Aller au contenu principal

Prévention
Jean-Michel Heu (Réagir 60) : «Il n’est jamais trop tôt pour pousser la porte»

Élu président de Réagir 60 lors de l’assemblée générale du 29 juin, Jean-Michel Heu, agriculteur retraité de Sommereux et ancien administrateur de la MSA, succède à François Mellon à la tête du dispositif d’aide aux agriculteurs de l’Oise. Il répond à nos questions aux côtés de Georges Ferté, conseiller de la structure depuis trois mois.

Jean-Michel Heu, président de Réagir 60, et Georges Ferté, conseiller.
© PP

Vous êtes désormais retraité. Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter la présidence de Réagir 60 ?
Jean-Michel Heu : Installé à Sommereux en 1994 après dix ans de comptabilité, j’ai dirigé avec mon frère une exploitation laitière jusqu’en 2012, puis une production de fraises et légumes en vente directe, jusqu’à ma retraite en 2022. Je me suis toujours investi à la MSA, comme délégué puis administrateur de l’Oise et de Picardie ; je préside aujourd’hui son secteur nord-ouest, de Beauvais à Chaumont-en-Vexin et Grandvilliers. J’ai une fibre sociale évidente : être retraité ne signifie pas tourner la page du monde agricole. On m’a sollicité, c’est à la fois une reconnaissance et un engagement à poursuivre.

Concrètement, quel est le rôle de Réagir face à un agriculteur en difficulté ?

Georges Ferté : Poser un premier diagnostic, puis orienter vers les bons interlocuteurs. Sur le volet financier, je ne me substitue ni au comptable ni au conseiller de gestion : j’aide l’exploitant à se poser les bonnes questions. Même logique sur le mal-être : je peux l’identifier et orienter vers la MSA, pas le traiter moi-même. Le conseiller Réagir est avant tout un accompagnant, pas un soignant. Il faut d’ailleurs garder à l’esprit que les problématiques sont souvent liées : un problème de santé entraîne une baisse des résultats techniques, puis une dégradation financière.

Quels signaux doivent alerter l’entourage ?
G. F. : Un agriculteur qui tourne en boucle sur ses problèmes, qui laisse tout filer, ou dont la procrastination n’est plus un choix mais un aveu d’impuissance : «je n’y arrive plus». Un banquier qui appelle sans cesse parce qu’on est à découvert est aussi un signal qui doit alerter.

Existe-t-il un profil type de l’agriculteur en détresse ?
G. F. : Il n’y en a pas. J’accompagne autant de céréaliers que d’éleveurs ou de maraîchers, et une étude de la MSA confirme des difficultés comparables dans toutes les filières. Les éleveurs sollicitent pourtant plus facilement de l’aide, leur culture admettant mieux la dureté du métier ; le céréalier, lui, se sent souvent moins légitime à en demander, et attend plus longtemps, parfois trop.
J.-M. H. : Il suffit de regarder en arrière : il y a vingt ans, on n’entendait jamais parler de difficultés chez les céréaliers. Chaque crise, du lait ou du porc, fragilise un peu plus des exploitations déjà affaiblies.

Comment détecte-t-on les situations à risque, et quel rôle joue la confidentialité ?
G. F. : La détection passe aussi par un voisin ou un ami inquiet, ou encore un banquier, un technicien, un comptable, les travailleurs sociaux, qui orienteront leur client vers nous, éventuellement via le dispositif Ma Boussole agrgicole, toujours avec l’accord de la personne concernée.
J.-M. H. : La confidentialité est la clé : c’est elle qui permet d’ouvrir la porte de la ferme ou de la maison familiale.

Quelles sont vos priorités pour ce mandat ?
J.-M. H. : D’abord remettre la structure en ordre de marche et clarifier un fonctionnement resté trop opaque pour les partenaires. Je m’inspire de ce qui se fait dans l’Aisne : un petit groupe d’élus validerait, sur dossiers anonymisés, l’entrée dans le dispositif et le plan d’accompagnement. Il faut aussi resserrer les liens avec la MSA, la Chambre d’agriculture, les banques et coopératives, pour repérer les difficultés au plus tôt. Réagir doit répondre à une accumulation de crises, en accompagnant aussi bien les jeunes installés que ceux qui préparent leur transmission.

Le plus dur reste souvent de pousser la porte de Réagir. Quel message adressez-vous à un agriculteur qui hésite ?
J.-M. H. : Il n’est jamais trop tard, et il n’est jamais trop tôt non plus. Le premier appel est gratuit, et la confidentialité s’applique dès cet instant. Si le problème s’avère mineur, personne n’en saura rien et je ne lui en voudrai pas. S’il est plus sérieux, Georges l’accompagnera volontiers. Il ne faut pas avoir peur de déranger : on peut tous, un jour, être concerné, et il n’y a aucune honte à cela.
 

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Les plus lus

groupement producteurs pommes de terre Clarebout SUGAF
Les producteurs français de pommes de terre livrant le groupe Clarebout/Simplot se regroupent

Le SUGAF, nouvelle association des producteurs français livrant le groupe Clarebout/Simplot, a été officiellement constitué.…

mobilisation soutien Forest-Montiers
A Forest-Montiers, trois fois plus de soutiens que d’opposants au projet de poulailler

Plus de 180 personnes issues du monde agricole se sont rassemblées samedi 12 septembre à Forest-Montiers pour soutenir Marion…

À Attin, une panne de chaudière à la sucrerie stoppe provisoirement les arrachages de betteraves

Une panne de chaudière touche depuis ce jeudi matin la sucrerie Tereos d’Attin (62). Le service agricole demande aux planteurs…

poulailler Forest-Montiers
L’élevage avicole de Marion Bocquillon à Forest-Montiers reçoit le feu vert de la préfecture

Le CODERST a rendu un avis favorable à l’unanimité, lundi 14 septembre, au projet de poulailler de la SCEA Élevage Bocquillon.…

webinaire UNPT pommes de terre contrats sécheresse
Pommes de terre : comment éviter le piège du déficit de volumes contractuels

Face aux difficultés de production que peuvent rencontrer les producteurs de pommes de terre cette campagne, l’Union nationale…

truffes trufficulture champignons diversification
Et si la truffe poussait dans les champs de la Somme ?

La Chambre d’agriculture de la Somme invite les agriculteurs à découvrir la trufficulture comme piste de diversification, le…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 1 € par semaine
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Action Agricole Picarde
Consultez les versions numériques de l'Action Agricole Picarde et du site, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de l'Action Agricole Picarde