Industrie
Mousline continue de faire vivre les patatiers du Santerre
Installée à Rosières-en-Santerre depuis plus de soixante ans, Mousline est un acteur majeur de la filière pomme de terre dans la Somme. En s'appuyant sur 150 producteurs partenaires et une contractualisation de ses approvisionnements, l'entreprise assure des débouchés. Lors d'une visite de presse organisée le 1er juillet, elle présentait son organisation et ses perspectives.
Installée à Rosières-en-Santerre depuis plus de soixante ans, Mousline est un acteur majeur de la filière pomme de terre dans la Somme. En s'appuyant sur 150 producteurs partenaires et une contractualisation de ses approvisionnements, l'entreprise assure des débouchés. Lors d'une visite de presse organisée le 1er juillet, elle présentait son organisation et ses perspectives.
En pleine crise de la pomme de terre, l’usine Mousline, basée à Rosières-en-Santerre, est une bouffée d’oxygène pour ses 156 producteurs. «Le marché de la purée est en recul de 6 % depuis le début de l’année 2026, mais Mousline affiche une progression de 3 %», présente Philippe Fardel, son président. Ce 1er juillet, il donnait rendez-vous aux journalistes pour une présentation de l’organisation de l’entreprise et de ses perspectives.
Depuis 1963, on y fabrique des flocons de pommes de terre déshydratés, pour un produit «accessible et populaire». «La purée Mousline est consommée par les familles, en dépannage. C’est un produit de bord d’assiette qui accompagne une protéine, le moins cher par rapport aux pâtes et au riz. Et elle affiche un Nutri-Score A et B selon la recette», résume Philippe Fardel. 180 salariés transforment chaque année près de 90 000 tonnes de pommes de terre en environ 18 000 tonnes de flocons.
Reprise en 2022 après la cession par Nestlé, l'entreprise affiche aujourd'hui des ambitions de développement. Son chiffre d'affaires, qui atteignait 66 millions d'euros en 2025, devrait dépasser les 70 millions d'euros cette année. «Pour cela, nous diversifions nos débouchés. La grande distribution française reste le principal débouché, et nous nous tournons aussi désormais vers la restauration hors domicile, l'export, les marques de distributeurs et les industriels.» Sur le marché français de la purée déshydratée, la marque demeure largement leader avec près de 75 % des ventes en valeur.
Une filière locale structurée
Cette réussite commerciale repose avant tout sur un ancrage agricole très fort. «Chaque année, l'usine réceptionne environ 6 200 bennes de pommes de terre, soit vingt à trente de livraisons quotidiennes pendant la campagne», précise Romaric Ruin, responsable du service agricole. L’usine tourne du 10 août au 14 juillet, avec une pause à Noël. Les approvisionnements proviennent exclusivement de producteurs français. Près de 70 % des volumes sont récoltés dans un rayon inférieur à 25 kilomètres autour de l'usine. Les 30 % restants proviennent de producteurs situés à moins de 200 kilomètres. L'entreprise s'appuie aujourd'hui sur environ 150 agriculteurs partenaires qui cultivent principalement quatre variétés adaptées à la fabrication des flocons : Fontane (590 hectares), Asterix (500 hectares), Poseidon (70 hectares) et Challenger (65 hectares). 75 ha de pommes de terre primeur permettent aussi de démarrer la campagne le plus tôt possible.
La contractualisation en question
Pour sécuriser son approvisionnement tout en apportant de la visibilité aux exploitants, Mousline contractualise 70 % de ses besoins. «Les producteurs adhèrent au Groupement de producteurs Mousline (GPM), qui rassemble cette année 154 exploitations.» Des contrats annuels mais aussi pluriannuels sont proposés sur certaines variétés. «Pour les variétés très spécifiques, comme Asterix, nous nous engageons à prendre tout le volume produit, grâce à un système de flexibilité, car il n’existe pas d’autre débouché.»
L’été dernier, cette contractualisation a fait grand bruit. Dans un courrier, les producteurs ont été prévenus que 90 % des volumes engagés leur seraient payés au prix de contrat comme prévu, mais que les 10 % restants et les 5 % de flexibilité le seraient moins (50 €/t à l’automne, 65 €/t après Noël et 100 €/t en fin de campagne). Romaric Ruin explique ce choix : «quand les prix du marché libre sont élevés, les agriculteurs réservent leur surplus de production pour ce débouché. Mais comme ce marché s’est effondré, tous les producteurs voulaient nous livrer le surplus pour bénéficier du prix de contrat. Ça montait à 200 % du volume prévu. Certains achetaient même des pommes de terre à 50 €/t à un voisin pour nous les fournir et faire une marge. Ce n’était pas tenable.»
«On nous a traités de voyous. Mais après-coup, les producteurs ont compris et sont heureux de notre fonctionnement», rétorque Philippe Fardel. Romaric Ruin ajoute : «Avant cette campagne, quand je passais chez les agriculteurs, j’étais la douzième personne à leur proposer un contrat. Aujourd’hui, beaucoup ne voient plus que moi. Nous, on est toujours là.»
Le retour des volumes ?
Côté production, la mauvaise période semble se tasser. «En 2025, nous avons connu une baisse des volumes transformés avec un peu plus de 83 000 tonnes de pommes de terre travaillées, à cause de la baisse de la demande.» Mousline espère passer la barre des 100 000 tonnes cette année, soit un retour aux niveaux habituels. Le responsable du service agricole précise cependant : «il n’y a plus de place pour de nouveaux producteurs.»