Politique
Le gouvernement pressé de sortir l’agriculture de «l’impasse administrative»
Interpellée par le sénateur de la Somme sur la crise agricole, Annie Genevard a reconnu les difficultés structurelles qui pèsent sur les exploitations françaises, tout en défendant les premières réponses engagées par le gouvernement.
Interpellée par le sénateur de la Somme sur la crise agricole, Annie Genevard a reconnu les difficultés structurelles qui pèsent sur les exploitations françaises, tout en défendant les premières réponses engagées par le gouvernement.
À l’occasion des questions d’actualité au gouvernement du 20 mai dernier au Sénat, Laurent Somon, sénateur (LR) de la Somme, a interpellé la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, sur les difficultés croissantes rencontrées par les agriculteurs, notamment dans la filière pomme de terre et dans l’application de la Pac. Dans la continuité de plusieurs courriers d’alerte et de rencontres de terrain avec les exploitants samariens, l’élu a dénoncé «l’impasse administrative» dans laquelle seraient plongés de nombreux agriculteurs. «Chaque décision déconnectée du terrain met en péril les exploitations et le renouvellement des générations dans le monde agricole. Chaque jour compte», a-t-il déclaré. Laurent Somon a notamment alerté sur la situation de la filière pomme de terre, confrontée à une surproduction, et a également pointé les «surtranspositions» administratives liées à la future campagne Pac 2026.
Le sénateur de la Somme s’est aussi inquiété du contenu du projet de loi UPSA actuellement examiné à l’Assemblée nationale, estimant que plusieurs priorités du monde agricole restent écartées du texte, notamment l’utilisation de l’acétamipride, l’accès à l’eau, le foncier agricole ou encore la lutte contre les distorsions de concurrence internationales. Enfin, Laurent Somon a évoqué les conséquences du «dumping chinois» sur les industries agroalimentaires françaises, citant l’exemple d’Eurolysine, seule usine européenne de production d’acides aminés, aujourd’hui fragilisée par la concurrence étrangère.
Des réponses pas vraiment concrètes
Dans sa réponse en tant que ministre de l’Agriculture, Annie Genevard ne détourne pas le regard, mais ne semble pas plus en mesure d’apporter des réponses concrètes. En ce qui concerne l’examen du projet de loi d’urgence, elle dit ainsi «espérer que le texte ira jusqu’à son terme à l’Assemblée nationale et que nous aurons le bonheur de débattre ensemble au Sénat». Sur le sujet des concurrences déloyales, elle rappelle avoir «interdit l’introduction de denrées comportant des substances interdites dans l’Union européenne» et annonce la mise en place «d’une brigade de contrôle».
Au sujet des «concurrences intra-européennes», «il nous faut être compétitif», assure Annie Genevard, avant de lister ce qui constituerait des freins : «C’est difficile, confesse-t-elle. Chez nous, le coût du travail est plus important, les contraintes sont plus importantes, et le texte de loi (d’urgence, ndlr) vise à les alléger.»
Quant à l’exigence de l’Union européenne sur les titres de propriété et/ou d’exploitation des terres agricoles, la ministre française assure avoir interpellé le commissaire européen Hansen sur le sujet et demande une approche «pragmatique».
Enfin, concernant la pomme de terre, Annie Genevard assure que la crise qui touche la filière «n’est pas structurelle, mais conjoncturelle», pointant un décalage entre production et capacités de transformation.
Pour la ministre de l’Agriculture, il ne s’agirait donc que d’une mauvaise passe. La question reste toutefois de savoir quand l’horizon des agriculteurs français se dégagera.
Eurolysine : les élus de la Somme appellent à une mobilisation immédiate de l’État et de l’Europe
Face à la situation critique de l’usine Eurolysine d’Amiens, les élus du territoire alertent la Commission européenne et le gouvernement français dans un courrier daté du 26 mai «sur une urgence industrielle majeure». L’initiative, prise par le maire d’Amiens Frédéric Fauvet et le sénateur Rémi Cardon, réunit conseillers régionaux, conseillers départementaux, députés européens et français ainsi que les sénateurs de la Somme. «Seul producteur européen d’acides aminés de fermentation, le site, qui fait vivre 350 familles, est aujourd’hui menacé par une concurrence déloyale de la Chine, malgré les dispositifs antidumping en place. Ces contournements entraînent une chute artificielle des prix et placent l’entreprise dans une situation financière intenable», décrivent les élus. Dans ce contexte, les élus demandent des mesures immédiates à deux niveaux : «À l’échelle européenne : la mise en place en urgence de droits de douane provisoires à hauteur de 80 %, afin de protéger la production européenne durant l’enquête en cours. À l’échelle nationale : un engagement financier direct de l’État pour accompagner l’entreprise, en complément de l’action de son actionnaire industriel.» «Laisser disparaître Eurolysine reviendrait à abandonner un secteur stratégique et à dépendre intégralement de la Chine pour un maillon essentiel de notre chaîne alimentaire», alertent les signataires.