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Expérimentation Chambre d'agriculture des Hauts-de-France
À Catenoy, les essais de terrain parlent aux agriculteurs

Le 2 juin, la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France ouvrait sa plateforme régionale d’expérimentation à Catenoy. Une pression maladie plus forte qu’à l’ordinaire sur le blé a servi de contexte à la journée, reliant choix variétal et stratégies de protection alternative. Pâturage ovin et jachères mellifères ont aussi livré leurs premiers enseignements.

Plateforme régionale d’expérimentation à Catenoy.
Plateforme régionale d’expérimentation à Catenoy.
© Pierre Poulain

Douze essais simultanés, huit espèces cultivées sur une même plateforme, environ une centaine de visiteurs : la journée d’expérimentation de la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France a réuni à Catenoy agriculteurs, conseillers et techniciens venus observer des résultats de terrain. Le site installé au hameau de Luchy couvre l’essentiel du grand assolement picard : blé tendre d’hiver, orge, colza, féverole, soja, tournesol, maïs et mélanges fleuris.
L’essai sur l’amélioration de la santé du végétal met en compétition vingt modalités : stratégies fongicides de référence, phosphanates associés au soufre, adjuvants, oligo-éléments foliaires et biostimulants d’origines diverses. La campagne 2026 introduit une nouveauté : «Pour la première fois, on travaille sur les litières forestières fermentées. L’idée, c’est de tester des choses que l’agriculteur peut lui-même fabriquer», indique Sophie Wieruszeski, chargée de mission en innovation agronomique. Si les sols cultivés présentent un déséquilibre entre bactéries et champignons au profit des premières, les sols forestiers fonctionnent à l’inverse, riches en champignons et pauvres en bactéries. «L’idée de la litière forestière fermentée, c’est de multiplier la partie champignon qui est dans la litière, grâce à une macération avec du son, de la mélasse, des sucres. On réactive ces champignons et on les applique sur la plante ou le sol pour améliorer la vie biologique.» Des produits certifiés et homologués existent ; l’agriculteur n’est pas contraint de préparer lui-même la matière.
Sur le témoin non traité, environ une centaine de pustules de rouille brune ont été dénombrées sur la feuille drapeau de près de 60 % des blés, accompagnées de rouille jaune par foyer. Les premiers résultats montrent que les phosphanates associés au soufre et les oligo-éléments se comportent bien en résistance à la rouille jaune, rejoints par la litière forestière fermentée. Les modalités en pur biocontrôle se montrent un peu moins efficaces face à la rouille brune. Un point de vigilance ressort également sur les extraits fermentés, infusions et décoctions : ces préparations apportent des sucres qui peuvent nourrir les champignons pathogènes si des symptômes sont déjà présents. «Il ne faut pas que le champignon soit présent. Sinon, ça peut faire des problèmes.»

Variétés de blé : les rouilles trient le bon grain
Vingt-huit variétés de blé tendre d’hiver sont exposées dans la vitrine de la plateforme, réparties en trois groupes : un tiers de références confirmées, un tiers de variétés récentes à consolider, un tiers de nouvelles inscriptions de la campagne. La pression maladie de cette campagne permet de distinguer concrètement résistance et tolérance. Une variété résistante empêche le champignon d’entrer sans montrer de symptômes. Une variété tolérante peut présenter des lésions visibles sans que le rendement soit pénalisé. «C’est plus difficile à appréhender pour les agriculteurs parce qu’ils ne veulent pas de maladies dans leur parcelle. Mais si on n’a pas d’impact sur le rendement, ça peut continuer à être intéressant.» L’argument économique suit : «Si on n’est pas obligé de traiter parce qu’une variété est très résistante sur rouille jaune ou rouille brune, c’est toujours des charges en moins.»
Parmi les références, Chevignon se maintient malgré la pression locale en rouille brune. KWS Extase et Shrek, deux autres piliers des assolements régionaux, montrent un léger recul. Côté nouveautés, plusieurs entrées se signalent. «C’est assez rare d’avoir les notes de résistance bonnes sur les trois maladies.» KWS Foudre et RGT Arpegio figurent parmi les variétés à surveiller, avec de bons profils sanitaires et des potentiels de rendement estimés entre 101 et 107 % des témoins dans les essais d’inscription en cours.

Pâturage ovin au stade tallage
L’essai de pâturage du blé par des ovins au stade tallage pose une question ancienne avec des outils de mesure modernes : est-il possible d’utiliser le blé en végétation comme fourrage hivernal pour des brebis sans compromettre la récolte ? «L’objectif, c’est de trouver une autonomie alimentaire différente pour les ovins et d’avoir son blé à disposition. Voir si on peut les alimenter sans mettre aux dépens sa culture.» 9 brebis ont occupé une zone de la parcelle pendant 12 heures, jusqu’au stade épi 1 cm. Une zone témoin est restée non pâturée. Les deux seront suivies jusqu’à la récolte. Les premiers comptages d’épis par mètre carré ne révèlent pas de différence significative entre les deux zones. «C’est déjà un point positif.» Un effet annexe a aussi été constaté : les brebis ont brouté les rumex de la zone pâturée, adventice encore présente dans la zone témoin. «En plus, elles gèrent le salissement de la parcelle, ce qui est intéressant.»
Le pâturage doit cependant s’arrêter avant que l’épi entame sa différenciation. Si les animaux pâturent trop tard et consomment l’apex en formation, l’impact sur le tallage et le rendement final peut être sévère. L’équation économique se lira à la récolte : si la perte éventuelle de rendement reste inférieure à la valeur du fourrage consommé, la pratique est rentable. Le même essai est conduit en parallèle sur petit épeautre et avoine dans une parcelle de la Somme.

Jachères mellifères
La plateforme présente douze mélanges de jachères mellifères, des compositions simples à deux espèces jusqu’aux cocktails de sept ou huit plantes. L’objectif est de soutenir les pollinisateurs, d’offrir couverts refuge et alimentaires au petit gibier des plaines, et d’identifier les mélanges les plus durables. Mais les essais de ce type requièrent plusieurs campagnes avant de livrer des conclusions solides. «Le premier constat se fera dans deux à trois ans.»
Les retours des cinq plateformes régionales, dont celles dans le Nord-Pas-de-Calais, ont déjà quatre ans de recul, sont d’abord agronomiques. Les semis d’automne ont souvent déçu. Les difficultés récurrentes concernent l’enherbement initial, la profondeur de semis délicate quand le mélange associe des espèces aux exigences différentes, et l’échec d’établissement sur des parcelles insuffisamment nettoyées. «On est maintenant principalement sur des jachères implantées au printemps pour avoir notre pleine réussite.»
Le coût des mélanges complexes reste toutefois un frein. «On se retrouve facilement à 600-700 euros pour des mélanges de sept à huit espèces. Ce n’est pas forcément facile pour un agriculteur de mettre autant», notamment face à des investissements dont le retour est plus lisible et plus rapide. La plateforme rouvrira à l’automne pour suivre ces jachères sur cycle long et observer comment les équilibres entre espèces se stabilisent d’une campagne à l’autre.
 

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