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Élevage laitier
Les six premiers mois du veau, fondations de la vache laitière

Bien élever ses veaux est un investissement sur l’avenir du troupeau. L’enjeu est de préserver tout le potentiel des génisses. Celui-ci se joue dès la fin de la gestation et durant les premiers mois de vie. C’est le sujet qu’aborde ACE (Avenir conseil élevage) lors de ses réunions hivernales. La première avait lieu ce 20 janvier à Grandcourt.

Bien élever ses veaux est chronophage, mais c’est un investissement rentable  à long terme.
Bien élever ses veaux est chronophage, mais c’est un investissement rentable à long terme.
© A. P.

Dans un élevage laitier, deux lots méritent une attention toute particulière : les vaches taries et les veaux. Logement, alimentation, hygiène, observation… la rigueur est indispensable. «Il faut dresser des constats, analyser ce qu’il se passe. Cela demande de la surveillance et du travail à long terme, mais c’est un investissement rentable», insiste Marie Delaporte, conseillère ACE (Avenir conseil élevage), ce 20 janvier, lors de la première réunion hivernale de la coopérative organisée à Grandcourt, près d’Albert.

Chez le veau, la phase lactée est déterminante. «La croissance de 0 à 6 mois façonne la carrière d’adulte. L’attention doit être maximale entre 0 et 2 mois», souligne Marie Delaporte. Les recherches sur l’épigénétique l’ont confirmé : l’environnement et la conduite d’élevage modulent l’expression des gènes. «Autrement dit, deux animaux au même potentiel génétique peuvent exprimer des performances très différentes selon leurs conditions d’élevage au début de leur vie.»

L’alimentation influence notamment l’expression des gènes. La glande mammaire se développe essentiellement entre 0 et 56 jours. L’objectif est de doubler le poids de naissance en 56 jours, soit un GMQ minimum de 700 g/jour. Toute perturbation à ce stade laisse des traces durables. «Un traitement antibiotique entre 0 et 2 mois, c’est en moyenne un litre de lait en moins par jour sur la future vache laitière», alerte la conseillère. Au-delà de la glande mammaire, les systèmes digestif, pulmonaire et reproducteur se construisent également entre 0 et 6 mois.

Gérer le tarissement

La réussite commence avant même la naissance. Le tarissement est une étape stratégique : refaire la santé de la vache, préparer la lactation… et garantir un colostrum de qualité. La ration de la mère doit être équilibrée. Pour cela, pas de recette miracle. «C’est un jeu de cartes, il faut savoir jouer avec plusieurs leviers», image Marie Delaporte. Pour repère, elle rappelle la «règle des 3 x 14» : 14 kg de MS, 14 kg d’amidon et 14 % de MAT.

Le colostrum, lui, est bien plus qu’un apport d’anticorps. Pendant les deux premières semaines, la santé du veau en dépend directement. Il doit contenir au moins 50 g d’immunoglobulines par litre, soit 25 % Brix au réfractomètre. «Dans ce cas, il faut que le veau boive 4 litres, ce qui correspond à la capacité maximale d’un veau de 40 kg», précise la conseillère. La buvée doit idéalement avoir lieu dans les deux heures suivant la naissance, car l’absorption des anticorps chute très rapidement. En cas de colostrum insuffisant, un colostrum reconstitué ou une banque de colostrum congelé constitue une solution de sécurité. L’hygiène reste primordiale : «un bon colostrum distribué dans un matériel sale perd tout son intérêt».

Bien nourrir pour bien grandir

Durant la phase lactée, lait entier et poudre donnent de bons résultats. Le choix dépend du contexte économique, actuellement plutôt favorable à la poudre. Dans tous les cas, la qualité est essentielle. «Il faut lire l’étiquette. Le lait écrémé doit être l’ingrédient principal de l’aliment. Il figure dans ce cas en premier sur la liste», explique Christophe Rose, représentant du fabricant d’aliments Bonilait. Il rappelle quelques éléments essentiels : «Il faut une eau à au moins 45 °C pour une bonne dissolution de la poudre, et une ingestion à au moins 35 °C pour assurer la fermeture de la gouttière œsophagienne du veau, et ainsi une bonne digestion.» Cette fermeture est aussi assurée par la succion. Une tétine (propre) est donc préférable à un seau. «Attention au mélange trop long dans un taxi-lait, qui peut créer du beurre. Deux minutes est un maximum.» Enfin, la concentration est à respecter. «La norme est à 125 g/l de buvée, soit 140 g/l d’eau. On peut monter à 170 g maximum, si la distribution est faite en deux repas.»

Si le choix est porté sur lait entier, gare au lait antibiotique ou à cellules élevées, moins riche et perturbant pour la flore digestive. Deux buvées par jour sont idéales. Cette période lactée se fait en trois phases : une phase ascendante pendant environ vingt jours où le veau atteint 10 l de lait/jour, une phase stable jusque 142 jours en moyenne, puis une phase descendante, qui dure trois semaines au minimum, pour une bonne transition. «Quand il fait froid, mieux vaut augmenter les quantités pour que le veau ait assez d’énergie pour maintenir sa température corporelle

Et abreuver

L’eau est trop souvent sous-estimée. «C’est pourtant le premier aliment du veau, et ce dès son premier jour de vie», rappelle Marie Delaporte. Elle conditionne le développement de la flore intestinale et des papilles ruminales. «Boire de l’eau incitera l’animal à manger le concentré.» Des analyses physico-chimiques de l’eau, été comme hiver, sont fortement recommandées. Lorsque le concentré est ajouté à la ration, il doit approcher 1 UFL, avec 15 à 16 % de MAT, au moins 15 % de cellulose et moins de 25 % d’amidon pour limiter le risque d’acidose. Un apport de paille favorise la rumination.

Quel âge idéal pour le sevrage ? «Il doit se raisonner sur le poids plus que sur l’âge, avec un objectif de 240 kg. À six mois, cela représente environ 1 kg de croissance par jour, ce qui est quasiment inatteignable», commente la conseillère. Limiter les sources de stress (changement de lot, de bâtiment, écornage…) est essentiel à cette période sensible.

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