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Céréales : attention aux ravageurs

Dans le cadre du projet multi-partenariales «réseaux de sites démonstrateurs- IAR», porté par Agrotransfert- RT, les Chambres d’agriculture Hauts-de-France ont mis en place un essai céréales immatures.




Cet essai a trois objectifs : évaluer la productivité de différentes espèces et variétés,  estimer la date de récolte optimale pour la production de biomasse, et suivre les arthropodes et les viroses à l’automne principalement. C’est ce troisième objectif qui sera abordé plus particulièrement.
Les céréales immatures s’implantent en début d’automne, lorsque les conditions climatiques sont favorables aux arthropodes, et que le stade de la culture est très sensible. Certains de ces insectes, qui piquent les jeunes plantules à l’automne pour se nourrir, peuvent transmettre des virus fortement préjudiciables aux cultures et à leurs qualités.
Auparavant, pour lutter principalement contre les pucerons et les cicadelles, nous disposions de l’imidaclopride utilisé en traitement de semences. Depuis septembre 2018, l’utilisation des traitements de semences avec des produits contenant de l’imidaclopride est interdite en France. La lutte repose alors sur des traitements en végétation ou sur la tolérance génétique de certaines variétés comme, par exemple, pour la maladie de la jaunisse nanissante de l’orge véhiculée par les pucerons. Cette tolérance monogénique repose sur le transfert d’un seul gène de résistance, cela signifie que cette tolérance peut être contournée.
Ces changements réglementaires posent différents questionnements. Quel est l’impact de cette précocité de semis sur l’attractivité des pucerons et des cicadelles ? L’absence de traitement de semence sur l’essai a-t-elle un impact sur la présence des arthropodes (surtout des ravageurs) ? Quel est le lien entre la présence des pucerons et de cicadelles avec la présence ou l’absence de maladie et, in fine, avec le rendement ?
En partenariat avec la Fredon Picardie, un suivi arthropode a été réalisé sur le site de Catenoy (Oise).

Suivi et résultats de l’identification des arthropodes
L’aspiration a été réalisée le 6 novembre 2018 par un aspirateur D-Vac. Le tri et les identifications de l’ensemble des arthropodes sont réalisés par le laboratoire de la Fredon Picardie. L’identification est effectuée à l’espèce pour les pucerons et les cicadelles.
Sur un total de 541 arthropodes capturés et identifiés, les insectes ravageurs représentent 75 % des captures, les auxiliaires 24 % et les inoffensifs 1 %. Les principaux groupes capturés sont les pucerons représentant 40 % des captures, les cicadelles représentant 26 % des captures et les hyménoptères parasitoïdes représentant 14 % des captures.
Parmi les 213 pucerons capturés, les principales espèces présentes sont Myzus persicae (puceron vert du pêcher 41 %), Rhopalosiphum padi (puceron du nerprun 16 %), Sitobion avenae (puceron des épis des céréales 11 %) et Acyrthosiphon pisum (grand puceron vert du pois 8 %). Parmi les 139 cicadelles capturées,
96 % appartiennent au genre Psammotettix (cicadelles vectrices de la maladie des pieds chétifs liée au virus WDV).

Résultats des identifications à l’espèce de pucerons
Concernant le virus BYDV (Barley Yellow Dwarf Virus), responsable de la maladie de la jaunisse nanissante de l’orge (JNO), le meilleur vecteur cité est l’espèce Rhopalosiphum padi avec un taux d’efficacité de transmission de 88 %. L’espèce Sitobion avenae est citée pour être vectrice avec un taux de transmission de 40 à 44 %.
L’espèce Myzus persicae est également citée comme étant vectrice avec un taux variable selon les souches de virus en présence (Ref : Harvey C. Smith : «Aphid species in relation to the transmission of barley yellow dwarf virus in Canada», 1963). La maladie de la JNO peut causer des baisser de rendement de l’ordre de 40 à 60 %.

Comparatif des modalités
Parmi les différentes modalités testées, les seigles comportent des effectifs de cicadelles faibles et des effectifs en pucerons faibles. Le triticale pur comporte des effectifs de pucerons assez faibles, mais des effectifs de cicadelles élevés.
L’escourgeon, le mélange triticale-pois, le mélange triticale-pois-vesce et le mélange seigle-pois-vesce, comportent des effectifs de cicadelles moyens et des effectifs en pucerons élevés.
Le mélange triticale-pois-vesce-avoine est celle qui comporte à la fois une densité importante en pucerons (comprenant les espèces vectrices) et en cicadelles.

Résultats des analyses virologiques
Parmi l’ensemble des modalités testées, on s’aperçoit que le virus de la jaunisse nanissante de l’orge (BYDV) est assez peu présent, contrairement à celui des pieds chétifs (WDV). Le virus de la JNO n’est présent que sur l’escourgeon et le mélange triticale-pois-vesce-avoine. Cette observation semble cohérente avec la sensibilité des cultures. En effet, l’orge et l’avoine sont plus sensibles au développement de ce virus que le blé, le triticale et le seigle.
Le virus de la maladie des pieds chétifs semble être directement corrélé avec la présence des insectes vecteurs. En effet, le virus est présent de façon importante sur les triticales et sur le mélange triticale-pois-vesce-avoine, qui sont les modalités sur lesquelles nous avons observé les plus fortes densités de cicadelles.
L’escourgeon, le mélange triticale-pois, le mélange triticale-pois-vesce, le mélange seigle-vesce comportent des densités de cicadelles moyennes, avec une contamination moyenne à élevé des plantes. Les trois variétés de seigles et le mélange de trois variétés blé ont une contamination faible à nulle en WDV en lien, avec une présence faible d’insectes vecteurs.
Le mélange triticale-pois à densité de triticale, plus faible, possède une contamination nulle au WDV alors que la pression en cicadelles reste moyenne. C’est la seule modalité où la contamination en virus n’est pas strictement corrélée avec la présence de cicadelles.

Conclusion
Suivant les observations réalisées sur cet essai dans un contexte favorable à la transmission des virus de l’automne 2018 (conditions chaudes et sèches), il est intéressant de constater l’intensité, la place de la contamination par la maladie des pieds chétifs, transmise par cicadelles proportionnellement par rapport à celle de la jaunisse nanissante de l’orge transmise par pucerons.
On peut supposer que dans le contexte des observations en parcelles, la présence de la maladie des pieds chétifs peut être sous-estimée. En effet, la symptomatologie des deux maladies est proche et se traduit par un jaunissement de la végétation et s’observe au même moment (en sortie d’hiver). D’autre part, les insectes vecteurs, que sont les cicadelles, sont plus difficilement observables du fait de leur capacité de déplacement de plante à plante de manière beaucoup plus réactive que celle des pucerons (en sautant et volant). L’observation de ces insectes doit se faire grâce à un outil adapté et efficace (plaque engluée ou, comme ici, aspirateur). En outre, l’efficacité des insecticides foliaires vis-à-vis des cicadelles n’est pas ou peu connu.
On peut s’apercevoir que les contaminations de la jaunisse sont davantage en lien avec la sensibilité des plantes hôtes vis-à-vis de la maladie que par rapport aux densités de captures des insectes vecteurs. A l’inverse, la contamination par la maladie des pieds chétifs est directement corrélée avec la présence des insectes vecteurs.
En conclusion, par rapport aux résultats de l’essai, les modalités les plus intéressantes et développant le moins les viroses des céréales sont les modalités de seigle des variétés Turbogreen, Su Performer et Su Nasri, la modalité des trois variétés de blé et la modalité du mélange seigle-pois-vesce.

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