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Coopération agricole
Les coopératives céréalières ont le moral dans les chaussettes

Entre instabilité géopolitique, surproduction, accidents climatiques et désorganisation des marchés mondiaux, les coopératives céréalières affrontent des vents contraires. Leur résilience devrait passer par de nécessaires regroupements, estiment leurs responsables.

Comme les céréaliers, les coopératives subissent l'effet ciseaux, avec des coûts de production élevés et des cours mondiaux en recul.
Comme les céréaliers, les coopératives subissent l'effet ciseaux, avec des coûts de production élevés et des cours mondiaux en recul.
© Pexels/Mark Stebnicki

«Ambiance morose», «grave crise»… Les coopératives céréalières ont le moral dans les chaussettes, à l’image des agriculteurs qui leur fournissent leur grain et qui ne parviennent pas à dégager de revenu depuis trois ans. Ce ne sont pas les perspectives d’une récolte abondante sur le plan mondial (3 milliards de tonnes, riz inclus) qui vont leur redonner un peu de baume au cœur. Comme les céréaliers, les coopératives subissent de plein fouet l’effet ciseaux, avec des coûts de production qui restent toujours élevés et des cours mondiaux toujours en recul. C’est, en résumé, le constat établi début février par le Haut conseil de la coopération agricole (HCCA) et de La Coopération agricole Métiers du grain (LCA-MG) qui ont présenté leur 5e édition de l’Observatoire économique et financier, spéciale filière grains. Les chiffres présentés couvrent la période 2023-2024. Ils pointent une dégradation de la rentabilité opérationnelle des coopératives céréalières, en particulier chez les «petites coopératives» qui réalisent moins de 100 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires (CA) par an. Ce sont les coopératives de plus de 500 M€ de CA qui ont le moins bien résisté. En effet, l’évolution du ratio résultat net/CA est passée pour elles de 0,07 % à -0,49 % en un an. «Les coopératives de 100 M€ à 500 M€ de CA ont mieux résisté, le ratio n’ayant baissé que de 0,12 % pour s’établir à +0,76 %», a indiqué François Macé, président de la section économique et financière du HCCA.

Zone de risque élevé

En réalité, «il nous faut du volume pour écraser le diviseur», a observé Antoine Hacard, président de LCA-MG. Autrement dit, il faudrait rentrer plus de grains à des prix plus élevés pour réduire le coût des charges structurelles et regagner un peu en compétitivité. «Mais on perd des surfaces et après trois années dans le rouge, les céréales à paille font machine arrière», a-t-il ajouté, constatant que les céréales sont concurrencées par des cultures plus industrielles au nord, qu’elles subissent les effets du changement climatique, d’un manque patent d’innovation sur les semences, problèmes auxquels se greffent les difficultés d’accès à l’eau.

Quelles que soient les structures, «on a besoin de recapitaliser pour investir et ces investissements permettront de maintenir la performance», a complété François Macé, président de la section économique et financière du HCCA. Cependant, ces investissements pourtant indispensables pour moderniser des outils vieillissants se réalisent aujourd’hui grâce à l’endettement et non sur les fonds propres.

Or, les taux d’intérêt restent élevés. Ce qui fait que «le secteur glisse vers une zone de risque élevé sur un plan financier», a-t-il averti. Leur survie passera-t-elle par des regroupements, des rapprochements, des réorganisations ou même des fusions ? D’ores et déjà, certaines coopératives se sont engagées dans cette voie comme Terrena et Agrial, Maïsadour et Euralis ou encore Terres du Sud et Vivadour… Ce phénomène, qui sans être anecdotique n’était pas fréquent il y a encore dix ans commence à s’accélérer, a constaté Antoine Hacard. «Le plus important, c’est que les conseils d’administration continuent à garder la main sur la stratégie», a-t-il ajouté, insistant sur la nécessité de conserver «de véritables leaders régionaux, français, européens et mondiaux».

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