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Ruralité
Les campagnes effacées et reléguées ?

Quatre associations ont uni leurs efforts pour mener une enquête sociologique qui dresse un état des lieux assez inquiétant de la ruralité. Elles appellent les politiques à investir dans ses zones délaissées et à les reconquérir pour ne pas aggraver une fracture qui semble s’élargir.

Pour de nombreux habitants, la campagne reste un lieu de vie apaisé, mais parfois isolé.
Pour de nombreux habitants, la campagne reste un lieu de vie apaisé, mais parfois isolé.
© Émilie Durand

«Vivre en ruralité s’accompagne souvent d’une forme d’acceptation : moins de services, mais plus de calme, d’espace, de nature. Mais ce compromis rural a un prix : il rend plus difficile l’expression de revendications. Le résultat peut aboutir à une forme d’autocensure, d’intériorisation des inégalités, voire de repli identitaire». Tel pourrait être résumé, en quelques mots, l’esprit de l’enquête sociologique intitulée «Paroles de campagne. Imaginaires et réalités de la ruralité française», réalisée par les associations Bouge ton Coq, In-Site, Rura et Destin commun, et publiée début juin.

Sentiment de relégation

Aujourd’hui, les ruraux représentent plus du tiers de la population mais couvrent environ 80 % du territoire métropolitain. C’est une ruralité «effacée» car «mal comptée, mal nommée» et «mal représentée», soulignent les auteurs, qui estiment également que «les médias et les politiques imposent souvent une vision caricaturale de la ruralité depuis la ville», ce qui contribue à leur invisibilisation. L’enquête, réalisée du 6 au 18 février 2025 auprès d'un panel de 3 532 personnes de 18 ans dont un échantillon de 1 557 personnes représentatives de la population rurale, confirme tant les enquêtes précédentes que la réalité criante des populations : «celle des contraintes d’accès aux services essentiels». «À titre d’exemple, 61 % des ruraux déclarent ne pas avoir facilement accès à des transports en commun et 68 % des jeunes ruraux (18-24 ans) déclarent avoir subi au moins une discrimination liée à leur lieu de vie». Ces discriminations concernent notamment leur «origine territoriale», les «difficultés à l’embauche» (16 %), les «remarques méprisantes sur leur mode de vie» (14 %) ou encore les «moqueries liées à l’accent» (13 %). C’est l’accumulation de ces contraintes qui alimente un «ressentiment rural» et un «sentiment diffus de relégation», creusant un peu plus l’écart entre l’urbanité et la ruralité. Ainsi, l’enquête souligne que «81 % des ruraux considèrent que, ces dernières années, les partis politiques ont accordé trop d’attention aux préoccupations des habitants des villes et pas assez à celles des campagnes. Ils sont également 81 % à considérer que les habitants des villes ne comprennent pas ou ne respectent pas le mode de vie des habitants des campagnes, et 76 % estiment que les campagnes donnent plus d’argent à l’État qu’elles n’en reçoivent en retour». On serait tenté de dire que rien n'a vraiment changé depuis la fable de Jean de La Fontaine, Le rat des villes et Le rat des champs.

Rien n’est perdu

Cependant, l’enquête tente de faire tomber quelques clichés. Ainsi, «seuls 4 % des ruraux pratiquent la chasse, les ruraux ne sont pas moins écolos que les citadins, mais le sont différemment : plus de voiture, mais moins d’avion ; plus de viande, mais moins de déchets», indique l’étude qui rassemble urbains et ruraux sur la réponse à la question : Qu’est-ce qui divise le plus notre pays aujourd’hui ? «Le clivage entre riches et pauvres», répondent 59 % des ruraux et 54 % des urbains qui placent cet item en tête de leurs réponses, bien loin devant le clivage ville/campagne (23 % des ruraux/20 % des urbains). L’enquête s’attarde un moment sur l’impact de ce ressentiment sur le vote politique : «À facteurs égaux (âge, sexe, diplôme, profession, précarité...), le niveau de ressentiment rural exerce un effet significatif sur la probabilité de voter pour le Rassemblement national. Ce résultat ne signifie pas que tous les ruraux se tournent vers l’extrême droite, ni que le vote RN est exclusivement rural. Mais il souligne une tendance claire : «le ressentiment rural est devenu un ressort politique puissant, capable de reconfigurer les clivages électoraux autour de l’expérience territoriale», indiquent les auteurs. Pour eux, urbains et ruraux partagent «le même bonheur individuel», le «même pessimisme collectif» et les «mêmes aspirations pour l’avenir».

En somme, rien n’est perdu pour la ruralité qui martèle l’enquête, invitant tout un chacun, à commencer par les politiques, à «investir le monde rural». D’ailleurs, 79 % des ruraux déclarent avoir choisi volontairement leur lieu de résidence, malgré un accès plus difficile aux services, mais «en échange d'un environnement plus apaisé». Ce sont la tranquillité et le calme du lieu qui constituent le premier critère déterminant d’une installation à la campagne (61 % pour les ruraux), très loin devant la proximité avec la famille et les amis (37 %) et la beauté des paysages (33 %).

Surtout, 81 % des Français (83 % des ruraux et 80 % des urbains) estiment qu’on devrait «davantage s’inspirer de ce qui se passe dans les zones rurales pour résoudre les problèmes à l’échelle nationale (…)  Ce que les ruraux vivent depuis longtemps par contrainte - faire avec moins, gérer localement, adapter les usages - est aujourd’hui partagé et compris plus largement à l’échelle nationale», soulignent les auteurs. Pour eux, «la ruralité est aujourd’hui l’un des rares modèles de territoires perçus comme porteurs de stabilité, de solutions concrètes et de cohérence à long terme».

 

Les ruraux et les médias

«Lorsqu’il s’agit d’évoquer la ruralité à la télévision, L’amour est dans le pré est l’émission la plus citée spontanément dans les groupes de discussion», indiquent les auteurs de l’étude. Cependant, celle-ci ne vient qu’en quatrième position (23 %) des émissions télé qui représentent le mieux la vie des ruraux. L’émission animée par Karine Lemarchand est précédée par Échappées belles (France 5 – 27 %), Des racines et des ailes (France 3 – 28 %) et le 19/20 journal régional sur France 3 (29 %).

 

Les symboles de la ruralité

À la question «quels sont selon vous les lieux les plus évocateurs de la ruralité aujourd'hui ?», aussi bien les ruraux que les urbains sont d’accord : à 43 %, ils pensent que ce sont d’abord les champs, suivis de près par les fermes (40 %). Viennent ensuite les forêts (31 % pour les ruraux. 28 % pour les urbains), le marché (30 % urbains. 29 % ruraux) et l’église (25 % ruraux. 22 % urbains).

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