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LIVRE
Une part de la mémoire de l’Oise picarde entre en librairie

Le livre «L’Oise picarde. Patrimoines d’un territoire rural» a été présenté au public le 26 mai à Bacouël, en présence de son autrice Lucile Chamignon. Fruit de quatre années d’inventaire, l’ouvrage révèle pour la première fois le patrimoine d’un territoire de cinquante-deux communes entre Amiens et Beauvais.

Livre L'Oise picarde
Lucile Chamignon
© Pierre Poulain

C’est dans la salle des fêtes de Bacouël, l’une des communes étudiées, qu’élus, partenaires et habitants se sont réunis pour découvrir cet ouvrage coédité par les Éditions 303 et le service de l’Inventaire de la région Hauts-de-France. Lucile Chamignon y a raconté quatre ans de terrain, d’enquêtes et de découvertes.
Situé entre Amiens et Beauvais, le territoire de l’Oise picarde regroupe cinquante-deux communes formant un ensemble homogène par sa géographie, son histoire et son patrimoine. Le substrat crayeux, une craie très friable, peu propice à la construction, a longtemps imposé le torchis et le pan de bois comme matériaux dominants, avant que la brique industrielle ne les supplante au milieu du XIXe siècle. Les villages portent eux-mêmes la marque de la topographie : en plaine, ils s’organisent en «villages-rues», une grande artère bordée de fermes ; en vallée sèche, ils prennent une forme étoilée ; le long de la Noye, de la Selle et de la Brèche, ils s’ordonnent autour du cours d’eau.

La ferme picarde, la belle surprise
Parmi toutes les découvertes du terrain, Lucile Chamignon retient surtout les fermes. «Je ne connaissais pas du tout le territoire avant de venir. Ce qui m’a vraiment surprise, c’est la qualité architecturale des fermes picardes et surtout ces grandes portes charretières. Des ouvrages de charpente et de menuiserie superbes, avec des motifs, des croix de Saint-André. Vraiment impressionnantes.»
La ferme picarde, avec sa grange sur rue, son logis en fond de cour et ses dépendances en retour, n’est pas qu’un décor pittoresque. Elle raconte une économie locale dans laquelle l’agriculture coexistait avec le travail textile à domicile : en hiver, on filait et tissait la laine en sergé dans les ateliers attenants à la ferme ; en été, on rejoignait les champs. La Maison du serger d’Hardivilliers témoigne encore de ce double passé.

Un travail de longue haleine
Conduit entre 2021 et 2025, cet inventaire a requis de frapper à toutes les portes — celles de mairies parfois ouvertes seulement «le vendredi de 18 h à 19 h». Accéder aux propriétés privées s’est fait par le bouche-à-oreille et par la confiance gagnée au fil des rencontres. Lucile Chamignon y a mis aussi quelque chose de personnel. Historienne de formation, spécialisée en histoire médiévale, elle a grandi dans le Berry, fille d’agriculteur. «Avec les agriculteurs, j’évoque mon père, je connais le métier. Ça donne immédiatement confiance», dit-elle.
Ce premier poste décroché après le concours d’attachée de conservation du patrimoine, spécialité inventaire, lui a permis de mettre en pratique une conviction forgée lors d’un stage de master : l’inventaire, c’est «faire de l’histoire appliquée au territoire, en lien direct avec les habitants».
La photographie, signée Marc Kerignard, suit les normes rigoureuses de l’inventaire — prises de vue depuis le sol, frontales, sans présence humaine — tout en sachant jouer des angles. Les mares communales, photographiées depuis un drone, livrent certaines des images les plus inattendues du livre.
Ce que l’autrice espère par-dessus tout ? Que les habitants se reconnaissent dans les pages. «Le plus gratifiant dans mon travail, c’est quand les gens me disent : ‘Ah, je ne pensais pas qu’il y avait des choses aussi intéressantes dans mon village.’ Que quelqu’un feuillette l’ouvrage et se dise : ce puits devant lequel je passe tous les jours, il est beau, il a une histoire.»
 

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