobre 2014, soit trois ans plus tard afin d’organiser le dispositif avec les associations d’écoutants, (Amitié et SOS suicide Phœnix).

Un numéro d’appel (09 69 39 29 19), accessible 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, a été ouvert pour que tout adhérent de la MSA puisse dialoguer anonymement, à tout moment, week-end et nuit compris, avec des écoutants. Il s’agissait d’une écoute empathique, sous couvert d’anonymat et de confidentialité. Les écoutants ne posaient donc aucune question. Très vite, ce service est monté en puissance, car on est passé de 794 appels en 2015 à 1 454 en 2016, puis à 1 436 en 2017 (chiffres du premier trimestre 2017 indisponibles en raison d’un problème occasionné par un changement de routeur, ndlr).

On s’est rendu compte qu’au bout d’un an, avoir juste des bilans chiffrés et la durée des appels était un peu court. Aucune action en faveur des agriculteurs en détresse n’était envisageable. Il nous fallait donc aller plus loin, d’autant que, depuis deux ans, le monde agricole connaît des crises sanitaires et climatiques. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de renforcer le dispositif en mars dernier, que nous accompagnons d’une campagne de communication nationale jusqu’au 30 avril.

Qu’est-ce qui change dans le dispositif ?

Notre volonté est de renforcer l’écoute avec un suivi plus individualisé et une mise en relation avec les cellules de prévention de la MSA. Ce ne sont plus les associations qui recevront les appels (fin de la convention avec elle en juin 2018), mais des psychologues cliniciens diplômés, spécifiquement formés à la gestion du mal-être et des situations de crise suicidaire.

Le mode d’écoute sera bien plus actif, puisque la possibilité sera offerte à l’appelant de rappeler la même personne pour un suivi individualisé, jusqu’à quatre appels par an. Les appelants conserveront leur anonymat. Une fois cela dit, si le psychologue juge que la personne a besoin d’être plus suivie par la MSA, il lui proposera de lever l’anonymat et d’alerter les référents des trente-cinq cellules de prévention de la MSA. Ce sont alors nos travailleurs sociaux, nos médecins du travail ou nos médecins conseil qui prendront le relais.

Dans le cas où l’assuré ne souhaite pas dévoiler son identité, le psychologue clinicien lui proposera alors de le mettre en contact avec un psychologue appartenant au réseau constitué sur tout le territoire, qui regroupe 220 d’entre eux. Enfin, en cas d’extrême urgence représenté par un risque suicidaire imminent, le psychologue clinicien d’Agri’Ecoute alertera le Samu ou les pompiers.

Quelle est l’enveloppe financière dédiée pour Agri’Ecoute ?

Elle est assez conséquente, mais je ne vais pas vous le dire.

Quel est le profil des appelants depuis que le dispositif existe ?

Selon les bilans tirés par les cellules de prévention de la MSA, ce sont essentiellement des hommes, plutôt des exploitants agricoles, entre 45 et 55 ans. Les filières les plus touchées concernent l’élevage bovin, mais pas seulement. Quant aux régions étant le plus à risque, quatre se détachent : les Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne et Franche-Comté.

Quels sont les facteurs de stress récurrents ?

Que ce soit chez les exploitants ou les salariés agricoles, les soucis financiers et de trésorerie sont les plus nombreux. Suivent l’isolement géographique, l’absence de vie sociale, les difficultés familiales (rupture ou deuil). Sans compter l’impact des crises agricoles qui se sont succédé, qu’elles soient économiques, climatiques ou sanitaires. Force est de constater qu’il y a une vraie détresse au sein du monde agricole français, comme en témoigne d’ailleurs l’augmentation des appels reçus par Agri’Ecoute. Ce mal-être, aux accents de solitude, déprime, burn out ou idées suicidaires, est devenu une réalité sociale préoccupante. Il faut à tout prix rompre l’isolement dans lequel est le monde agricole.

Quels sont les signes avant-coureurs manifestant cet état de mal-être, qui peuvent alerter l’entourage proche de l’agriculteur ?

Le premier d’entre eux est le changement d’attitude, qui se traduit souvent par un repli sur soi, des changements d’humeur et de comportement, un isolement prononcé, des idées noires inhabituelles, une consommation excessive d’alcool, de drogues ou de médicaments, un perte de goût pour les centres d’intérêt habituels ou encore une fatigue importante, de l’insomnie répétée et une perte d’appétit.

Cela peut-être aussi des petites phrases anodines telles que «Tout ce que je fais, ça sert à rien», «Je vais pas y arriver», «Je n’en peux plus», «Je suis inutile», «Je suis une charge pour vous», «Je suis fatigué», «Ce serait beaucoup mieux pour tout le monde si je n’étais plus là», «Bientôt, je n’embêterai plus personne»… Autant de phrases, dont certaines semblent anodines, mais qui sont pourtant des signes avant-coureurs d’un mal-être profond.

Quels sont les objectifs de la campagne nationale de communication que vous avez lancée ?

Outre le fait de faire connaître le renforcement du dispositif aux assurés de la MSA, nous souhaitons aussi informer l’entourage proche des adhérents potentiellement concernés, qui est en contact direct et régulier avec eux, mais aussi leurs partenaires traditionnels. Chacun a son niveau doit se sentir impliqué et convaincre ou inciter l’exploitant ou le salarié agricole en proie à des difficultés à contacter Agri’Ecoute.

Un seul numéro à contacter, toujours le même, soit 09 69 39 29 19


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