Élevage
Hervé Delbarre, ambassadeur samarien du mouton Charollais
Installé à Frucourt, près d’Oisemont, Hervé Delbarre est le seul sélectionneur de moutons Charollais de la région. Plaine en fête est l’occasion de parler de la filière, du métier et de la race.
Installé à Frucourt, près d’Oisemont, Hervé Delbarre est le seul sélectionneur de moutons Charollais de la région. Plaine en fête est l’occasion de parler de la filière, du métier et de la race.
Hervé Delbarre est dans le mouton depuis l’âge de quatorze ans. «J’ai toujours aimé cette bête. Alors après l’école agricole, j’ai été berger. Puis j’ai créé mon propre troupeau, et je me suis spécialisé dans la sélection de Charollais», confie l’éleveur de Frucourt, près d’Oisemont. Lui a rarement loupé une édition de la Plaine en fête. «Représenter la filière dans un tel événement est important».
Cette année, il est heureux d’être accompagné d’autres éleveurs. «On aura pas loin de 80 bêtes, avec un concours d’agneaux le dimanche matin, et des races en présentation : Charollais, Rouge de l’ouest, Ile de France, Suffolk, Boulonnais, Charmoise, Bizet, Romane, Thônes et Marthod, Ouessant», ajoute Bruno Leclercq, technicien à l’AONP (Association ovine Nord Picardie), qui pilote ce pôle ovin.
Les Charollais que sélectionne Hervé ont tout leur intérêt pour les troupeaux locaux. «C’est un mouton fort en viande, très rond, et assez rustique. Pour les élevages, c’est un croisement judicieux, car il apporte de la forme, de la viande, notamment du gigot et de l’épaule, sans ramener de gras.» Bruno Leclercq ajoute : «Les agneaux standards, soit 55 à 60 % des effectifs, sont classés R.
Avec du Charollais, ils peuvent atteindre le classement U voire E. Ça permet d’aller chercher la qualité, qui est rémunératrice. Comptez 50 à 60 centimes de plus par kilo qu’un R.» Si Hervé a «toujours aimé avoir des moutons bien formés», il récolte le revers de la médaille. «Les brebis font 140 kg, contre 80 kg en moyenne dans d’autres races. Pour les manipulations, comme la tonte, c’est du sport», souffle-t-il.
Des voyages en Saône-et-Loire
La sélection l’oblige aussi à parcourir des kilomètres pour renouveler son troupeau. «J’achète un bélier chaque année». Début août, il était d’ailleurs à Charolles, en Saône-et-Loire (berceau de la race), à l’occasion du concours national de mouton Charollais. «Je suis revenu avec un bélier, que j’avais acheté sur papiers avant sa naissance.» La génétique est essentielle. Hervé regarde de près les notes de prolificité, valeur laitière… mais il est aussi très attentif à la conformation de la bête : «Une tête rouge et surtout pas jaune, de bons aplombs… Il faut dire que la descendance doit être exemplaire. Je vends 80 % des béliers et brebis pour la reproduction.» Ses animaux sont même exportés en Belgique et au Portugal. Une chance de les admirer à Plaine en fête.
L’élevage ovin, une opportunité de carrière
Pour l’AONP (Association ovine Nord Picardie), présenter la filière ovine lors de Plaine en fête est l’occasion de parler de la filière et des opportunités qu’elle présente. «Nous produisons 43 % de la demande de viande ovine en France. C’est dire s’il y a de la place pour les nouveaux élevages», assure Bruno Leclercq, son technicien. Comme dans les autres filières d’élevage, l’âge moyen des éleveurs est en recul. «Il nous faut attirer les jeunes.» La rémunération est l’un des arguments. «Même si le marché suit des tendances saisonnières, avec une très forte demande à Pâques, pendant l’Aïd, et à Noël, où les prix atteignent 12 €/kg de carcasse, il reste assez porteur toute l’année.» En ce moment, comptez 8,5 à 9 €/kg en moyenne. «En cette période estivale, la brebis de réforme transformée en merguez cartonne», ajoute-t-il. Les contraintes sanitaires sont cependant réelles. La FCO (fièvre catarrhale ovine) touche les troupeaux, avec des hausses de mortalité et des baisses de fertilité. Mais l’AONP veut mettre en avant les solutions qu’elle propose. «Nous disposons par exemple d’une douche mobile, pour traiter les moutons contre les myiases, ces mouches dont les œufs éclosent en larves, qui se nourrissent de la chair de l'animal.» En termes d’agronomie, réintroduire un élevage à la ferme est intéressant : apport de matière organique, valorisation des couverts…