L'Action Agricole Picarde 11 mai 2018 à 06h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Vergers éco-responsables : un agriculteur isarien engagé dans la démarche

Les Vergers de Sennevières, à Chèvreville, dans le Valois, sont agréés «Vergers écoresponsables» depuis deux ans. Une démarche qui s’inscrit dans l’histoire familiale et colle avec son époque.

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Alexandre Prot pratique la confusion sexuelle dans ses vergers. Pour ce faire, des bâtonnets biodégradables imbibés de phéromones sont déposés grâce à une perche sur les branches hautes des pommiers, tous les sept arbres.
Alexandre Prot pratique la confusion sexuelle dans ses vergers. Pour ce faire, des bâtonnets biodégradables imbibés de phéromones sont déposés grâce à une perche sur les branches hautes des pommiers, tous les sept arbres. - © D. L.-C.


Alexandre Prot est installé depuis trois ans seulement, mais c’est avec le sourire et la passion de son métier qu’il fait visiter son verger dont la conduite fait la part belle à l’observation et à l’utilisation de méthodes biologiques.

La démarche «Vergers écoresponsables» s’appuie sur les bases de l’agriculture raisonnée et vise à n’utiliser les produits phytosanitaires qu’en dernier recours, quand tout a déjà été mis en œuvre pour éviter d’y avoir recours.
«Mon père pratiquait déjà la PFI, production fruitière intégrée, et dès mon installation, j’ai souhaité obtenir le label “Vergers écoresponsables“, car il permet d’être accompagné dans une communication auprès des consommateurs. J’ai adhéré à l’association Pommes poires et, au bout d’un an, j’ai été agréé, car je respectais le cahier des charges», explique le jeune pomiculteur.

Le gîte et le couvert
Tout est donc fait pour accueillir les prédateurs des insectes ou mammifères qui s’en prennent aux pommiers, et les abeilles dont le rôle dans la pollinisation des plantations est essentiel.
Le gîte est donc fourni : des niches à mésanges (un couple avec petits mangent 200 g d’insectes par jour), un abri pour les chouettes (au bout d’un an, des chevêches se sont installées, et elles consomment des insectes nocturnes et des petits rongeurs), un tas de bois sert de refuge aux hérissons et un hôtel à insectes accueille, pour plus d’une nuitée, des abeilles sauvages qui assureront une partie de la pollinisation ou des insectes prédateurs de l’araignée rouge, fléau des vergers.
Des perchoirs à rapaces surplombent les pommiers, car les buses variables mangent des mulots qui, eux, s’attaquent volontiers aux jeunes plants et sont capables de détruire un rang pendant l’hiver. «Le pire, c’est qu’on ne s’en rend compte qu’au printemps, à la reprise de végétation», déplore Alexandre Prot.
Des ruches ont été installées à proximité des parcelles, dont la production est vendue dans le magasin installé sur l’exploitation. Des apiculteurs voisins viennent également déposer leurs ruches. «La période de floraison est essentielle : tout se joue pendant ces deux semaines. On redoute le gel, trop de pluie, et il faut surtout que les abeilles trouvent les conditions idéales à leur mission de pollinisation.» Des jachères mellifères sont ainsi implantées sur l’exploitation. «C’est beau, et cela nourrit les abeilles
Enfin, pour lutter contre le carpocapse, papillon dont la larve creuse et dévore les pommes à cœur, une stratégie de confusion sexuelle est développée. Des bâtonnets biodégradables imbibés de phéromones sont déposés grâce à une perche sur les branches hautes des pommiers tous les sept arbres. Ces hormones femelles perturbent les mâles qui ne les trouvent pas dans le verger ainsi parfumé (imperceptible pour un nez humain !). Une technique redoutable, utilisée avec succès par plus de 85 % des vergers écoresponsables.

Objectif : limiter les interventions
Autre menace sur la production : la tavelure, contre laquelle seule la chimie est efficace. En revanche, pour limiter les foyers, les feuilles mortes des pommiers sont ramassées et détruites à l’automne, car elles constituent un réservoir de spores. Enfin, pour surveiller si le champignon dispose des conditions idéales à son développement (chaleur et humidité), une station météorologique Comsag a été installée. Depuis son smartphone, Alexandre Prot surveille ainsi les données météo, et peut apprécier les risques. Il a même programmé des alertes à 0°C, qui déclenchent l’irrigation pour lutter contre le gel (la fleur est ainsi préservée dans un igloo de glace à zéro degré) ou invitent à allumer les bougies dispersées dans le verger pour remonter la température de deux degrés.
«Le système d’irrigation sert peu à arroser les vergers, car nous avons la chance d’avoir des sols profonds où les pommiers peuvent puiser l’eau jusqu’à dix mètres, reconnaît Alexandre Prot. Outre la lutte contre le gel, l’été, l’irrigation sert parfois à entretenir une atmosphère plus humide lors des fortes chaleurs et évite ainsi aux fruits un coup de chaud.»
Enfin, l’inter-rang enherbé n’est broyé que deux fois par an, lors de la taille et la cueillette, pour le confort des salariés, trente permanents et des saisonniers. Sinon, il accueille une biodiversité, en faune et flore bénéfiques.
«Avec des années qui ne se ressemblent pas, c’est une activité passionnante : optimiser les ressources de la nature pour produire des fruits de qualité», se réjouit Alexandre Prot.
A déguster ses pommes, on ne peut qu’approuver.

Les pommes à Sennevières : une histoire ancienne

La famille Prot est installée dans cette exploitation de grandes cultures à Chèvreville depuis 1880. On y trouve les traditionnelles productions de la région : blé, betteraves sucrières...
C’est le grand-père d’Alexandre Prot qui a commencé à planter des vergers, juste après la guerre. Une petite révolution dans ce secteur où les conditions pédoclimatiques sont excellentes. Mais, avec le bassin de consommation de la région parisienne à moins de 60 km, la proximité d’axes routiers importants, et des Français qui avaient souffert de restrictions alimentaires pendant la guerre, ce pari était intelligent.
Depuis, la surface en vergers n’a cessé d’augmenter, pour atteindre soixantes hectares aujourd’hui. Tous les deux ans, de nouvelles plantations viennent remplacer les arbres les plus vieux, autour de vingt à trente ans.
En projet, quatre hectares de poiriers Conférence, qui seront menés en conduite biologique et, pourquoi pas, un passage partiel du verger en bio. Dans tous les cas, la part belle sera réservée aux variétés locales, Canada grise et Boskoop, qui reviennent en force sur les étals. Ici, pas de Pink Lady, car les conditions sont trop favorables à la pousse, et les fruits obtenus seraient d’un trop gros calibre pour être commercialisés !

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