L'Action Agricole Picarde 07 septembre 2020 à 06h00 | Par Alix Penichou

Venir à bout du laiteron, ennemi des systèmes légumiers bio

Le laiteron est un réel problème pour les cultures de légumes bio. Est-il possible de s’en débarrasser mécaniquement ? Le projet VivLéBio creuse le sujet. Des essais étaient présentés le 26 août à Heudicourt.

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Le Power 6 200 du constructeur Finlandais Kvick-Finn, encore peu connu chez nous, est prometteur pour la gestion du laiteron : l’adventice est scalpée et déposée au-dessus de la terre.
Le Power 6 200 du constructeur Finlandais Kvick-Finn, encore peu connu chez nous, est prometteur pour la gestion du laiteron : l’adventice est scalpée et déposée au-dessus de la terre. - © A. P.



Dans cette parcelle d’Heudicourt, en Haute Somme, un blé de carottes a été récolté il y a quelques semaines. Le phénomène qui fait hérisser le poil de son exploitant, Olivier Halluin, producteur de légumes de plein champ bio, saute aux yeux : la colonisation du laiteron des champs. «Cette adventice vivace est peu connue chez nous, même si elle peut poser problème en agriculture conventionnelle, dans des parcelles de betteraves et de pommes de terre. Mais elle devient très gênante en culture de légumes de plein champ bio», présente Claire Cros, ingénieure chez Agro-transfert ressources et territoires, en charge du projet VivLéBio (cf. encadré). L’objectif de ce dernier : aider les agriculteurs bio à élaborer et mettre en place des stratégies de gestion du laiteron.
La problématique est complexe : la vivace peut se régénérer à partir de tous petits bouts de rhizomes, «ce qui veut dire que les outils de préparation du sol animés, comme la fraise, utilisés pour les cultures légumières, multiplient fortement le laiteron et disséminent les repousses», note Alain Lecat, conseiller en agriculture bio à la Chambre d’agriculture de la Somme, partenaire du projet. «Nous savons aussi que la plante est sensible à la concurrence des autres cultures et à la destruction de ses parties aériennes en mai-juin, juste avant la floraison», complète Claire Cros.

Une méthode globale
La méthode à envisager doit donc être globale. «Plusieurs leviers doivent être actionnés.» Premier levier : «la gestion grâce à la rotation avec une culture concurrentielle, comme la luzerne». Un couvert, qui privera le laiteron de la lumière dont il a besoin pour s’épanouir, sera aussi d’une grande aide. Puis, deux stratégies de destruction peuvent être envisagées. La stratégie d’extraction consiste à sortir les rhizomes du sol, puis à les exporter ou les laisser sécher. Mais celle-ci est délicate pour le laiteron, puisque ses racines se fragmentent facilement et sont difficiles à extraire du sol. La stratégie d’épuisement, soit d’épuiser progressivement les réserves racinaires par destructions répétées des parties aériennes, sera donc privilégiée.                                                                                                                                     Des essais menés au Québec ont permis de démontrer qu’une destruction répétée de la partie aérienne au stade 4 feuilles épuise les réserves du laiteron. Seulement, en mai ou juin, il n’est pas possible d’intervenir, puisque bien souvent la culture est toujours en place. «Nous menons donc des essais pour savoir si cette stratégie peut fonctionner l’été, alors que la plante entre en dormance.» Ce 26 août, plusieurs outils étaient testés : Smaragt (Lemken), Demeter (Actisol), décompacteur LSM, Déchaumeur scalpeur de précision TG (Treffler), Chisel Magnum (Morris), Dynadrive (Bomford) et le Kvick-Finn Power 6 200. Les premières observations ont permis d’écarter les outils qui travaillent verticalement le sol, comme le Demeter, pour cette stratégie. «Nous cherchons vraiment l’effet coupant du scalpeur», précise Alain Lecat.

Bluffant Power 6 200 de Kvick-Finn
Le Power 6 200 du constructeur Finlandais Kvick-Finn, encore peu connu chez nous, s’est avéré assez bluffant. Cet outil est spécialement conçu pour le contrôle des adventices et des couverts végétaux. C’est une solution munie d’un outil à dents à l’avant et d’un rotor à entrainement par prise de force à l’arrière. «Le rotor projette la matière en l’air : la terre retombe avant les plantes scalpées donc, on évite les risques de repiquage, explique le représentant de la marque. Les mauvaises herbes sèchent rapidement en surface.» L’outil est muni de quatre roues de jauge pour le contrôle de la profondeur de travail. «En plus de couper le pivot de la végétation, le large choix de socs permet d’extirper du souchet, d’effectuer un déchaumage, un faux semis, de faire un travail du sol profond et de réaliser des semis en agriculture de conservation en ajoutant une trémie pneumatique.»
Le résultat est assez net pour le laiteron : il est scalpé et déposé en surface. Ne reste plus qu’à réitérer l’opération et observer les résultats après plusieurs destructions.

VivLéBio : produire des références techniques

Des références techniques en agriculture biologique ? «On en manque encore», assure Alain Lecat, conseiller en agriculture bio à la chambre d’agriculture. Le projet Agri-Bio (2013-2017) a permis d’acquérir des références sur la gestion des adventices vivaces et de l’azote dans les systèmes de grande culture biologiques régionaux. Et les acteurs impliqués dans ce projet ont souhaité poursuivre les travaux pour répondre aux besoins de la région avec VivLéBio 1 (2017-2019) et VivLéBio 2 (2020-2024).
Les finalités de ce dernier : «produire des références, des outils et des démarches de conseil, adaptés au contexte régional et partagés entre les acteurs de l’agriculture bio, pour construire et développer des systèmes légumiers biologiques et durables, notamment sur la maîtrise du laiteron, des bioagresseurs telluriques et de la fertilité du sol», est-il expliqué sur le site internet dédié. Les objectifs sont multiples : aider les agriculteurs à élaborer des stratégies de gestion du laiteron, frein majeur au développement des systèmes biologiques avec légumes de plein champ, à piloter la fertilité des sols et maîtriser les bio-agresseurs telluriques, à construire et à piloter des systèmes de production biologiques et durables adaptés à leur contexte et à leurs objectifs.
Plus d’information sur www.agro-transfert-rt.org/projets/vivlebio/





Le laiteron se reproduit souvent par l’émergence de nouvelles pousses issues de racines.
Le laiteron se reproduit souvent par l’émergence de nouvelles pousses issues de racines. - © A. P.

Laiteron, qui es-tu ?

Doté de feuilles découpées légèrement dentées et de fleurs jaunes aux extrémités de tiges pouvant atteindre 1,5 m de haut, le laiteron des champs est une adventice vivace : il se reproduit par les graines, mais surtout par l’émergence de nouvelles pousses issues de racines. «La plupart du temps, il forme des taches dans les champs, mais on peut aussi le retrouver dispersé un peu partout dans la parcelle», précise Claire Cros, d’Agro-transfert ressources et territoires. On peut parfois le confondre avec un chardon, mais le liquide laiteux qui s’écoule de la tige cassée évite la confusion. Le laiteron a une préférence pour les sols légers, les pH neutres à légèrement basique et bien pourvus en potassium. Dans les céréales, il se développe surtout dans les trous de végétation.

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