L'Action Agricole Picarde 12 septembre 2019 à 10h00 | Par Caroline Prévost - Ludivine Campbell Samuel Decerf - François Magnier

ZNT : un sujet d’urbanisme, pas un problème agricole !

Ce week-end, la profession agricole a été mise au banc des accusés. Les citoyens savent ce qu’ils ne veulent pas, mais veulent-ils encore des agriculteurs ?

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Agriculteurs et élus locaux rassemblés pour un message unique : la profession agricole travaille bien ; la société et les politiques doivent l’entendre.
Agriculteurs et élus locaux rassemblés pour un message unique : la profession agricole travaille bien ; la société et les politiques doivent l’entendre. - © © FDSEA 80



Le lancement d’une consultation publique sur un arrêté de zones de non-traitement et les propos ministériels qui l’ont précédé ont fait mal : les arrêtés anti-phytos se multiplient, c’est même à présent un conseil départemental entier qui s’arroge une compétence ! Dans cet emballement, on tire à boulet rouge sur l’agriculture et les agriculteurs. «
Nous ne sommes pas des apprentis-chimistes. Nous sommes des professionnels formés à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques qui respectent à la lettre la règlementation en la matière. À défaut, des pénalités nous sont appliqués», ont expliqué Denis Bully, Marie-Françoise Lepers et Édouard Brunet aux journalistes présents à la conférence de presse organisée ce mercredi à Lamotte-Warfusée.
Car si le projet d’arrêté mis en consultation par le gouvernement ne fait plus référence au fait de prévenir les riverains 12 heures avant, ni à une distance de 150 m mais plutôt de 10, 5, voire 3, il ne passe pas ! «Le déferlement et la manipulation font que nous n’acceptons aucune distance ! Nous travaillons dans un cadre légal, et nous n’avons pas à reculer face à l’agitation des peurs organisée par certaines associations, ni face au calcul politique à six mois des élections municipales», ont-ils poursuivi.
Ce qui ne passe pas, c’est le double discours. D’un côté, on demande par la loi à la profession de travailler à des chartes ou des consensus locaux, et lorsqu’elle y parvient, on balaie tout d’un revers de main. Sans compter la synchronisation curieuse avec les ONG et associations qui annoncent aujourd’hui vouloir «inonder la consultation» pour remonter à au moins 150 m et réinstaurer un délai de prévenance de 24h !

Des exemples à montrer
Preuve que le sujet relève davantage de l’urbanisme que de l’agriculture, l’expérience de la commune de Lamotte-Warfusée. Le maire, Frédéric Dehurtevent, a présenté l’aménagement qu’il a imposé dans l’intérêt collectif lors de la création d’un lotissement. Concrètement, il a fait réaménager un tour de ville, avec une double haie, côté riverains et côté agriculteurs. La conséquence, c’est qu’aucun conflit ne naît de cette dernière extension de la commune sur périmètre agricole, et c’est même les riverains qui ont souhaité laisser la haie côté champ grandir un peu plus pour bénéficier de l’effet brise-vent. «J’essaie, sur la commune, de faire cohabiter en bonne intelligence tous les circuits : pour travailler les champs, organiser les enlèvements de betteraves ou de pommes de terre, pour les randonneurs, etc. On imagine les aménagements pour créer de la cohabitation facile, car on sait que tout est prétexte à conflit aujourd’hui.» L’exemple de Lamotte-Warfusée illustre aussi ce qu’est la conception de la cohabitation agriculture-habitations défendue par la FDSEA et Jeunes agriculteurs. «Dans le projet de charte qui a été travaillée avec la DDTM, l’association des maires et le Conseil départemental, nous avons poussé à la prise en compte par la collectivité de la rupture entre les zones construites et les zones cultivées», a poursuivi Denis Bully.  «C’est même dans le programme que nous avons porté pour la chambre d’agriculture cet hiver», commente Françoise Crété, présidente de la chambre d’agriculture, et cette rupture n’apporte pas de solution que pour les phytosanitaires : les épandages de matière organique, la rétention de l’eau et les écoulements de boues en tireront avantage également !», ajoute-t-elle.

La réplique qui va s’organiser
Au-delà de la question boycotter ou de participer à la consultation, avec des points de réponse transmis aux adhérents, Fdsea et JA envisagent d’autres mesures qui seront sur la table selon les attitudes de l’État : l’activité agricole est à la fois la réserve de foncier pour la construction, qu’elle soit résidentielle ou pour l’activité. Premier point de pression : la rétention du foncier et le blocage des processus d’urbanisme. Second point, le blocage des boues de stations d’épuration ou, à l’inverse, leur épandage exclusivement sur les fameuses bandes de proximité des riverains. «Nous sommes prêts à croiser le fer pour revenir à un débat dépassionné avec des mesures concrètes et applicables dans un cadre apaisé. C’est uniquement dans ces conditions que la Charte départementale de la Somme sera prochainement présentée à la signature», ont conclu les représentants.

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