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Environnement
Recyclage des pneus : c’est reparti pour plusieurs tours

Depuis le lundi 13 novembre et jusque mi-décembre, la FDSEA de la Somme et ses partenaires collectent des pneus usagés dans les cours de ferme pour les recycler.

Dans la cour du silo de la coopérative Calipso à Béhen, les bennes de pneus remplaçaient en ce début de semaine celles de céréales. Une pesée «à plein» en entrant sur site, un déchargement puis un retour par la case «pont-bascule» à la sortie. Pour le directeur d’exploitation de la coopérative, Antoine Dennetière, c’est ainsi une collecte d’un autre genre qui a débuté ce lundi 13 novembre et ce, pendant deux jours. Le moment choisi pour le lancement de l’opération est «idéal» : «Même s’il se passe toujours quelque chose dans nos silos, on est plutôt en morte saison, entre les expéditions de céréales et les approvisionnements», assurait-il. Jusqu’en milieu d’après-midi, une vingtaine d’agriculteurs étaient ainsi attendus à Béhen, certains profitant pour réaliser plusieurs livraisons. À travers le département, jusqu’au 20 décembre, d’autres silos sont «réquisitionnés» pour la mise en place d’une vaste opération nationale de recyclage qui trouve dans son relais dans la Somme via la FDSEA. Le principe ? Permettre aux agriculteurs du département de se débarrasser des pneus usagés qui encombrent leurs cours de ferme. Pour Denis Bully, agriculteur à Heucourt-Croquoison et président de la FDSEA, la motivation est simple : «On rend service aux agriculteurs, on assainit les cours avec des pneus qui sont stockés là depuis longtemps et on participe à donner une bonne image de nos métiers…»

 

Réduire le reste à charge

Si le volume à collecter est impressionnant - on parle de 2 000 tonnes -, il ne s’agit pas d’une première pour le département. En 2020, la FDSEA était en effet déjà à l’initiative d’une telle démarche. «3 100 tonnes de pneus livrés par 470 agriculteurs avaient été ramassées», se souvient Samuel Decerf, animateur de la FDSEA en charge de ce projet. Pour cette nouvelle édition qui s’inscrit dans une démarche d’économie circulaire, «plus de 300 exploitations se sont inscrites». Le fait de participer à une opération nationale et collective a d’abord un but économique : «Avec les partenaires que nous avons réussi à nouer, en plus des partenaires nationaux (Ademe, manufacturiers, constructeurs), le reste à charge pour les agriculteurs est maîtrisé», détaille Samuel Decerf. Pour un agriculteur participant, ce reste à charge se chiffre au maximum à 75 €/t de pneus livrés… sans compter sur le soutien de certaines collectivités locales permettant de réduire encore un peu plus la facture.

 

Plusieurs lieux de collecte

Pour les partenaires de cette opération, la participation est protéiforme. À titre d’exemple, pour la coopérative Calipso, «la participation n’est pas financière, mais matérielle», indiquait en ce début de semaine son président, Olivier Faict. En plus de mettre à disposition quatre de ses plateformes (Béhen, Crécy-en-Ponthieu, Friville-Escarbotin, Ailly-le-Haut-Clocher), la coopérative prête ses matériels tels que pont-bascule et chargeurs, ainsi que certains de ses salariés. «C’est quelque chose qui coûte à l’entreprise, mais ça nous emballe. Dans d’autres régions, une opération comme celle-là n’a pas son pareil et c’est dommage…», témoignait en début de semaine Richard Macé, directeur de Calipso. Sur les autres sites de collecte, d’autres organismes stockeurs sont engagés dans une démarche similaire :
le Groupe Carré à Hédauville, Sana Terra à Foucaucourt-en-Santerre, Noriap à Hornoy-le-Bourg, La Chaussée-Tirancourt, Fleury, Beauval et Boves.

Du côté des collectivités locales, certaines n’ont pas hésité à créditer une ligne budgétaire, à l’image de la Communauté de communes Nièvre-Somme ou de la Communauté de Communes du Vimeu (CCV), comme l’explique Camille Julien, responsable du service collecte des déchets : «Nous étions déjà engagés dans l’édition 2020 et c’est naturellement que les élus ont dit oui pour cette nouvelle opération. Derrière cette participation, il y a une volonté politique d’aider le monde agricole.» Pour la CCV, l’engagement est de participer à hauteur de 50 €/t. Dans un secteur géographique où l’élevage est bien présent, les coopératives d’éleveurs (Sodiaal, Lact’Union, Cobevial) ont elles aussi répondu présent sans sourciller. En 2020, rappelle-t-on ainsi chez Lact’Union, «un adhérent sur quatre y avait participé. Ce fut un vrai succès, et il y a une vraie demande des agriculteurs, rappelle Sébastien Grimonpont. Autrement dit, il aurait été dommage de passer à côté».

Des pneus usagés utiles jusqu’au bout

En organisant une collecte de pneus usagés dans les cours de ferme, la FDSEA de la Somme et ses partenaires leur donnent en quelque sorte une troisième vie. Après s’être usés sur la route, les cours de silo ou dans les chemins, les pneus pouvaient servir de lest pour maintenir les bâches couvrant des silos, notamment d’ensilage de maïs. La solution, bien que pratique et peu écologique, tend à être remplacée par de nouveaux moyens alternatifs. Se pose alors la question du devenir des «vieux» pneus… Une fois récupérés dans le cadre de la démarche Ensivalor, les pneus sont conduits dans un centre de recyclage. En ce qui concerne Ensivalor dans les Hauts-de-France, le site de retraitement est situé à Harnes, dans le Pas-de-Calais. «Après leur traitement et de par leur exposition à long terme aux conditions climatiques, la majorité des pneus que l’on récupère est fortement dégradée et ne peut donc pas rentrer dans une filière classique et servir pour fabriquer des revêtements de pistes d’athlétisme ou d’aires de jeux pour les enfants», explique-t-on à la FDSEA de la Somme. En revanche, il est possible de les utiliser autrement : «Découpés, ils servent de combustible dans les cimenteries en lieu et place des cokes à pétrole, poursuit l’organisateur de la collecte. À rapport calorifique équivalent, la réutilisation des pneus permet ainsi de réduire l’utilisation de matières fossiles, avec une réduction des gaz à effet de serre.»

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