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Journée de l’Europe : la FNSEA appelle Bruxelles à « cesser d’affaiblir son agriculture »

À l’occasion du 9 mai, le syndicat majoritaire agricole réaffirme son attachement au projet européen tout en dénonçant une politique communautaire jugée incohérente. Après les mobilisations massives des derniers mois, la FNSEA exige une Europe qui protège davantage ses producteurs face à la concurrence internationale et aux accords commerciaux comme le Mercosur.

fnsea et Journée de l'Europe
En janvier dernier, lors de la manifestation de la FNSEA à Strasbourg pour dire non à l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur.
© FNSEA

En cette Journée de l’Europe, la FNSEA veut faire entendre une voix à la fois pro-européenne et profondément critique. Pour le premier syndicat agricole français, l’Union européenne traverse un moment de vérité : soit elle assume pleinement sa souveraineté alimentaire, soit elle poursuit une trajectoire qui fragilise durablement son agriculture.

Dans un message posté sur les réseaux sociaux, Arnaud Rousseau, dans un contexte où la colère paysanne reste vive sur l’ensemble du continent. Depuis l’été 2024, des milliers d’agriculteurs se sont mobilisés à Bruxelles, Strasbourg, Paris et dans de nombreuses capitales européennes pour dénoncer l’accumulation des normes, la pression administrative et les contradictions des politiques commerciales européennes.

« En cette Journée de l’Europe, je veux d’abord avoir une pensée fraternelle pour tous les agriculteurs européens qui, ces derniers mois, se sont mobilisés partout sur le continent », affirme Arnaud Rousseau. « Les agriculteurs français, avec leurs collègues du COPA COGECA se sont levés pour défendre une même conviction : l’Europe doit cesser immédiatement d’affaiblir son agriculture. L’Europe doit cesser d’affaiblir sa propre souveraineté. »

Le souvenir encore brûlant des manifestations agricoles

Les images des cortèges de tracteurs encerclant les institutions européennes restent dans toutes les mémoires. Pendant plusieurs semaines, les agriculteurs européens ont dénoncé une politique qu’ils jugent déconnectée des réalités du terrain. En France, les manifestations avaient mis sous pression le gouvernement comme les autorités européennes, obligeant la Commission à revoir certaines dispositions environnementales et à desserrer temporairement plusieurs contraintes réglementaires.

Mais pour la FNSEA, ces concessions restent insuffisantes. Le syndicat estime que le malaise agricole est structurel et qu’il trouve son origine dans une vision technocratique de l’agriculture européenne.

« Au-delà de l’expression d’un malaise profond, ces mobilisations ont révélé la détermination des agriculteurs européens de remettre l’Europe sur la voie du bon sens : produire, protéger et assurer son indépendance dans un monde de plus en plus instable », insiste Arnaud Rousseau.

Dans le viseur du syndicat : la multiplication des normes environnementales, les objectifs de réduction de production jugés irréalistes et l’absence de protection face aux importations étrangères.

Mercosur, carbone, budget agricole : les griefs s’accumulent

Pour la FNSEA, plusieurs dossiers symbolisent aujourd’hui ce qu’elle considère comme les dérives de la politique européenne. « Les symboles de ces dérives ont des noms : le Mercosur, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, les premières orientations du budget agricole européen », prévient le président de la FNSEA.

Le premier reste l’accord commercial avec le Mercosur, régulièrement dénoncé par les syndicats agricoles français, et entré en application provisoire depuis le 1er mai. Ils y voient une concurrence déloyale permettant l’entrée sur le marché européen de produits ne respectant pas les mêmes exigences sanitaires, environnementales ou sociales que celles imposées aux agriculteurs européens.

Le syndicat critique également une forme d’incohérence stratégique au moment où les enjeux de souveraineté alimentaire reviennent au premier plan dans un contexte géopolitique tendu. Pour ses responsables, l’Europe impose à ses producteurs « les standards les plus exigeants au monde » tout en ouvrant largement son marché à des productions issues de pays aux règles moins strictes.

« Alors que le monde se reconfigure et que l’accès à l’alimentation est plus que jamais stratégique, il n’est pas acceptable qu’on impose aux agriculteurs européens les standards les plus exigeants au monde tout en négociant des accords qui permettent l’entrée sur notre marché de produits issus de modèles moins-disant », affirme Arnaud Rousseau.

Une Europe agricole « forte » plutôt qu’une « décroissance organisée »

Au-delà des accords commerciaux, la FNSEA s’inquiète également des premières discussions budgétaires autour de la future Politique agricole commune. Le syndicat redoute une baisse des moyens alloués à l’agriculture alors même que les exploitations font face à une hausse des charges, aux aléas climatiques et à une crise du renouvellement des générations.

« Il n’est pas acceptable que l’Europe organise le déclin de la compétitivité d’exploitations agricoles déjà à l’os alors que l’agriculture doit affronter un immense défi de renouvellement des générations agricoles », alerte Arnaud Rousseau.

Si le ton est ferme, voire critique, la FNSEA prend néanmoins soin de rappeler son attachement historique à la construction européenne. « À la FNSEA, nous sommes profondément européens », souligne le syndicat, qui refuse toutefois « une Europe qui organise elle-même sa dépendance et son déclassement agricole ».

L’organisation réclame ainsi une PAC forte, une véritable réciprocité des normes, des investissements massifs dans l’innovation et une protection accrue du marché européen face aux importations jugées déloyales.

« Aucune grande puissance ne fait de la décroissance agricole un projet stratégique »

En ce 9 mai, la FNSEA veut replacer l’agriculture au cœur du projet européen. Le syndicat estime que la puissance agricole constitue un levier stratégique autant économique que géopolitique pour l’Union européenne.

« En cette Journée de l’Europe, je forme un vœu simple : que l’Europe retrouve enfin la volonté de défendre ceux qui la nourrissent. Qu’elle retrouve sa place de puissance agricole de premier plan », déclare Arnaud Rousseau. Avant d’ajouter : « Qu’elle l’entende : aucune grande puissance dans le monde ne fait de la décroissance agricole un projet stratégique. »

Le message est également politique, et ne concerne pas seulement l’Europe… La FNSEA rappelle en effet avoir inscrit cette ligne dans son rapport d’orientation destiné au futur président de la République française, considérant que « la défense de l’agriculture française doit trouver son prolongement naturel dans la souveraineté européenne ».

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