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Vivre de l'apiculture en région : mission impossible ?

A trente ans, Philippe Béquet est l’un des deux seuls apiculteurs professionnels de la Somme. Il est à la tête de la Miellerie de l’Halluette, à Toutencourt, depuis 2014.

Pour Philippe Béquet, l’apiculture est la solution pour exercer une activité agricole sans posséder de terre. 
Pour Philippe Béquet, l’apiculture est la solution pour exercer une activité agricole sans posséder de terre. 
© © A. P.


Philippe Béquet a toujours été passionné par l’élevage. Mais difficile pour un jeune de s’installer hors cadre familial. «Les abeilles m’ont toujours intéressé aussi. J’ai eu mes premières ruches à l’âge de quinze ans. Mais je ne pensais pas qu’on pouvait en faire un métier à temps plein dans la région.»
Quelques renseignements et une formation de deux ans chez un apiculteur du Nord lui auront prouvé le contraire. Le compromis travail au grand air, mais sans possession de terre, est trouvé. Depuis 2014, Philippe a créé sa Miellerie de l’Halluette, à Toutencourt. Il fait désormais parti des trente membres de l’APPNP (Apiculteurs professionnels du pays Nord-Picardie). Et les dix tonnes de miel produites chaque année par ses deux-cent-cinquante ruches lui permettent d’en vivre pleinement. Pour son installation, Philippe Béquet a touché les mêmes aides que n’importe quel jeune agriculteur, puisque la profession est reconnue «agricole».
Depuis, ses journées sont programmées au rythme de ses abeilles. «Six mois de l’année très intenses, de mi-mars à mi-septembre, et les mois d’hiver beaucoup plus calmes, puisque les ruches sont en sommeil.» Au réveil des colonies, vers le 15 mars, un travail de contrôle est à effectuer. Puis les Carnica - «les abeilles les plus adaptées à la région, selon moi» - butinent les arbres fruitiers, le colza ou encore l’aubépine aux alentours de Toutencourt pour produire le miel de printemps.

Contrôler l’essaimage
Le mois de mai, période d’essaimage (une partie des abeilles quitte la ruche avec une reine pour former une nouvelle colonie), est intense : «Une ruche qui essaime est une ruche qui ne produit pas. Je prends alors des abeilles pour créer d’autres ruches.» Début juin, les ruches transhument dans l’Aisne pour produire du miel d’acacia. Elles terminent leur saison dans l’Oise, pour butiner les fleurs des tilleuls à petites feuilles, et produisent le fameux Miel de tilleul de Picardie, estampillé «Terroirs Hauts-de-France». «Pendant toute cette période, je visite les ruches tous les sept jours, et j’extrais le miel au fur et à mesure».
Les six autres mois de l’année sont beaucoup plus calmes. «Je fais de la mise en pot, l’étiquetage et les livraisons.» Pour la commercialisation, Philippe Béquet a choisi le marché du pot et du demi-gros. Son miel a rejoint les rayons des boulangeries et épiceries locales, ceux de Gamm Vert à Amiens, ou de revendeurs régionaux. Il est même cuisiné dans un restaurant réputé de la tour Eiffel. «Je vends aussi 20 % de ma production en direct. Je ne comptais pas là-dessus et j’ai finalement été surpris du volume.» Comme tous les apiculteurs, Philippe Béquet ne subit pas la crise. «Il y a énormément de demande. Vendre n’est jamais un problème. Les coups durs sont dans les mauvaises miellées, comme cette année, à cause de la sécheresse.»

Vers un passage en bio
Avant d’installer ses ruches au bord des champs ou le long des bois, le professionnel doit demander l’autorisation du propriétaire du terrain. «En général, on trouve toujours une entente, car chacun y gagne. Les abeilles favorisent le rendement là où elles butinent.» Que pense-t-il de l’utilisation des produits phytos, ou de la polémique de l’interdiction des néonicotinoïdes ? «Ce n’est pas notre principal problème. Mes relations sont bonnes avec les agriculteurs, et je peux anticiper les traitements.» La bête noire est bien le varroa. «C’est notre principal souci. Et nous aussi, nous utilisons des produits chimiques pour le traiter.» L’apiculteur aimerait d’ailleurs convertir son mode de production en bio. «Car, comme tout apiculteur, j’ai une sensibilité prononcé pour l’environnement.»





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Miel de tilleul de Picardie : la renommée des Hauts-de-France

Ce miel fin en bouche exhale de rafraîchissants arômes mentholés. Ce Miel de tilleul de Picardie, si particulier, ne peux être produit, comme son nom l’indique, qu’en Picardie. «Tu l’adores ou tu le détestes», diront les fins gourmets.
Chaque année, de juin à juillet, de nombreux apiculteurs des Hauts-de-France, mais aussi plus éloignés, transhument leurs ruches vers les forêts picardes (Halatte, Chantilly, Saint-Gobain, Vallée de l’Aisne…) pour que leurs abeilles puissent butiner le nectar des fleurs de Tillia cordata, soit tilleul à petites feuilles. Cet arbre est lui-même typique de la région, puisqu’il a besoin de beaucoup d’eau. La ville de Chantilly tirerait son nom du latin campus tiliae, soit «champ de tilleuls».
L’une des missions de l’APPNP (Apiculteurs professionnels en pays du Nord-Picardie) est de mettre en valeur ce miel emblématique. Voilà une dizaine d’années que ce miel fait partie des produits «Terroirs de Picardie», désormais «Terroirs Hauts-de-France». «C’est une reconnaissance régionale, confie Grégory Dussenne, de l’APPNP. Il prouve qu’on peu faire du bon miel dans le nord de la France.»

Vers un signe officiel de qualité
Les apiculteurs de l’APPNP ont défini un cahier des charges de production afin d’encadrer leurs pratiques et de déterminer les qualités organoleptiques minimales que doit revêtir le produit fini pour prétendre arborer le logo spécifique.
Ce dernier n’est octroyé qu’après enregistrement du dépôt des ruches près des tilleuls, déclaration d’aptitude à la production, analyses du laboratoire Cari (Université de Louvain-la-Neuve) et soumission au comité de dégustation composé d’apiculteurs professionnels.
Prochaine étape : finaliser les démarches auprès de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) pour obtenir un signe officiel de qualité. L’excellence du Miel de tilleul de Picardie serait alors reconnu au niveau national.

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