Élections sénatoriales
Stéphane Demilly : «L’indépendance alimentaire doit être une priorité»
Stéphane Demilly, sénateur sortant, revient sur les combats qu’il souhaite poursuivre et les sujets qu’il entend porter au Sénat. Canal Seine-Nord Europe, éthanol, simplification des normes, revenu agricole, souveraineté alimentaire, accès à l’eau : l’élu revendique une méthode fondée sur quelques priorités.
Stéphane Demilly, sénateur sortant, revient sur les combats qu’il souhaite poursuivre et les sujets qu’il entend porter au Sénat. Canal Seine-Nord Europe, éthanol, simplification des normes, revenu agricole, souveraineté alimentaire, accès à l’eau : l’élu revendique une méthode fondée sur quelques priorités.
Quels sujets souhaitez-vous continuer à porter ?
Je ne veux pas batifoler. Mon expérience de parlementaire m’a appris qu’il faut se concentrer sur quelques sujets pour pouvoir les mener au bout. Je me suis beaucoup impliqué dans le projet du canal Seine-Nord Europe, d’abord comme député de la circonscription de la Somme concernée par son passage, puis comme sénateur. C’est un projet très important pour le monde agricole. La plateforme de Nesle sera exceptionnelle. Je fais toujours partie de l’intergroupe parlementaire des Hauts-de-France créé à ce sujet. Il faut continuer à suivre attentivement ce dossier et veiller à ce qu’il soit pleinement opérationnel un jour.
Vous avez également travaillé sur l’éthanol. Pourquoi ?
J’ai été le «monsieur éthanol» de l’Assemblée. On ne parlait plus de ce carburant en France, alors j’ai créé un groupe d’étude pour travailler sur le dossier. Je travaillais notamment en partenariat avec la CGB. J’ai fait passer des amendements pour le faire monter en puissance. Aujourd’hui, l’E10 est le carburant le plus vendu en France. C’est un débouché pour la filière betteravière.
Quels autres combats souhaitez-vous mener au Sénat ?
J’ai été très actif sur le démarchage téléphonique, en participant au dépôt d’une proposition de loi visant à renforcer le droit d’opposition au démarchage. Elle est entrée en vigueur cet été.
Je veux désormais porter d’autres sujets, pas directement liés à l’agriculture, mais qui parlent aussi aux agriculteurs. Je veux mettre en lumière le fléau des petites incivilités dont on parle peu : les mégots jetés au sol qui peuvent provoquer des incendies, les canettes balancées dans la campagne… C’est le début de la délinquance !
Je veux également lutter contre les squatteurs, verticaux ou horizontaux. Quand des personnes s’approprient une maison, les propriétaires ont un mal fou à la récupérer. Et quand je dis «horizontal», je pense aux fêtards qui dévastent un champ pour un besoin de techno. C’est du bon sens, ni de droite ni de gauche, mais une préoccupation proche du citoyen. La qualité de vie de chacun passe par un minimum de respect pour autrui. Je suis favorable à la création d’un véritable «Grenelle du comportement».
Sur l’agriculture, vous avez soutenu la loi Duplomb…
J’ai soutenu la loi Duplomb parce qu’elle va dans le bon sens. En France, on veut laver plus blanc que blanc en surtransposant les normes européennes. Mais on ne peut pas imposer des restrictions à nos productions tout en continuant à importer des produits qui ne respectent pas les mêmes règles. Cela nous oblige ensuite à jouer les pompiers avec des aides contradictoires, comme une aide aux achats d’engrais qui sont surtaxés…
Vous faites de la souveraineté alimentaire un autre enjeu majeur. Pourquoi ?
La stratégie d’indépendance alimentaire ne doit pas être oubliée. Notre excédent agroalimentaire historique, qui faisait notre fierté, s’effondre. Des filières, comme les fruits, les légumes ou le soja, sont de plus en plus dépendantes des autres. Pour redonner du revenu aux agriculteurs, il faut avancer sur l’émancipation par rapport à la grande distribution et ainsi reprendre le contrôle sur les marges. Je suis un fervent défenseur des circuits courts, mais je suis aussi conscient qu’ils ont leurs limites. Il y a un modèle intermédiaire à inventer, qui permettrait à tous les maillons de sortir gagnants.
Quelle est votre position sur l’accès à l’eau ?
C’est un sujet qu’il faut étudier avec précision. Les bassines font partie des solutions avancées par la profession agricole, et je les soutiens. Stocker l’eau quand elle est là pour pouvoir l’utiliser lorsqu’elle n’est pas là, cela relève du bon sens.