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Sylvie et Laurence Moreau : «L’élevage de lapins, notre passion»

Au Gaec des Hayettes, à Rocquigny (02), toute la famille s’occupe des 250 vaches laitières, d’un poulailler de 5 500 m2 (poulets de chair) et d’un atelier de 1 300 lapines. Détour du côté de Rocquigny.

Sylvie Moreau (à g.) et Laurence Moreau (à dr.) assurent que sans problème sanitaire, l’élevage de lapins est l’atelier le plus rentable de l’exploitation.
Sylvie Moreau (à g.) et Laurence Moreau (à dr.) assurent que sans problème sanitaire, l’élevage de lapins est l’atelier le plus rentable de l’exploitation. 
© Gaétane Trichet

Sylvie Moreau et Laurence, sa belle-sœur, travaillaient dans des domaines bien différents de l’agriculture. Un licenciement a contraint Sylvie à réorienter sa carrière. La fille d’agriculteurs décide alors de reprendre des études agricoles et, avec son mari, elle réfléchit à une diversification sur l’exploitation. «Nous avons décidé de nous lancer dans l’élevage de lapins de chair en 2007.» Laurence, elle aussi à la recherche d’un renouveau professionnel, se lance dans l’aventure.

 

Un élevage très planifié

«Dans un bâtiment de 1 200 m2, chauffé l’hiver et climatisé l’été, nous produisons des lapins hybrides de souche Hycole, de Marcoing (59), une entreprise indépendante spécialisée dans la sélection de lapins reproducteurs depuis trente-cinq ans. Et pour la technicité, nous sommes suivis par un groupement», explique Sylvie. 1 300 femelles élèvent 8 600 lapereaux et 7 500 lapins sont en engraissement.

La cuniculture est une filière moderne avec tatouage et bouclage des lapins enregistré dans un pocket relié à un ordinateur. Tout est automatisé : la distribution d’aliments,  des pipettes d’eau, le système de raclage des crottes… Enfin presque. Car l’élevage de lapins nécessite une surveillance quotidienne. «Il y a beaucoup de manipulation. Il faut porter plus de mille lapins pour vérifier que tout va bien, les peser, les inséminer, séparer les petits des mères, etc.», précise Sylvie. Après trente-cinq jours passés aux côtés de leur mère, les lapereaux sont mis à l’engraissement. «Ils doivent atteindre 2,4 kg pour l’abattoir, à environ soixante-dix jours. Il faut donc surveiller les chétifs et freiner l’alimentation pour les plus gourmands», explique Laurence.

Le bâtiment est séparé en deux salles. C’est un turn-over. Les mères et les lapereaux sont dans une première salle, pendant que la deuxième sert à l’engraissement avant le vide sanitaire. Et inversement. «En moyenne, par mise bas,  une mère fait  11,7 lapereaux et 10,9 survivent. Le taux de mises bas atteint 86,7 %. Nous avons de bonnes mères», se félicitent-elles.

L’élevage, très réglementé, doit répondre à un cahier des charges précis, ce qui a permis aux lapins du Gaec des Hayettes d’être certifiés par l’Association interprofessionnelle du lapin des Hauts-de-France (AILHF). Depuis sa création, elle développe une dynamique auprès des partenaires essentiels de la filière cunicole, qui a permis à la région Nord de maintenir son potentiel de production et d’abattage et d’être aujourd’hui reconnue comme quatrième région de production nationale. Son objectif est d’organiser la filière cunicole régionale et surtout de faire connaître la qualité de la viande de lapin auprès des consommateurs.

 

La VHD, un virus destructeur

Ce qui inquiète fortement Sylvie et Laurence, c’est la VHD, la maladie hémorragique virale du lapin. «Nous faisons des vides sanitaires, nous désinfectons, nous passons par trois sas sanitaires, personne n’entre dans le bâtiment. Nous prenons toutes les précautions possibles. Et pourtant, cette maladie foudroyante a atteint nos animaux.» Ce virus, très contagieux et inoffensif pour l’homme, ne peut être ni soigné, ni traité. Le seul remède reste la vaccination en préventif, très onéreuse. «Trois ans de suite nos lapins ont contracté ce virus et les pertes ont été considérables, jusqu’à 50 % de l’élevage en engraissement.» L’élevage de lapins est aujourd’hui en sursis en cas de nouvelle attaque de VHD. «Et pourtant, l’atelier apportait la meilleure marge sur l’exploitation.» 

De nouvelles mesures dites de bien-être animal risquent encore de peser sur l’exploitation, avec la fin des cages pour mettre les lapins en parc. «Nous ne sommes pas contre, mais nous ne sommes pas équipés pour 1 300 femelles et les coûts seront trop exorbitants pour transformer le bâtiment», regrettent amèrement les deux belles-sœurs.

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