L'Action Agricole Picarde 04 août 2016 à 08h00 | Par Florence Guilhem

Vincent Liénart : la cueillette pour tous

Dans le cadre des Jeudis de la Somme, organisés par la Chambre d’agriculture, Vincent Liénart propose une visite guidée sur la culture des fruits et légumes, à Saint-Gratien.

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- © AAP

C’est un paradis pour les petits et les grands. Chacun peut vaquer sur les 16 ha de la «Cueillette de Saint-Gratien» pour ramasser fruits, légumes et fleurs, selon ses envies. Brouettes, pelles, fourches et sécateurs sont à disposition. Vincent, lui, veille au grain, attentif à tous, saluant les uns, donnant des conseils aux autres, tout en suivant le travail de ses salariés. L’activité est chronophage, mais valorisante du fait du retour immédiat des clients et des prix assurés si les récoltes sont bonnes.
Issu d’une famille d’agriculteurs du Nord, venue s’installer dans les années 1960 dans la Somme, Vincent a toujours baigné dans cet univers. «Les vacances de Pâques étaient rythmées par les plantations des pommes de terre, l’été par les moissons, puis septembre et octobre par la récolte des pommes de terre. J’aimais surtout la moisson, l’été, de nuit, avec les phares des tracteurs éclairant les champs. Pour un gamin, c’est super, comme jouer sur les tas de blés, en y marchant pieds nus avec ses cousins», raconte-t-il.
Rien de plus naturel, donc, que de s’installer à son compte. Mais le destin va en décider autrement, suite à l’installation de son frère. Impossible de vivre à deux sur l’exploitation. Du coup, après le lycée agricole, Vincent s’oriente vers un IUT de génie civil et une école de vente industrielle. Le voilà donc commercial d’éléments de construction de bâtiments industriels. Si son goût pour la construction est réel, il ne s’imagine pas pour autant s’installer à son compte dans ce milieu. Aussi quand son père lui propose de revenir à la ferme en 1999, il n’hésite pas un instant.

Diversifier l’activité
Si la majeure partie des 165 ha de l’exploitation est dédiée aux grandes cultures, il décide de consacrer quelques hectares au maraîchage, ainsi qu’à des vergers pour la production de cidre. «Je me suis toujours intéressé au maraîchage. D’ailleurs, mon projet d’étude portait sur cette activité, quand j’ai repris une formation agricole. Vendre directement du producteur au consommateur est séduisant. Enfin, c’est un outil que j’ai construit moi-même. C’est plus valorisant que de se contenter de reprendre la ferme de ses parents», dit-il.
Il se lance donc sur un ha de fraisiers, reprenant l’activité que ses parents avaient abandonné un an auparavant. L’idée est de ne pas perdre la clientèle existante depuis des années. Il consacre ensuite
1,5 ha à la culture d’asperges vertes, puis 1,5 ha à la culture de pommiers. Tout de suite, il met en place le principe de la cueillette. «De toute façon, reconnaît-il, je n’ai aucun goût pour les marchés. Puis, la cueillette permet d’être en contact avec les gens. On offre des produits et des activités ludiques pour les enfants. Enfin, ce qui est sympa aussi, c’est que l’on n’a pas la sensation de gaspillage ici, car tout ce qui n’est pas cueilli est rendu à la terre.» L’activité ne prend pas alors trop de temps, ce qui lui permet, en parallèle, de faire des stages pour se former aux grandes cultures. Mais l’activité qui lui plaît le plus reste le maraîchage.
S’il pense monter en puissance dans cette activité, il hésite encore en raison de la charge de travail que cela représente. Le déclic va venir de son producteur de plants de fraisiers, qui lui apprend qu’un agriculteur du coin va intégrer le réseau Cueillette chapeau de paille. Le projet capotant au final, Vincent décide de présenter sa candidature. Les critères sont contraignants : l’agriculteur doit, au terme de trois années, proposer 10 ha minimum de cueillette, et ouvrir son site sept jours sur sept durant au moins six mois de l’année. De même, il doit offrir à sa clientèle une trentaine de variétés, fleurs, légumes et fruits tous confondus. Finalement, Vincent décide de franchir le cap en 2012. Il intègre le réseau.

Une activité quasiment à plein temps
Sur ses 16 ha de maraîchage cultivés aujourd’hui, Vincent propose une trentaine de variétés entre les fleurs, les fruits et les légumes, qui peuvent être cueillis du 15 avril au 15 novembre. Entre la boutique et le travail de la terre, il emploie  en «haute» saison jusqu’à huit salariés. Si l’activité lui prend 80 % de son temps, et qu’il faut être au top tant sur le plan agronomique que sur la vente, «le plus enthousiasmant, c’est le contact. Il y a des gens qui viennent depuis le début de mon activité de maraîchage. Ils ont vu mes trois enfants grandir. On se connaît. La récompense absolue, c’est lorsqu’ils vous disent que vos produits sont bons. L’autre récompense est lorsqu’on a fait une belle production», dit-il.
S’il ne fait pas du bio, il essaie de travailler le «plus proprement possible». Toutes les plantations se font sur paillage biodégradable, ce qui permet d’éviter le désherbage avec des produits phytosanitaires. Pour les protéger du mildiou, certaines cultures, telles que les tomates, sont sous serres. Contre les pucerons et les acariens, il pratique la protection biologique intégrée. Quant aux pommiers, il fait de la confusion sexuelle pour réduire autant que faire se peut les traitements.
«L’inconvénient, avoue-t-il, c’est que les cultures ne sont pas toujours propres. Il y a pas mal de mauvaises herbes parfois, ce qui augmente les travaux manuels. Mais, tant pis, je continue.» La stratégie est payante, puisque, par semaine, le magasin comptabilise autour de 800 tickets de caisse, dont un bon quart réalisé le dimanche. Certes, l’investissement fait, soit 400 000 € depuis ses débuts, n’est pas encore tout à fait amorti, mais entre la joie des clients qui se prêtent au jeu de la cueillette et le soutien trouvé au sein du réseau, Vincent sait qu’il est sur la bonne voie.

L’exploitation

- 165 ha répartis entre Saint-Gratien et Naours, dont 147 ha dédiés aux grandes cultures (blé, colza, pomme de terre de consommation, fécule, betterave sucrière), 16 ha au maraîchage et 2 ha de vergers.

- Structures juridiques : Earl Vincent Liénart pour les 165 ha, dont 16 ha pour le maraîchage, et Sarl Cidrerie de la Garenne avec 20 ha de cultures, dont 2 ha de vergers.

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